Quand jouer, écrire ou représenter devient une partie de l’action
Dans certaines pièces de Rivoire & Cartier, le théâtre n’est pas seulement le moyen utilisé pour raconter une histoire : il entre lui-même dans ce qui se passe.
Des personnages essaient de monter un spectacle, jouent un rôle dont les effets commencent à dépasser la répétition, reprennent devant le public une histoire que tout le monde croyait connaître, ou interviennent directement sur ce qui est en train d’être représenté.
Ces œuvres n’utilisent pourtant pas toutes le même procédé.
Ce qui les rassemble est que jouer, écrire, répéter ou représenter cesse d’être transparent : la représentation elle-même devient dramaturgiquement active.
Quand le théâtre devient matière de la pièce
Une œuvre ne rejoint pas cette sélection simplement parce qu’elle se déroule dans un théâtre ou parce qu’un personnage est comédien.
Il faut que le fait théâtral ait une conséquence réelle sur l’action ou sur la manière dont le public comprend ce qu’il regarde.
Cela peut signifier fabriquer effectivement un spectacle, interpréter un personnage à l’intérieur de la pièce, rendre visibles les conventions de la représentation, intervenir sur ce qui est écrit ou rejoué, déplacer la frontière entre personnage et acteur ou faire directement du public un partenaire du dispositif.
Le théâtre n’est donc pas seulement un sujet : il devient l’un des matériaux avec lesquels la pièce fonctionne.
Cette frontière est déterminante.
Elle explique notamment pourquoi Ginette présidente n’entre pas ici : Ginette joue une identité dans le monde fictionnel.
David Vincent les a vus, au contraire, fait intervenir explicitement l’acte théâtral de représenter et le rapport entre rôle et vie. Le document Identités avait déjà posé cette distinction très clairement.
Cinq pièces, cinq relations différentes au théâtre
Quand fabriquer le spectacle devient l’action
À regarder d’abord si votre troupe veut jouer une réalité qu’elle connaît intimement : constituer un groupe, distribuer les rôles, répéter et tenter malgré tout de faire exister un spectacle.
Ici, le théâtre est d’abord une activité.
Auditions, répétitions, mise en scène, accessoires, costumes, difficultés matérielles et vie du collectif ne servent pas de décor à une autre intrigue.
La fabrication du spectacle produit l’intrigue.
Quand une histoire connue expose ses propres conventions
À regarder d’abord si vous voulez jouer directement avec le public et avec une histoire dont presque tout le monde connaît déjà les règles.
Le conte présente un avantage particulier : le spectateur arrive avec de nombreuses attentes.
Il connaît le loup, la grand-mère, les grandes dents, la peur et le destin attendu du personnage.
La pièce peut alors utiliser cette mémoire collective pour montrer que raconter une histoire signifie aussi choisir comment on la joue, comment on la rejoue et quelle place on donne à ceux qui regardent.
Le public n’est plus simplement destinataire.
Il devient une donnée du dispositif.
Ce qui la distingue : une forme courte, modulable et très directement relationnelle avec la salle.
Quand écrire la scène change ce que l’on regarde
À regarder d’abord si vous voulez une pièce plus intime où l’écriture devient visible au milieu même de la scène.
Annie possède des feuilles et un stylo.
Elle lit, coupe, corrige, intervient.
Le public ne voit donc plus seulement une situation familiale.
Il voit également quelqu’un travailler cette situation comme matière d’écriture.
La grande force du dispositif n’est pas de multiplier les effets méta-théâtraux.
Elle est de rendre progressivement moins simple la frontière entre :
ce qui arrive,
ce qui est raconté,
ce qui est écrit,
et ce que la scène permet de reconstruire.
Ce qui la distingue : théâtre, écriture et mémoire deviennent indissociables sans nécessiter une lourde scénographie.
Quand la fiction elle-même commence à bouger
À regarder d’abord si votre troupe aime la transformation, l’identité jouée et une fiction qui ne conserve pas toujours les frontières que l’on croyait lui connaître.
La pièce part notamment d’un travail d’appropriation : vêtements, langage, signes sociaux et manières de se comporter permettent progressivement d’occuper une autre place.
Cela ressemble déjà à un travail d’acteur.
Mais la pièce ne s’arrête pas à la question :
« Peut-on devenir quelqu’un d’autre ? »
Le rapport au jeu finit lui-même par atteindre la manière dont la fiction est perçue.
Ce qui la distingue : la transformation sociale et identitaire ouvre sur une dimension explicitement méta-théâtrale, sans qu’il soit nécessaire d’en dévoiler ici le fonctionnement final.
Quelle pièce choisir pour jouer avec les codes du théâtre ?
| Si votre troupe veut surtout… | Regardez d’abord |
| faire vivre la fabrication d’un spectacle et la vie d’une troupe | Le Bruit des coulisses |
| jouer le rôle dans le rôle et la contamination entre jeu et vie | David Vincent les a vus |
| travailler directement avec le public et les conventions d’une histoire connue | Le Petit Chaperon rouge |
| faire de l’écriture et de la fabrication de la scène une partie de ce que le public regarde | Cent quatre rue Ordener |
| faire glisser une transformation d’identité vers une fiction explicitement méta-théâtrale | L’Étoffe des songes |
Ces cinq pièces ne proposent donc pas le même plaisir de jeu : fabriquer un spectacle, jouer quelqu’un qui joue, exposer une convention, rendre visible l’écriture ou laisser la fiction interroger ses propres frontières.
Théâtre dans le théâtre, mise en abyme et métathéâtre : de quoi parle-t-on ?
Le théâtre dans le théâtre désigne généralement une situation où une représentation théâtrale apparaît à l’intérieur de la pièce.
La mise en abyme est plus large : une œuvre contient un élément qui reflète en partie sa propre construction.
Le terme métathéâtre est encore plus large et peut désigner les œuvres théâtrales qui rendent perceptibles leurs propres conventions, interrogent la frontière entre rôle et personnage ou font du fait même de représenter un élément de leur dramaturgie.
Les cinq pièces réunies ici ne relèvent donc pas toutes du « théâtre dans le théâtre » au sens strict.
Ce qui les rassemble est que jouer, écrire ou représenter cesse d’être transparent et devient dramaturgiquement actif.
Rôle social et rôle théâtral : ce n’est pas la même chose
Un personnage peut se faire passer pour quelqu’un d’autre sans que la pièce devienne méta-théâtrale.
Dans Ginette présidente, le personnage emprunte un statut social à l’intérieur de la fiction.
Les autres personnages doivent croire qu’elle occupe cette place.
Dans David Vincent les a vus, en revanche, les personnages sont explicitement des acteurs qui interprètent d’autres personnages et la relation entre rôle et vie participe elle-même à l’action.
C’est la frontière entre :
Identités cachées, doubles vies et rôles empruntés
et
Pièces qui jouent avec le théâtre lui-même.
La marque distinctive d’un théâtre « écrit pour être joué »
Ces œuvres rendent particulièrement visible une dimension de l’écriture R&C : le plateau n’est pas seulement le lieu où un texte vient ensuite être représenté.
Dans certaines pièces, le fait même qu’il y ait des acteurs, des rôles, un décor, des coulisses, un public ou une convention théâtrale produit directement du sens.
Découvrir l’écriture de Rivoire & Cartier
Toutes ces pièces ne fonctionnent pas de la même manière
Le Bruit des coulisses peut fonctionner principalement comme un engrenage collectif.
David Vincent les a vus repose beaucoup sur le rôle et sa contamination.
Le Petit Chaperon rouge utilise notamment métathéâtre et participation du public.
Cent quatre rue Ordener rend l’écriture et la reconfiguration de la scène visibles.
L’Étoffe des songes part notamment d’une transformation identitaire avant de devenir explicitement méta-théâtrale.
« Jouer avec le théâtre lui-même » ne désigne donc pas une mécanique commune. C’est une manière d’explorer le répertoire selon la relation particulière que certaines œuvres entretiennent avec leur propre représentation.
Vous préférez une mécanique où les personnages fabriquent eux-mêmes leurs complications ?
Vous aimez lorsqu’une information change progressivement la lecture de la situation ?
→ Pièces à révélations et relectures
Vous voulez partir d’un terrain humain ou social ?
→ Couple, adultère et relations amoureuses
→ Travail, entreprise et hiérarchie
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