Comédie de l’ambition pour 2F/2H
Jusqu’où peut-on aller pour gravir les échelons ?
Accordez-nous moins d’une heure de lecture et plongez votre public dans une comédie flirtant avec la satire sociale (même si vous avez peu de moyens).
Ne jamais mélanger le pro et le perso…
Avant de vous en dire plus, on a 3 questions rapides à vous poser :
🆘 Vous en avez assez des comédies où les situations restent fades et sans surprises ?
🆘 Vous ne supportez plus les intrigues qui n’abordent pas le monde d’aujourd’hui ?
🆘 Vous fuyez les pièces qui se replient sur la sphère personnelle ?
Si vous avez répondu oui à au moins deux questions, alors lisez vite ce qui suit !
Voici le résumé de Du parmesan dans les tagliatelles :
Brigitte, une attachée commerciale ambitieuse, rêve de décrocher un poste prestigieux dans son entreprise. Pour cela, elle invite à dîner son supérieur hiérarchique, Legrand. Mais son plan bien rodé se heurte à Paul, son mari gaffeur, et Ophélie, sa voisine séductrice. Entre malentendus, tensions et révélations, ce dîner devient un véritable chaos. Les apparences voleront en éclats et chacun devra composer avec ses propres contradictions.
En accédant au texte intégral de Du parmesan dans les tagliatelles, vous obtiendrez un fichier PDF de 66 pages pour un poids ultra-réduit de 436 Ko, téléchargeable sur votre ordinateur, votre tablette, votre téléphone, et imprimable sur n’importe quel support. La mise en page vous permettra de noter sur le texte toutes les indications et notes de régie que vous jugerez utiles.
Avec Du parmesan dans les tagliatelles, vous découvrirez :
✅ Une comédie de situations et de mots : des moments hilarants et des échanges vifs qui captivent le public.
✅ Des rôles variés et colorés : chaque interprète a quelque chose d’intéressant à défendre
✅ Un décor simple : un salon de classe moyenne, facile à mettre en scène.
✅ Une intrigue universelle : entre ambition, relations personnelles et gaffes irrésistibles, chacun s’y reconnaîtra.
✅ Une réflexion légère mais percutante : cette pièce interroge avec humour les rapports humains dans le monde du travail, et cela provoque une réflexion sur le monde.
Intéressé(e) ?
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et laissez votre public savourer cette comédie savoureuse et hilarante.
Attention : déconseillé aux Compagnies qui veulent éviter de parler du monde professionnel.
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Questions fréquentes sur Du Parmesan dans les tagliatelles
Quelle est la thématique principale de cette comédie
Du parmesan dans les tagliatelles explore avec humour les ambitions professionnelles et les rapports hiérarchiques. C’est une satire du monde du travail, où les apparences, les faux-semblants et la réussite sociale sont passés au tamis du rire.
Ce texte est-il difficile à jouer ?
Pas du tout ! L’action se déroule dans un décor unique — un salon — et repose sur des quiproquos et des dialogues rapides. C’est une comédie rythmée, idéale pour les troupes amateures comme pour les compagnies confirmées souhaitant travailler le comique de situation.
Combien de rôles et quel type de distribution ?
La pièce propose quatre personnages principaux aux caractères contrastés : une ambitieuse, un mari maladroit, un supérieur à l’autorité passive-agressive et une voisine séductrice. Ces rôles offrent de vraies possibilités de jeu et une belle dynamique d’ensemble.
Quel est le ton de la pièce ?
C’est une comédie de société moderne et savoureuse, où le rire côtoie la critique sociale. On y retrouve un humour à la fois léger et piquant, dans la lignée du théâtre de boulevard contemporain.
Extrait de Du Parmesan dans les tagliatelles
Personnages
Brigitte.
Paul, son mari.
Ophélie, voisine et amie de Brigitte.
Legrand, supérieur de Brigitte.
Le décor
Un salon comme on en voit chez les classes moyennes.
Brigitte, endormie, est allongée sur le canapé. Vêtue d’une robe de chambre, elle n’a pas retiré ses chaussons. Entourée de livres et d’atlas, elle ronfle à poings fermés, le visage appuyé sur un dictionnaire franco-italien. On entre. C’est Paul. Emmitouflé dans un blouson, il porte un sac à dos. Il aperçoit Brigitte et avance à pas de loup, puis heurte quelque chose et tombe.
Paul. Merde !
Brigitte, se réveillant soudain. Qu’est-ce qu’il y a ?
Paul, toujours au sol. C’est rien, ma chérie, c’est moi…
Brigitte. Paul ?
Paul, se relevant. J’essayais de pas faire de bruit mais j’ai buté dans… (Regardant autour de lui .) C’est quoi tout ça ?
Brigitte. Mes bouquins… Je voulais ranger mais je me suis endormie en plein…
Paul, s’approchant de Brigitte. Petit bisou…
Brigitte, se reculant. Ah ! Tu sens l’alcool !…
Paul, penaud. Euh… oui, c’est possible…
Brigitte. Vous avez encore bu comme des trous !
Paul. Non… pas tant que ça…
Brigitte. Arrête Paul, s’il te plaît ! Tu sens le cognac à plein nez ! (Écœurée .) Et puis cette odeur de tabac…
Paul. Brigitte, je vais pas te mentir… On a bu un petit coup, fumé deux trois cigarettes…
Brigitte, persifleuse. « Un petit coup ». On sait bien ce que ça veut dire…
Paul. Oh ça suffit, maintenant ! Ça faisait un an que j’avais pas vu mes potes, alors oui, c’est vrai, l’ambiance était festive. J’ai quand même le droit de m’amuser ! (Un ton plus bas .) Parce qu’ici, point de vue rigolade, je peux toujours m’accrocher…
Brigitte. Qu’est-ce que tu marmonnes ?
Paul. Laisse tomber… Et toi ? T’as bien bossé ?
Brigitte. Moi ? Oh… pas comme j’aurais voulu…
Paul. Attends Brigitte, c’est pas le moment de lâcher !
Brigitte. Je sais… je sais…
Paul. Tu t’es fixé un objectif, alors s’il te plaît, tu t’y tiens !
Brigitte. T’as raison…
Paul. Matin, midi et soir, ça doit être Italie, Italie, Italie !
Brigitte. C’est ce que je fais ! Simplement le week-end, j’ai quand même besoin de souffler un peu…
Paul. Tu sais ce que Legrand a dit ? Il ne donnera le poste qu’à quelqu’un qui connaît bien l’Italie et la mentalité italienne…
Brigitte. Je suis au courant, merci…
Paul. Oui mais, justement, Brigitte, t’es aussi au courant, j’espère, que l’Italie, c’est pas vraiment ton fort. Tandis que Christian…
Brigitte, ironique. Merci de ton soutien, Paul, ça fait toujours plaisir…
Paul. Écoute ma chérie, je voulais pas te…
Brigitte, aigre. Non mais c’est vrai, Paul. Si je cherche quelqu’un pour m’enfoncer, je sais que je peux compter sur toi.
Paul. Enfin, c’est toi qui m’as… tu m’as bien dit que la famille de Christian est italienne ?
Brigitte. Du côté de sa mère, oui…
Paul. Et il parle couramment italien ?
Brigitte, agressive. Oui ! Il parle couramment italien !
Paul. Je dis juste qu’il a un profil intéressant pour le poste, Brigitte ! Reconnais-le !
Brigitte. Non !
Paul. Quoi?
Brigitte. Non ! C’est du français. Ça veut dire no, en italien.
Paul. Christian, dont la famille est italienne, et qui parle couramment italien, n’est pas un candidat intéressant pour un poste de Chef du secteur italien ? Quelqu’un qui sera amené à aller régulièrement à Rome ou à Milan ?
Brigitte. Non, non, non et non !
Paul, interloqué. Et on peut savoir pourquoi ?
Brigitte. Mais parce que… parce que… parce que non !
Paul, moqueur. Ça, c’est de l’argumentation, Brigitte, bravo ! C’est ce que tu comptes dire à Legrand ?
Brigitte. Écoute Paul, tu m’as toujours laissé gérer les comptes…
Paul. Tu sais bien que les chiffres, c’est pas mon truc…
Brigitte. J’ai remarqué.
Paul. Qu’est-ce que ça veut dire ?
Brigitte. Eh bien ça veut dire, tout simplement, qu’on est dans le rouge.
Paul. Et alors ? C’est ma faute, peut-être ?
Brigitte. Je ne veux pas dire ça.
Paul. Tu crois que ça me plaît, d’être au chômage ? Tu penses que je ne préfèrerais pas bosser, comme tout le monde ?
Brigitte. En tout cas, ça fait trois ans et on n’y arrive plus ! À chaque fois que j’entends la sonnette, je me demande si c’est pas un huissier prêt à nous saisir !
Paul. T’as vraiment le sens du drame…
Brigitte. Si je passais de simple attachée commerciale à Cheffe du secteur italien, ça mettrait du beurre dans les épinards !
Paul. Et c’est ça que tu comptes dire à Legrand ? « J’ai besoin de mettre du beurre dans les épinards ? »
Brigitte. Enfin, plus exactement, « du parmesan dans les tagliatelles ».
Paul. Hein ?
Brigitte, pataugeant. Tu dis du beurre dans les épinards, alors comme on parle de l’Italie, moi je dis plutôt du parmesan sur les tagliatelles. (Comme Paul ne réagit pas .) du beurre dans les épinards c’est une expression qui…
Paul, déprimé. J’ai compris Brigitte, merci, j’ai compris…
Brigitte. Qu’est-ce qu’il y a ?
Paul. Tu me rappelles nos problèmes de fric, tu m’expliques que j’y suis pour quelque chose, et au bout du compte, ça te donne envie de faire des blagues ? Du parmesan dans les tagliatelles ? C’est censé être drôle ?
Brigitte. Monte pas dans les tours comme ça, j’essayais juste de dédramatiser…
Paul. Tu le veux, ce job, oui ou non ?
Brigitte. Bien sûr que je le veux ! Si tu savais comme j’en ai marre, du service ! Avec Bernard et ses blagues pourries… L’autre jour, il m’a appelée en se faisant passer pour un de nos clients belges…
Paul. Tu sais ce qui te reste à faire : bosse, rebosse et re-rebosse !
Brigitte. Si j’ai le poste on pourra changer de voiture…
Paul. Ce serait pas du luxe…
Brigitte. S’acheter un home cinéma…
Paul. On va s’en mettre plein la vue…
Brigitte. Changer de quartier…
Paul. Oh… pourquoi ? On est très bien ici.
Brigitte. Tu trouves qu’on y est très bien ? C’est toi-même, quand on est arrivés, qui disais que c’était la zone !
Paul. Moi ?
Brigitte. Oh oui ! J’ai même dû te rassurer en te précisant que ce n’était que provisoire ! Eh ben sois content : j’aurai ce job et on déménagera.
Paul. Toujours les extrêmes !
Brigitte. Tu veux plus qu’on parte ?
Paul. Tout n’est pas à jeter, dans le quartier. On a quand même… quand même… Une boulangerie… juste en bas… et qui ouvre à sept heures !
Brigitte. Pour nous servir le pain congelé qu’elle a reçu à cinq heures !
Paul. Bon d’accord… mais… il y a quand même le parc…
Brigitte. Un repère de dealers…
Paul. Bon d’accord, j’irais pas forcément m’y promener après dix-neuf heures… Mais… et la supérette, juste en face ? C’est quand même pratique !
Brigitte. Toujours fermée à cause des braquages…
Paul. Oui, c’est vrai, il y en a eu plusieurs ces derniers temps, mais aujourd’hui elle est ouverte !… Il y a aussi Ophélie… ta copine d’enfance… qui habite juste au-dessus…
Brigitte. Oh tu sais… Ophélie… j’ai pas besoin d’habiter dans le même immeuble qu’elle pour la voir…
Paul. Tu veux dire que tu pourrais la quitter comme ça ?
Brigitte. « La quitter » ? Mais qu’est-ce que tu racontes ? Il ne s’agit pas de « quitter » Ophélie ! On n’est pas mariés avec elle, que je sache ?
Paul, gêné. Non, non… bien sûr…
Brigitte. Elle est majeure et vaccinée, Ophélie. Si on va habiter à vingt minutes d’ici, je pense qu’elle s’en remettra !
Paul. Le prends pas comme ça, Gigitte…
Brigitte. Mais je le prends comme tu me le donnes, Paul ! C’est curieux ça… toi qui trouvais ce quartier horrible, maintenant tu lui inventes toutes les qualités !
Paul. —Pas du tout, Gigitte…
Brigitte. Arrête de m’appeler comme ça, ça m’énerve. Si tu voulais me démoraliser, t’as gagné !
Paul. Au contraire Gi… euh… Brigitte ! Moi je ne souhaite qu’une chose : que tu tiennes ce que tu as dit ! Pour toi ! Pour ton évolution professionnelle et ton bien-être personnel !
Brigitte. Alors j’aimerais bien un peu de soutien !
Paul. Du soutien ? Mais bien sûr ma chérie ! Qu’est-ce que je peux faire ?
Brigitte, lui tendant un livre. Fais-moi réviser, tiens…
Paul, prenant le livre. Qu’est-ce que tu veux que je ? …
Brigitte. Pose-moi des questions.
Paul, compulsant le livre. Des questions sur quoi ?
Brigitte. Aucune importance !
Paul, continuant à tourner les pages et s’arrêtant soudain. Alors… Quelle est la capitale ?
Brigitte. Quoi ?
Paul. La capitale de l’Italie ?
Brigitte. Tu te fous de moi, Paul ?
Paul. Non, ma chérie. Tu m’as demandé de te demander n’importe quoi, alors moi…
Brigitte, s’énervant. Je bosse tout le week-end sur l’Italie et tu trouves rien d’autre à me demander que la capitale ? C’est limite insultant…
Paul. C’était pour te mettre en jambe, avant des questions plus difficiles…
Brigitte. Eh ben passe directement à la vitesse supérieure ! Allez ! Je suis chaude, là…
Paul. T’as pas répondu…
Brigitte. À quoi ?
Paul. À ma première question…
Brigitte. Oh !… Venise, bien sûr !
Paul. Quoi, Venise ?
Brigitte. Venise, la capitale de l’Italie ! (Un temps.) Attends, je me trompe… C’est pas Venise… c’est… Florence ! Non, non… attends… Ne me le dis pas… Rome ! Rome, voilà… C’est parce que je potassais la Renaissance italienne alors j’ai mélangé… C’est normal aussi !… Avec une question aussi stupide…
Paul. Pas de souci, ma chérie, c’était juste un échauffement…
Brigitte. Ça y est, je suis échauffée ! Alors, vas-y !…
Paul, tournant des pages. J’ai quelques expressions de tous les jours, là…
Brigitte. Trop simple, Paul ! Il ne s’agit pas d’aller commander une pizza à Naples ! Je crois que t’as pas bien saisi qu’on est dans le haut niveau !
Paul, tournant encore des pages. Tu veux du niveau ? D’accord… (Il s’arrête sur une page .) Raconte-moi la formation de l’unité italienne.
Brigitte. Quoi ?
Paul. « L’unité italienne». (Un temps.) Tu sais pas ? C’est pourtant la naissance de l’Italie moderne !
Brigitte. Chut ! Laisse-moi réfléchir…
Paul, tout en lisant. Si tu sais pas, dis-le.
Brigitte, pataugeant. Si, je sais, Paul ! Mais accorde-moi deux minutes ! Le temps que ça me revienne… Alors… L’unité italienne… euh… eh bien c’est ce qui a permis au pays… d’être euh… très, très… euh… très uni.
Paul, après un temps. Mais encore ?
Brigitte, éludant. Je t’ai dit l’essentiel. Après, je te connais, tu vas plus suivre…
Paul. —Et qui l’a faite, cette unité ?
Brigitte. Euh… c’est… euh… Ah ! Je connais que lui…
Paul. On dirait pas…
Brigitte. J’ai son nom sur le bout de la langue…
Paul. Je vais te le dire, parce que je vois bien que…
Brigitte. Attends ! Je sais, je sais… (Elle marmonne quelque chose d’incompréhensible puis .) Garibaldi !
Paul. Dis-donc, t’as l’accouchement difficile…
Brigitte. En tout cas, je t’ai dit la bonne réponse !
Paul. Tu m’as l’air bien sûre de toi…
Brigitte. Je le sais parce que j’ai un moyen mnémotechnique.
Paul. Ah oui ?
Brigitte. Je pense à « Gary-va-au-bal-à-midi, Gary-au-bal-midi, Gary-bal-midi, Gary-bal-di ».
Paul, après un temps. Et ça serait pas plus rapide de te rappeler directement de Garibaldi ?
Brigitte. —N’importe quoi, Paul, ce serait trop compliqué !
Paul, refermant le livre. Bon, écoute Brigitte, dans la vie, faut pas écrire plus haut que son style.
Brigitte. Qu’est-ce que tu veux dire ?
Paul. Oublie ce poste, Brigitte, tu vas te planter !
Brigitte, aigre. Merci, Paul, tu m’as bien aidée ! (Soudain, Brigitte regarde son téléphone.) Putain, c’est lui !
Paul. Qui ?
Brigitte, paniquée. Legrand !
Paul. Pourquoi il t’appelle à cette heure-ci ? Et un dimanche, en plus !
Brigitte, décrochant, prenant sa voix la plus aimable. Oui ? Tiens, Jean-Marc ! (Un temps.) Pas du tout, j’étais en train de travailler. (Un temps.) Eh oui, un dimanche soir ! Vous savez, moi je suis opérationnelle sept jours sur sept… (Un temps.) Pardon ? (Un temps.) Quoi ?
Paul. Qu’est-ce qui se passe ?
Brigitte, bas, à Paul. Le gouvernement italien a été renversé par le parlement ! (Haut, dans le téléphone .) Oui, bien sûr, je suis au courant !
Paul. Tu savais ?
Brigitte, bas, à Paul. Mais non ! (Haut, dans le téléphone .) Je ne parle que de ça depuis hier ! (Un temps.) C’est arrivé cette nuit ? (Elle est décontenancée.) Ah… Oui… oui mais hier… hier j’avais un pressentiment ! Ce que j’en pense ? (Bas, à Paul .) Il me demande ce que j’en pense ! (Haut, dans le téléphone .) Est-ce que le marché italien va devenir fébrile ? Euh… (Paniquée, elle regarde Paul, qui lui fait signe qu’il n’en sait rien.) Non… Non… Jean-Marc, moi qui connais intimement l’Italie… C’est un peuple très uni… Vous savez… l’unité Italienne… Gary-va-au-bal-à-midi, Gary-au-bal-midi, Gary-bal-midi, Gary-bal-di… (Elle cherche quoi dire.) Et comme on dit là-bas… Spaghetti… expresso… et Vaffanculo ! (Elle rit.) Comment ? Vaffan… ? C’est une expression… une expression pour signifie littéralement… euh… on s’en bat les… enfin… faut pas s’inquiéter, quoi… (Elle rit.)Voilà… Ah ? Tiens ?… Mais c’est près de chez moi ça ! … Merci Jean-Marc… À demain ! (Elle raccroche et explose.) Mais quelle quiche ! C’est pas possible d’être aussi nulle !
Paul. T’as vraiment le sens de la modération !…
Brigitte. Tu vas me dire que j’ai été brillante ?
Paul. J’irais peut-être pas jusque-là… Cela dit… tu m’as surpris. T’as réussi à t’en sortir en disant que de la mer… en improvisant totalement… Tout espoir n’est peut-être pas perdu.
Brigitte. Pour l’Italie ?
Paul, gentil. Peut-être.
Brigitte, la tête sur son épaule. Merci mon chéri…
Paul. Pourquoi tu lui as dit « Mais c’est près de chez moi ça » ?
Brigitte. Ah… C’est parce qu’il prend un verre au Bar des sports au coin de la rue.
Paul. Au Bar des sports ? Un dimanche soir ? Mais c’est hyper-glauque !
Brigitte. Tu sais, en ce moment… Jean-Marc, ça va pas fort… Il s’est fait quitter par sa femme il y a trois semaines… Quinze ans de mariage foutus en l’air… Et puis il y a Zambault…
Paul. Zambault ? Celui à qui tu as déposé ton CV ?
Brigitte. Oui, le Directeur commercial. Le boss de Jean-Marc, si tu veux… En ce moment, Zambault est nerveux parce que son adjoint l’a laissé tomber. Du coup, il a deux fois plus de boulot et il tarabuste Jean-Marc !
Paul. Mais pourquoi t’as déposé un CV chez Zambault ?
Brigitte. Zambault est le supérieur de Jean-Marc… Je me disais que… s’il trouvait mon CV intéressant… il pourrait me proposer le poste de Chef du secteur italien…
Paul. En passant par-dessus Legrand ?
Brigitte. On peut toujours rêver… Jean-Marc, de son côté, se verrait bien en Directeur commercial adjoint… Conclusion : il est dans tous ses états, le pauvre Legrand…
Paul, riant. T’aurais pu l’inviter à prendre un café !
Brigitte, après un temps. Mais oui !… Excellente idée !
Paul, ne riant plus. C’était une blague, Brigitte…
Brigitte. Non non, Paul. Pas une blague. Une idée géniale ! Ça fait des mois que je cherche une occasion d’inviter Legrand. La voilà !
Paul. Pourquoi tu veux l’inviter ?
Brigitte. Pour organiser une rencontre avec Ophélie.
Paul. Ophélie ? Qu’est-ce qu’elle vient faire là-dedans ?
Brigitte. Il a craqué sur elle.
Paul. Quoi ?
Brigitte. Il n’a rien dit, rien exprimé, mais moi je l’ai senti… Il est mordu !
Paul. Lui, peut-être, mais elle ?
Brigitte. Elle aussi !
Paul. Ah… T’es sûre ?
Brigitte. Elle me l’a pas dit clairement, mais bon… j’ai compris…
Paul. Qu’est-ce que t’as compris ?
Brigitte. Un jour, on parlait de Legrand et là, Ophélie a dit : « Il a quand même une certaine classe. »
Paul, ironique. Wouah ! Effectivement, ça c’est une déclaration ! Heureusement que tu sais lire entre les lignes…
Brigitte. Évidemment, là, je te raconte… mais je t’assure que son regard en disait long…
Paul. Quoiqu’il en soit, Brigitte, tu penses pas qu’il vaudrait mieux que tu laisses les choses se faire, plutôt que de jouer aux marieuses ?
Brigitte. Mais Paul, tu comprends pas ? C’est pas de l’ingénierie matrimoniale, c’est de la stratégie en ressources humaines.
Paul. Tu peux décoder ?
Brigitte. Legrand arrive, on boit un verre, on se détend, il fait plus ample connaissance avec Ophélie… Pour ce qui est de la suite … Je crois que j’ai ma petite idée… Et à ce moment-là, je serai devenue celle qui aura fait naître leur couple ! Quelque chose me dit que Legrand verra d’un œil très favorable ma candidature pour l’Italie…
Paul. Mais qu’est-ce que c’est que ce plan sur la comète ?
Brigitte. C’est pas un plan sur la comète, c’est un plan en béton.
Paul. Non seulement ça tient pas debout, ton truc, mais en plus, c’est complètement casse-gueule.
Brigitte. Je sais que toi, la prise de risque…
Paul. C’est pas la question. Il y a aucun risque, dans ton histoire.
Brigitte, satisfaite. Ah !
Paul. Mais il y a la certitude de s’en prendre plein la tronche de tous les côtés !
Brigitte. C’est bien toi, ça ! Qu’est-ce que t’es timoré !
Paul. Sois réaliste ! Tu t’imagines que les gens sont des petites marionnettes et que tu vas leur faire exécuter gentiment ton petit scénario ?
Brigitte. Mais enfin Paul, qu’est-ce qui te prend ?
Paul. Il me prend que… eh bien… d’abord je ne suis pas sûr que Legrand soit le type d’Ophélie.
Brigitte. Qu’est-ce que tu en sais ?
Paul. Je la connais depuis longtemps…
Brigitte. Moins longtemps moi ! Et puis je sais de quoi je parle, c’est mon amie d’enfance.
Paul. Et si ton petit stratagème marche ? Si Ophélie tombe dans les bras de Legrand ? À ton avis, qui va bénéficier d’un poste hyper-intéressant, bien payé, qui va être amené à faire de nombreux allers-retours en Italie ? Tu penses que c’est toi qui décrocheras le gros lot ? Oh non ! Ce sera Ophélie !
Brigitte. Impossible !
Paul. Et en quel honneur ?
Brigitte. Ophélie est standardiste. Elle a beaucoup de qualités, mais Legrand ne peut pas la bombarder Cheffe du secteur italien comme ça !
Paul. Tu crois que ce serait la première à bénéficier d’une promotion canapé ? M’enfin, Brigitte réfléchis ! Si Ophélie se mettait avec Legrand, il pourrait même la nommer Cheffe des ventes, si ça lui plaisait…
Brigitte, décontenancée. T’as peut-être raison…
Paul. Évidemment, j’ai raison. Tout ça va se retourner contre toi… Et tu l’auras dans l’os, encore une fois…
Brigitte. Jamais Ophélie laissera faire ça.
Paul. Quoi ?
Brigitte. Ophélie est mon amie. Jamais elle me trahirait de cette façon.
Paul, ricanant. Gigitte, qu’est-ce que t’es idéaliste…
Brigitte. M’appelle pas comme ça, Paul, c’était ma mère qui m’appelait comme ça… je suis plus une petite fille…
Paul. Ophélie n’est ni pire ni meilleure qu’une autre ! Si on lui propose des avantages, tu crois qu’elle va cracher dessus ?
Brigitte. Tu connais rien aux femmes ! L’amitié, c’est sacré !
Paul. Imagine que ça rate : le courant passe pas entre eux. T’auras l’air de quoi ?
Brigitte. Aucune importance. Ça m’aura permis de mieux connaître Legrand. De le voir d’une façon moins… moins officielle… d’établir une relation de confiance…
Paul. Et si ça marche ?
Brigitte. Tant mieux !
Paul. Et si ça marche pour qu’ensuite ils se séparent, comme des chiffonniers ! Plus personne n’aura envie de te voir et là, tu te retrouveras aux archives à classer des cartons huit heures par jour dans une cave éclairée par un néon ! Quant à Ophélie, elle ne nous adressera plus la parole !
Brigitte. Ce que t’es négatif, Paul… T’as vraiment pas l’esprit d’entreprise ! Allez ! … Qui ne tente rien n’a rien ! (Prenant son téléphone.) Elle est peut-être pas là…
Paul. Si.
Brigitte. Comment tu le sais ?
Paul, après un moment de flottement. Je… j’ai vu de la lumière en arrivant, alors je me suis dit que…
Brigitte. Je l’appelle…
Paul. Non attends Brigitte, Attends !
Brigitte, au téléphone. Allô, Ophé ? Ouais ! Dis-moi… Je me demandais si tu voulais venir prendre un verre à la maison ? (Un temps.) Oui, il est là. (Un temps.) Oh… maintenant ! OK, super ! À tout de suite !… Et d’une !
Paul. Brigitte, il est encore temps d’éviter une catastrophe. Faisons-nous un petit apéro sympa avec Ophélie et laissons Legrand déprimer au pathétique Bar des sports…
Brigitte, sans l’écouter, elle a composé un numéro. Allô, Jean-Marc ? Toujours au Bar des sports ? Oui, nous aussi on trouve cet endroit très sympathique !
Paul, à part. Tu parles, un vrai coupe-gorge, ce boui-boui…
Brigitte. Dites-moi…
Paul, bas. Brigitte, ne fais pas ça !
Brigitte, bas, à Paul. Tais-toi ! (Haut, dans le téléphone .) Figurez-vous que mon mari et moi, nous organisons un petit apéritif impromptu avec une amie. Et comme vous êtes dans le quartier, nous nous demandions si cela vous disait de vous joindre à nous ? (Un temps.) Non non, nous avons tout ce qu’il faut ! (Un autre temps.) Rassurez-vous, nous non plus nous ne sommes pas en tenue de gala ! (Un temps.) Très bien ! Vous avez de quoi noter ? Impasse des lauriers. Le trente-et-un. À tout de suite ! (Elle raccroche.) Bon ! (Regardant le désordre autour d’elle.) Maintenant, redonnons à cette pièce une apparence décente. (Elle range, puis, après quelques secondes .) Paul, tu peux m’aider ?
Paul, peu enthousiaste. Oui, oui…
Brigitte. Quoi ?
Paul. Rien, rien…
Brigitte. Tu voulais pas que j’invite Legrand, donc maintenant tu vas traîner des pieds toute la soirée ?
Paul. Mais non…
Brigitte. Alors active un peu ! Et puis non, va plutôt changer de tenue !
Paul. Qu’est-ce qu’elle a, ma tenue ?
Brigitte. Enfin, Paul, elle est complètement naze !
Paul. Merci, ça fait toujours plaisir…
Brigitte. Tu viens de passer un week-end de poivrots avec ta bande de potes. T’es crade, c’est normal…
Paul. Je suis pas crade du tout, qu’est-ce que tu…
Brigitte. Paul, ça suffit maintenant, arrête de discuter et va te changer !
Paul. Qu’est-ce que tu veux que je mette, un costume ?
Brigitte. Mais non ! Surtout pas ! Je viens de dire à Legrand qu’on était en mode « décontract ».
Paul, montrant sa tenue. Je suis en mode « décontract ».
Brigitte. T’es pas en mode « décontract », t’es en mode « dégueulasse ».
Paul. Je comprends plus…
Brigitte. Trouve quelque chose de décontract, mais décontract chic !
Paul. Je sais pas si j’ai ça en magasin…
Brigitte. Débrouille-toi !
Paul. Et toi ?
Brigitte. Quoi, moi ?
Paul. Tu comptes accueillir Legrand en robe de chambre ?
Brigitte, se regardant. Oh non ! J’avais complètement oublié…
Paul. Moi, je vais essayer de trouver quelque chose dans le « décontract chic »…
Brigitte. Attends ! Moi d’abord…
On sonne.
Brigitte. Me dis pas que c’est lui ? Pas déjà ?
Paul, chuchotant. C’est notre dernière chance ! On fait semblant de pas être là… Tu lui diras qu’on a eu une urgence…
Brigitte. Va ouvrir.
Paul disparaît. On ouvre une porte.
Paul, off. Ah ! Tiens… Ophélie !… Salut…
Ophélie, off. Salut Paul ! … Brigitte vient de m’appeler…
Paul, off. Oui… C’est sympa… ça fait longtemps qu’on t’a pas vue…
Ophélie, paraissant. Bonsoir Brigitte !
Brigitte, faisant la bise à Ophélie. Bonsoir ma chérie ! (Incommodée .) Dis donc… t’as pris un apéro avant de venir ?
Ophélie. Pourquoi ?
Brigitte. Je ne sais pas… on dirait que tu as bu un verre… ou deux…
Ophélie, gênée. Oui, peut-être…
Paul, qui a reparu. Legrand va pas tarder.
Brigitte, se faisant du vent. Et puis cette odeur de cigarette…
Ophélie. Legrand ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
Paul. Il paraît que t’en pinces pour lui.
Ophélie. Quoi ?
Paul. C’est ce que m’a dit Brigitte.
Ophélie. Tu m’expliques ?
Brigitte. Qu’est-ce que tu veux que je t’explique ?
Ophélie. Legrand va venir ?
Brigitte. Oui ! C’est chouette, hein ?
Ophélie. Je ne savais pas que c’était un de vos amis…
Brigitte. Ce n’est pas un ami, mais franchement, Ophé, toi-même tu n’arrêtes pas de dire qu’il faut qu’on instaure une bonne ambiance de travail dans la boîte…
Ophélie. Il y a urgence ! Vendredi encore, Legrand a qualifié le service de la paie comme « le plus gros ramassis de feignasses » qu’il ait jamais connu.
Brigitte. Tu vois ! Donc, plutôt que de rester dans la plainte, ce qui est toujours la solution la plus facile, eh bien j’ai décidé de passer à l’action !
Ophélie. En invitant Legrand ?
Brigitte. Avec lui, on a que des relations professionnelles.
Ophélie. Est-ce qu’on a vraiment envie d’avoir d’autres relations ?
Brigitte. Si on se connaît mieux, je suis sûre qu’on va gagner en convivialité ! Et si on gagne en convivialité, on va gagner en efficacité ! C’est du win-win !
Ophélie. Mouais… Et donc… j’en pince pour lui ?
Brigitte. Pour qui ?
Ophélie. Pour Legrand. C’est Paul qui vient de me dire ça.
Brigitte, riant, mal à l’aise. Quoi ? Ah… sacré Paul !… Je vous laisse, il faut que je me change !
Elle sort.
Ophélie. Je la sens nerveuse.
Paul. Je sais pas ce qui lui a pris…
Ophélie. Elle se doute de quelque chose ?
Paul. Non, non… ne t’inquiète pas…
Ophélie, humant Paul. J’en étais sûre ! On sent le cognac et le tabac à plein nez ! Elle a compris, je te dis !
Paul, chuchotant. Calme-toi ! Elle a rien compris du tout…
Ophélie, prenant la main de Paul. Et ses remarques… « tu as bu un verre »… « cette odeur de cigarette » ?
Paul, lâchant sa main et chuchotant toujours. Pas ici, tu es folle !
Ophélie, au bord des larmes. Comment tu me parles…
Paul, chuchotant. Brigitte est à côté !…
Ophélie. Je culpabilise tellement… Tu m’aimes toujours, dis ?
Paul, la prenant dans ses bras. Bien sûr, Féfé…
Ophélie, enlaçant Paul et pleurant. M’appelle pas comme ça, c’est complètement con… Bon, alors tu lui dis quand ?
Paul. Je lui dis quand quoi ?
Ophélie, se détachant de Paul. Pour nous deux !
Paul, lui faisant signe de se taire. C’est pas le moment…
Ophélie, exaspérée mais restant dans le chuchotement. C’est jamais le moment ! J’en ai assez de toutes ces cachoteries…
Paul, paniqué. Oui, je sais, on en a déjà parlé…
Ophélie. C’est pas les prétendants qui manquent !
Paul, inquiet. Qu’est-ce que tu veux dire ?
Ophélie. Je veux dire que si tu ne te décides pas à t’engager pleinement avec moi, je n’aurai pas de mal à trouver quelqu’un !
Paul. Hein ? Mais enfin, qu’est-ce que tu ?…
Brigitte rentre. Aussitôt, Paul et Ophélie s’éloignent l’un de l’autre, tandis qu’Ophélie tente de sécher ses larmes.
Brigitte, jeans, chaussures et tee-shirt, observant Ophélie. Tu es bizarre…
Ophélie, dont la voix chevrote. Mon allergie…
Brigitte. Tu devrais arrêter de fumer. Comme Paul.
On sonne.
Brigitte. C’est lui ! Paul, va te changer ! (À Ophélie .) Et toi, essaie d’être un peu plus…
***
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