Une Soirée avec quelques ami·e·s

Comédie aigre-douce 2F/2H

Et si une simple soirée « entre ami·e·s » révélait qui nous sommes vraiment ? Accordez-nous moins d’une heure de lecture et plongez votre public dans une comédie de salon au couteau, où me déroulement de la soirée fait exploser les masques… et met à nu les personnages.

Nouveauté 2025 ! 



Avant de vous en dire plus, on a 3 questions rapides à vous poser :
🆘 Vous en avez assez de ces comédies qui ne cherchent qu’à faire rire sans susciter la réflexion du public ?
🆘 Votre budget décors est serré et vous refusez les changements de plateau interminables ?
🆘 Marre des comédies « qui bavardent » sans enjeu ni rebondissements ?

Si vous avez répondu oui à au moins deux questions, alors lisez vite ce qui suit !


Voici le résumé d’Une Soirée avec quelques ami·e·s

Denis organise une soirée avec quelques ami·e·s  pour faire davantage connaissance avec Irène, pour qui il a eu un coup de cœur. C’était sans compter David, éternel séducteur, et Zita, une vague connaissance d’Irène. Au fil de la soirée, les jeux de dupes se mettent en place et les maques tombent.


En accédant au texte intégral d’Une Soirée avec quelques ami·e·s

Vous obtiendrez un fichier PDF de 608 ko, téléchargeable (ordinateur, tablette, téléphone) et imprimable. La mise en page permet d’annoter facilement vos indications et notes de régie.

Ce que la pièce apporte concrètement à votre troupe et à votre public

✅ 4 rôles qui valorisent chaque interprète (2F/2H)
Chacun a des scènes « pivot » et de véritables enjeux à défendre. 

✅ Mise en scène ultra-simple et réaliste
Un seul décor (salon) + quelques accessoires (TV, verres, grilles de loto) : coûts réduits, montage simple.

✅ Un rythme qui tient la salle
Plusieurs twists qui déclenchent des rires et une gêne délicieuse

✅ Un thème universel, immédiatement parlant
Argent, désir, loyauté, hypocrisie sociale : le public se reconnaît et rit… Il se pourrait même qu’il discute de la pièce à la sortie.

✅ Un terrain de jeu exigeant mais accessible
Travail du sous-texte, de l’écoute et de la manipulation douce (séduction intéressée, rivalité Denis/David, test de Zita). Parfait pour débutants ou interprètes chevronnés.

🎭 Intéressé(e) ? 

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et offrez à votre public une comédie féroce et jubilatoire où l’argent (supposé) met à nu les cœurs… et les intérêts.

Attention : déconseillé aux compagnies qui veulent des pièces où les scènes s’enchaînent sans prendre le temps d’approfondir les situations.


Votre compagnie veut monter Une Soirée avec quelques ami·e·s ?

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Questions fréquentes sur Une Soirée avec quelques ami·e·s

Cette comédie convient-elle à une petite troupe amateur ?

Oui. Une Soirée avec quelques ami·e·s a été écrite pour quatre interprètes (2 femmes, 2 hommes). Chaque rôle porte un enjeu fort et possède ses scènes pivot. La mise en scène reste simple : un seul décor de salon, quelques accessoires, et tout repose sur le jeu, l’écoute et les rapports humains.

Faut-il un décor coûteux ou un grand plateau ?

Pas du tout. La pièce se joue dans un salon réaliste, avec une télévision, des verres et quelques grilles de loto : un dispositif léger, rapide à installer et facile à transporter. Idéal pour festivals, petites salles ou répétitions publiques. L’économie de moyens met d’autant plus en valeur les acteurs.

Quels thèmes aborde Une Soirée avec quelques ami·e·s ?

Sous ses airs de comédie de salon, la pièce explore des thèmes universels : argent, désir, loyauté et hypocrisie sociale. Elle parle du moment où les masques tombent, où l’intérêt se glisse dans l’amitié, et où l’amour devient une négociation. Une satire douce-amère qui fait rire autant qu’elle pique.


Extrait d’Une Soirée avec quelques ami·e·s

Personnages

Denis.

David.

Irène.

Zita.

Le décor

Chez Denis. Une porte donnant vers l’entrée, une autre vers la cuisine, ces deux pièces étant invisibles pour le public. Un canapé, une table basse, un bureau rempli de papiers, un ordinateur, une télévision. Les murs sont remplis de livres. On distingue un portrait de Stéphane Mallarmé.

Denis, jean et chemise, est assis au bureau, devant son ordinateur. Il écrit sur son clavier en regardant la télé, qui est allumée. On entend : « Les troupes de singes sont organisées selon une hiérarchie. Le rang social influence l’accès à la nourriture, aux partenaires sexuels, au soutien du groupe, au contrôle du stress. » On sonne. « Les facteurs qui régissent cette hiérarchie sont nombreux. » Denis coupe le son avec la télécommande, se lève et sort par l’entrée. Ouverture de la porte d’entrée.

Denis, off. Toujours pile à l’heure !

David, off. Déformation professionnelle.

Fermeture de la porte d’entrée. David paraît, paquet à la main, chemise, veste et chaussures de ville, suivi de Denis.

David. Je suis le premier ?

Denis. Et le seul, j’en ai bien peur.

David. C’est un tête-à-tête ?

Denis. Pas tout à fait… Je vais t’expliquer. (Voyant le paquet.) Qu’est-ce que tu nous as apporté ?

David, donnant son paquet à Denis. Saint-Honoré.

Denis. Très bien. (Regardant l’heure.) On va pouvoir mettre la table.

David. Ah, parce que rien n’est prêt ?

Denis, débarrassant la table basse. Je n’ai pas vu le temps passer.

David, jetant un œil au téléviseur, toujours allumé. Ça, quand on regarde la télé…

Denis, s’affairant. Je bossais.

David, s’affairant également. Sur la télé ?

Denis. Exactement.

David. Tu la laisses allumée ?

Denis. Je vais l’éteindre. Je prépare un nouveau bouquin.

David. S’il doit aussi bien marcher que le précédent… C’était quoi déjà ?

Denis. « Le silence des voyelles. Essai sur l’évanescence du sens dans la poésie contemporaine ». Je ne t’en avais pas donné un exemplaire ?

David, pris en défaut. Si, si…

Denis. Le contrat que j’avais passé avait pourtant l’air intéressant : j’achetais les dix mille premiers exemplaires et je commençais à être rémunéré à partir de la dix mille et unième vente. 

David. T’en as vendu combien ?

Denis. Trois.

David. Évidemment…

Denis. Trois exemplaires vendus. Le premier a été acheté par ma mère. Il trône en bonne place dans sa bibliothèque. Le deuxième a été acheté par ma mère. Aussi. Elle l’a offert à sa copine Huguette. Et le troisième a été acheté par erreur. La maison d’édition l’a remboursé au client.

David. En même temps, c’est un sujet de niche…

Denis. Toute la journée, j’essaye d’enseigner à des élèves qui s’en foutent, entouré de collègues qui ont la vivacité d’esprit d’un ficus… Et maintenant, cerise sur le gâteau, j’ai dépensé toutes mes économies dans l’achat des exemplaires de mon propre livre, que personne n’a envie de lire.

David, désignant son paquet. Je mets ça où ?

Denis. Sur mon bureau.

David, prenant une grille de loto dans la main. Tu joues au loto ?

Denis. Je suis désespéré ! Je suis à sec. Totalement. C’est pour ça que je t’ai demandé de venir.

David, désabusé. Ah d’accord…

Denis, essayant de rattraper le coup. Attends, ça me faisait plaisir de te voir, aussi…

David, ironique. Bien entendu…

Denis. Quand on était mômes, plus d’une fois je t’ai rendu de fiers services. 

David. Ah oui ?

Denis. Toutes ces interros où je t’ai filé discrètement les réponses…

David. C’est sûr que de nous deux, c’était toi, l’intello.

Denis. Et j’en profitais pour t’aider.

David. Ou pour te foutre de moi.

Denis. Moi ?

David. J’étais votre cible.

Denis. « Votre » ?

David. Toi et ton petit groupe de premiers de la classe. Vous ne ratiez jamais une occasion de vous moquer du cancre que j’étais.

Denis. Tu t’es bien rattrapé depuis. 

David. Je n’ai pas à me plaindre. 

Denis. Banquier chez Westmore Capital, qui oserait se plaindre ?

David. C’est un bon job, je ne vais pas te dire le contraire.

Denis. Je voulais justement te parler argent.

David, que cette dernière réplique renfrogne. J’avais bien compris…

Denis. David, si tu pouvais me prêter ne serait-ce que 30 000, je te serais…

David, le coupant. Tu as bien une banque ? C’est à elle qu’il faut t’adresser. 

Denis. Je m’adresse à toi en tant qu’ami.

David. Si je n’étais pas banquier, tu me tiendrais le même discours ?

Denis, après un silence. Quasiment…

David. Denis, je ne te prêterai pas cet argent.

Denis, désespéré. Mais pourquoi ?

David. Il ne faut jamais mélanger l’amitié et les affaires.

Denis. Je ne ferai pas de mélange, je te le promets.

David. De toute façon, je n’ai pas cet argent.

Denis. Quoi ?

David. J’ai un excellent salaire, c’est vrai. Mais je dépense tout. Le weekend j’en profite pour filer au soleil ou sous la neige… Je compte sur mon prochain bonus pour épargner un peu… Voilà. Bon bah, je peux repartir, maintenant.

Denis. Qu’est-ce que tu racontes ?

David. Tu avais une question à me poser, je t’ai répondu. 

Denis. Arrête ! Ça me fait très plaisir de te voir ! 

David. Vraiment ?

Denis. Vraiment ! En plus ça tombe bien.

David, dont le visage se rebrunit. C’est-à-dire ?

Denis. David, si je t’ai fait venir, c’est bien entendu parce que ça me fait très plaisir de te voir. (Un temps. Il se demande comment poursuivre.)

David, poursuit à sa place. « Mais »…

Denis. Eh non, raté ! (Il réfléchit encore un instant.) Cependant… (Nouvelle pause.) J’ai flashé sur une femme.

David, soudain davantage intéressé. Ah ?

Denis. Elle s’appelle Irène et elle tient une galerie d’art dans la vieille ville, « L’Intervalle Invisible ». Josy, ma collègue d’art-pla, avait une invitation pour son dernier vernissage, « Ce qui disparaît en nous ».

David, prosaïque. Il y a quelque chose qui n’arrête pas de disparaître en moi, ce sont mes clés de voiture. À chaque fois, je crois qu’elles sont dans mes poches, et puis non !

Denis, avec une pointe de condescendance. En l’occurrence, l’artiste exposé, Amaury Klein, travaille sur la lente dégradation des objets du quotidien, savon, fruits, pain. Il part du principe que l’oubli est notre matière première. 

David, toujours prosaïque. Ça, c’est bien vrai. Par exemple, j’arrive jamais à me souvenir du nom du petit traiteur italien chez qui je prends mes linguines à l’encre de seiche. 

Denis, avec une ironie imperceptible. Tu vois ! Josy ne pouvait pas aller au vernissage, alors elle m’a donné l’invitation. Pour tout te dire, j’ai à peine regardé l’expo. 

David. Tu avais autre chose dans la tête ?

Denis. Voilà ! On aurait dit que tous les V.I.P. s’étaient donné rendez-vous à cette soirée. La directrice du Musée des Beaux-Arts, le Directeur du théâtre Saint-Paul et même Barthélémy Gardeuil !

David. Barth et qui ?

Denis. Barthélémy Gardeuil, tu ne connais pas ?

David. Ah… une seconde… ce sont deux frères qui font de la magie, c’est ça ?

Denis, cachant à peine son mépris. Mais non ! Barthélémy Gardeuil est un des plus grands spécialistes de philosophie sociale et d’anthropologie de la performativité. J’ai dévoré son essai phare, « Ontologie de la feinte : pour une grammaire des liens simulés ». Il développe notamment l’idée que toute interaction sociale est un « théâtre de crédibilité réciproque » où chacun « feint d’être sincère pour préserver la structure de l’échange ».

David, perdu. Hein ?

Denis. C’est te dire si j’ai flashé sur Irène.

David, sans que Denis ne perçoive l’ironie. Ah oui, on sent tout de suite que lors de ce vernissage, tu n’as vu qu’elle.

Denis. On est allés prendre un café à côté de chez elle, mais je voulais mieux la connaître, alors je l’ai invitée ce soir. 

David. Tu n’y vas pas par quatre chemins.

Denis. Justement, je ne voulais pas l’effrayer avec un dîner seul à seule, alors je lui ai dit que je faisais une soirée avec quelques amis, à la bonne franquette, chacun amène quelque chose…

David. C’est le bon truc, comme ça, toi, tu n’as rien à faire, et tu passes pour un hôte sympa.

Denis. C’est plus l’idée de partage, qui est intéressante.

David. L’idée de partage ? Moi, j’amène un saint-honoré. Irène, qu’est-ce qu’elle ramène ?

Denis. Euh… une salade de pâtes, je crois.

David. Et toi ?

Denis. Quoi, moi ?

David. Qu’est-ce que tu ramènes, toi ?

Denis. Je ramène rien : c’est moi qui invite.

David. Et voilà. 

Denis, froissé. Je ne sais pas ce que tu sous-entends, David…

David, avec un petit sourire. Rien, rien…

Denis, essayant de rattraper le coup. J’ai quand même ramené des… des… euh… des gobelets et aussi des… des serviettes en papier.

David, avec ironie. Bravo.

Denis. J’avais demandé à Marc et Sophie de venir, mais ils ont annulé. 

David. Peu importe, on a suffisamment à manger.

Denis. David ! Je n’invite pas les gens pour me nourrir. J’invite les gens parce que ça me fait plaisir de les voir.

David, n’en croyant pas un mot. Mais bien-sûr !

Denis. Il vient d’où, ton saint-honoré ?

David. De chez Zambault.

Denis. Je sens que je vais me régaler… Donc, je compte sur toi ?

David. Pour ?

Denis. Pour Irène.

David. Quoi « pour Irène » ?

Denis. C’est une femme que j’ai en vue. Donc merci de ne pas lui faire ton habituel numéro de charme. 

David, presque outré. Évidemment, pour qui tu me prends ! 

Denis. Pour ce que tu es. De toute façon tu n’es pas son type.

David. Ah bon ?

Denis, comme une évidence. David… Tu es banquier. Elle est galériste.

David. Et alors ?

Denis, essayant de lui faire comprendre à demi-mots. Tu es banquier, elle est galériste… Elle est galériste, tu es banquier… bref ! Si tu peux éviter de te mettre sur mon chemin… tu t’éviteras et tu m’éviteras une perte de temps. D’accord ?

David. D’accord ?

Denis, tendant la main. Tu promets ?

David, tendant la main et serrant celle de Denis. Je promets.

Denis, prenant son téléphone. Excuse-moi. (Il lit un message.) Et merde !

David. Un problème ?

Denis. C’est Irène.

David. Elle ne vient pas ?

Denis. Si, mais avec Zita.

David. C’est qui ?

Denis. Une de ses voisines, Irène la prend sous son aile, par pitié, sans doute. Zita, si tu veux… elle a pas inventé l’eau tiède… c’est une shampouineuse… elle a pas le moral, apparemment…

David. Tu la connais, cette euh…

Denis. Zita ? Elle était au café quand j’ai retrouvé Irène l’autre fois… (Un temps.) Mais tu sais que vous iriez bien ensemble ?

David. Moi et Zita ?

Denis. Oui !

David, vexé. Tu viens de me dire qu’elle n’a pas inventé l’eau tiède !

Denis. Non mais c’est une façon de parler ! Elle est brave… elle est bien brave…

On sonne.

Denis. Ça doit être elles.

David, attaquant, mais à fleuret moucheté. Laisse, j’y vais.

Denis, contre-attaquant dans le même registre. Merci David, je m’en charge. 

Denis sort par l’entrée, tandis que David, de mauvaise grâce, essaie de s’occuper. Bruit de porte qui s’ouvre.

Irène, off. Ça ne vous dérange pas ?

Denis, off. Pas le moins du monde. 

Zita, off, avec des sanglots dans la voix. Merci, Denis, c’est très chouette de votre part…

Denis, off. Ça me fait plaisir. 

Bruit de porte qui se referme. Paraît Irène, un plat à la main, Zita, qui se mouche, puis Denis.

Irène, saluant David. Irène.

David, la saluant également. David. On se fait la bise ?

Irène, un peu surprise. Euh… oui…

Denis, mettant fin à cette embrassade. Salade de pâtes ?

Irène, donnant le plat à Denis. C’est ça. 

Zita, allant à David pour lui faire la bise. Moi, c’est Zita.

David, lui serrant la main. Enchanté. (Il la laisse en plan.)

Denis, pour paraître aimable. Zita, ce soir, vous allez vous changer les idées. Comment va Minouche ?

David. Minouche ?

Zita. Justement…

Denis, à David. C’est sa perruche.

Zita. Elle vient de se faire manger par Voldemort ! (Elle éclate en sanglots.)

Denis. Voldemort ?

Irène. Le chien du concierge. 

Denis, à Zita. Bien entendu, ce n’est pas drôle, mais vous allez vous en remettre.

Zita. Hein ? Mais Minouche c’était comme ma sœur ! La seule personne qui ne m’a jamais laissée tomber…

Denis, à part. Qui se ressemble s’assemble…

Zita. Qu’est-ce que vous dites ?

Denis. Zita, je vous fais une proposition : ne parlons plus de cela et décidons ensemble de passer une bonne soirée. Voulez-vous ?

Zita. Oui. Oui mais à condition qu’on se dise tu.

Denis. Si vous voulez. 

Zita. Tu ne veux pas ? Euh… Vous ne voulez pas ?

Denis. Si, je viens de vous le dire !

Irene. Non, vous lui avez dit vous.

David. Dis-lui tu.

Irene. Mais oui, dites-lui tu.

Denis. En ce cas, vous me dites tu aussi ?

Irene. Disons-nous tout ! euh…

David. Disons-nous tu !

Denis. Eh bien en ce cas, Zita, tu peux poser ton sac par-là. 

Zita, souriant. Merci.

David disparaît par le couloir.

Irene, presque contrariée. La télé est allumée ?

Denis. Ah oui, il faut l’éteindre.

Irene, avec une pointe d’inquiétude. Vous regardez la télé ? Euh… Tu regardes la télé ?

Denis. Jamais ! Mais en ce moment, je travaille sur mon prochain livre, qui traitera de la rhétorique médiatique.

Irene. Sur la télé ? Ce n’est pas un média un peu dépassé ?

Denis. Certes, c’est un des médias historiques, mais il peut encore avoir beaucoup d’impact. (Comme cherchant quelque chose.) Zut… je n’ai pas pensé aux boissons…

Zita. À propos : je commence à avoir soif. Y a du coca ?

Denis, esquissant un sourire en coin. Ah non, désolé, pas de ça ici…

David revient du couloir avec une boîte et une bouteille.

David. Regardez ce que j’ai trouvé !

Denis, ennuyé mais n’en laissant rien paraître. Ah mais oui, David, quelle bonne idée ! J’avais ça dans le frigo, il y a un pot au collège la semaine prochaine. (À Irène.) Radis, concombres, carottes ?

Irène. Avec plaisir, j’adore les crudités.

Zita. Minouche aussi adorait les crudités. (Elle fond en larmes.) Je lui en donnais tous les jours !

Denis, lui donnant un mouchoir, se voulant compatissant. Zita, ça va passer.

Zita, séchant ses larmes. Oui…

Denis, à Irène, plus caressant. Tes yeux ont vraiment une couleur particulière, un éclat, une vivacité, on dirait…, on dirait…

Zita, les yeux grands ouverts. On dirait Minouche ! (Elle fond en larmes.) Ma Minouche… elle me fixait comme ça tous les matins…

Denis, donnant à Zita un autre mouchoir. Zita, ça va passer…

Zita, séchant ses larmes. Oui…

Denis, à Irène. Où en étions-nous ?

Irène, coopérative. À l’éclat de mon regard…

Denis. Merci ! Ce que je voulais dire, c’est que face à cet éclat, on ne peut qu’avoir envie de… de…

Zita. De lui jeter des graines ! (Elle fond en larmes.) Ma Minouche, tous les matins, elle picorait avec tant de joie…

Denis, lançant un nouveau mouchoir à Zita, plus sec. Zita, ça va passer. 

Zita, séchant ses larmes. Oui…

Denis, à Irène. Qu’est-ce que je disais ?

Irène. Je crois qu’on parlait de graines.

Denis, prenant peur. Ah non ! Chut !

Zita, fondant en larmes. Des graines ! … Qu’est-ce que je vais en faire, moi, maintenant, des sacs de graines de ma Minouche ?

Denis, balançant un nouveau mouchoir à Zita, énervé. Zita, ça va passer !

Zita, séchant ses larmes. Oui…

Denis, confus. Bon… euh… je ne sais plus… on…

Irène, charmeuse. Il me semble que tu parlais de moi…

Denis. Oui, oui, bien sûr… euh… c’est dur à définir… une grâce, une douceur, quand tu tournes la tête, comme…

Zita, fondant en larmes. Comme ma Minouche quand elle se grattait derrière l’aile !

Denis, jetant force mouchoirs à Zita, excédé. Zita, ça va passer !

Zita, fondant ses larmes. Oui. (Récupérant les autres mouchoirs que Denis continue à lui jeter de manière presque automatique.) Ça va peut-être aller, là ?

Denis, avec un sourire un peu crispé. Tu es sûre ?

Zita, séchant ses larmes. Sûre.

Denis. Sûre, sûre ?

Zita, avec volontarisme. Sûre, sûre !

David, qui a tout observé d’un œil amusé. Zita, ça t’aiderait peut-être si on ne parlait plus de Minouche ?

Zita, fondant en larmes. Ma Minouche !

Denis et Irène. Oh !

Dans un mouvement d’humeur, Denis lance la boîte de mouchoirs à Zita.

Zita, recevant la boîte. Ah !

Denis. Désolé, pur réflexe…

Zita. Je comprends que ce soit agaçant. Maintenant j’arrête avec… avec…

Denis, voulant l’aider. Avec celle dont il ne faut pas prononcer le nom. 

Zita, souriant. Voilà !

Denis, à Irène. Je me demandais, au sujet du vernissage…

Zita, le coupant, gaie. Ah ce vernissage ! Merci, Irène, de m’avoir invitée. C’était la première fois que j’en faisais un. 

Denis, à Irène. J’ai vu l’adjoint à la culture près du buffet. Il est resté longtemps ?

Zita. L’adjoint ?

Irène. Le grand qui te faisait compliments sur compliments.

Zita, en verve. En tout cas, il n’a pas fait des compliments sur les petites cuillers : selon lui, elles étaient trop petites pour les verrines de betteraves. Il y allait carrément au quignon de pain. Alors, j’ai eu envie de m’amuser : comme il m’avait dit qu’il était végétarien, je lui ai fait croire que les verrines étaient relevées au bouillon de bœuf ! J’ai cru qu’il allait faire une jaunisse !

Denis, à Irène. Et la blonde en robe argentée, c’était bien la critique littéraire du Courrier du Val ?

Zita, rigolarde. Celle-là, elle a passé dix minutes à chercher une prise pour son téléphone. Et elle a fini par en trouver une dans le placard à balais !

Denis, à Irène. Tu as pu parler au préfet ?

Zita. Avec moi, il s’est pas gêné. Il m’a demandé la marque des bretzels. 

Denis, avec crispation. Évidemment…

Zita, sourire poli. Oh pardon, tu t’attendais à ce qu’il me cite du Platon ?

Denis, presque sec. En tout cas, je ne m’attendais pas à un flash info betteraves bretzels. (À Irène.) Quoi qu’il en soit, j’ai trouvé la proposition artistique d’Amaury extrêmement intéressante. Sa grande installation m’a rappelé Boltanski, période « inventaire ». 

Irène, souriant. Oui… mais avec une touche d’On Kawara dans la gestion du temps.

Denis. Exactement !

Zita, enthousiaste.  Moi aussi, ça m’a rappelé quelque chose : le grenier de ma grand-mère, quand on avait trié toutes ses vieilles boîtes de biscuits rouillées !

Irène, après une pause polie. Ah… oui… enfin, en l’occurrence, on parle davantage de mémoire collective que de rangement personnel.

Denis. On pourrait peut-être aller voir la rétrospective Dan Flavin vendredi ?

Irène. Bonne idée.

Zita. Ah bah moi je peux pas, j’ai rendez-vous pour mes allocations…

Denis. Alors c’est noté pour vendredi.

Irène. D’accord ! 

Zita, amère. D’accord…

Denis. Ce que j’aime, chez Flavin, c’est cette ouverture infinie des possibles. J’ai moi-même publié « Le Silence des Voyelles », un essai sur l’évanescence du sens dans la poésie contemporaine. 

David, se décidant à passer plus franchement à l’attaque. On ne le croirait pas, mais on écrit beaucoup, aussi, dans la banque. Ainsi, mon rapport annuel sur la conjoncture économique pour Westmore Capital a été téléchargé quinze mille fois la semaine dernière.

Zita, pas mécontente de cette petite défaite infligée à Denis. Ah oui… C’est très lu… bravo…

David, à Denis. Rappelle-moi combien d’exemplaires tu as vendus de ton livre ?

Denis. Euh… je… la pub n’a pas vraiment été à la hauteur…

David. Combien ?

Denis. Eh bien… c’est… ohfff… je ne sais plus…

David. Cherche.

Denis. Alors… hum… ah oui ! hinhin… (Très bas.) Trois.

David. Combien ?

Denis, plus fort mais toujours chuchoté. Trois.

David. J’ai pas entendu.

Denis, agacé. Trois !

David, après un silence. Trois, c’est pas mal. Pas mal pour une publication si ardue.

Denis. Cela dit, mon livre a eu un compte-rendu dans la revue « Lettres et Horizons ». 

David. Et mon rapport un compte-rendu dans Global Finance Weekly. Tirage mondial. (Zita écrase un rire.)

Denis. Le « Cercle des Amis de la Poésie Contemporaine » m’a invité la semaine prochaine à donner une conférence à la Maison des associations, annexe 2bis, studio 3, en contrebas des locaux techniques.

David. Cette année, j’anime un panel au forum économique de Davos.

Irène, sincèrement impressionnée. Ce doit être une belle audience…

Denis. Pour ma part, je préfère un public plus choisi…

Zita. Ça, trois personnes, y a eu du tri…

David. La semaine prochaine, je suis invité à dire un mot au dîner annuel de la Chambre de Commerce. Ça se passera au Royal Coconut Grill Club. 

Zita. Ah les grillades, j’adore ! Mon cousin Brian, il en fait tout le temps au camping de la Grande-Motte !

David, avec condescendance. Ça n’est pas tout à fait le même standing… (À Irène.) Ça te tente ?

Irène. Pourquoi pas ?

David. En tout cas, Denis m’a parlé de cette exposition sur… Amaury Klein, si je ne me trompe ?

Irène. C’est bien ça.

Denis, à David, avec une pointe de fiel. Tu t’intéresses à l’art contemporain, maintenant ?

David. Je m’intéresse à tout… (À Irène.) Ce que m’en a dit Denis m’a semblé remarquable.

Denis, plein de sous-entendus. Remarquable, oui. C’est un compliment purement professionnel, n’est-ce pas ?

David, regardant Denis avec un petit sourire. Naturellement, purement professionnel.

Zita, les regardant. C’est la première fois que j’ai l’impression que le mot « professionnel » est en train de transpirer…

Denis, à Irène et Zita. Voilà pourquoi j’apprécie David : c’est non seulement un ami, mais aussi un grand professionnel. Quand ces deux dimensions sont réunies chez un seul et même homme, vous obtenez quelqu’un d’une grande loyauté. (À David, espérant qu’il comprenne le sous-entendu.) C’est important, la loyauté, savoir respecter ses engagements…

Irène. Ses engagements ?

David, conservant son sourire. Rien de grave. De simples accords… entre gentlemen…

Denis, soutenant le regard de David. Oui. Des accords qui impliquent de ne pas franchir certaines lignes.

Zita. Attendez… j’ai pas suivi… on parle foot ?

David, à Irène. J’aimerais beaucoup voir ta prochaine sélection. Peut-être même en avant-première ?

Denis, plus sèchement. Je ne crois pas que ce sera nécessaire. D’autres ont la priorité.

David, plus incisif. D’autres ? Peux-tu nous éclairer ? De qui parles-tu ? De toi ? 

Denis. J’ai pour principe d’honorer ma parole. J’attends des autres qu’ils fassent de même. 

Irène, voulant couper court à la tension. Voulez-vous goûter ma salade de pâtes ?

Denis, faisant un mouvement. Avec plaisir.

Irène. Laisse. La cuisine est par-là ?

Denis. Oui mais…

Irène. Non, non, j’insiste…

Zita. Attends, je t’accompagne !

Zita et Irène s’éclipsent par le couloir.

Denis, bas. Qu’est-ce que tu fais ?

David. Quoi ?

Denis. Ne fais pas l’imbécile, s’il te plaît.

David. Mais quoi ?

Denis. On n’avait pas un accord, tous les deux ?

David. Si.

Denis. Tu te souviens de ce que tu m’as promis ?

David. Bien sûr. 

Denis. Et tu penses que ton comportement correspond à cette promesse ?

David. J’ai discuté avec elle, point. 

Denis, éclatant malgré lui. Tu la dragues !

David. Si tu appelles ça draguer, tu as peut-être un problème.

Denis. Lui demander une visite privée pour sa prochaine expo, ce n’est pas la draguer ?

David. C’est montrer de l’intérêt pour son travail. Tu voudrais qu’elle pense que ton entourage la snobe ?

Denis, à part. Comme si tu avais les moyens de la snober !

David. Comment ?

Denis. Je ne veux pas qu’elle pense que tu la dragues !

David. Et si je te disais que je voulais tester ses réactions ? Voir si elle en pince vraiment pour toi ?

Denis. Bien sûr ! Le banquier philanthrope, toujours prêt à sacrifier son temps pour la vie sentimentale d’autrui !

David. C’est dans l’intérêt de l’expérience que tu restes euh… disons… concentré sur ton objectif. Si elle peut être troublée par quelqu’un d’autre que toi, mieux vaut le savoir maintenant, non ? 

Denis. Elle ? Troublée par toi ? (Il rit.) Ça n’arrivera pas.

David. Ah non ?

Denis. Non. Comment te dire, David… Irène et moi, nous sommes du même monde, tu vois. Un autre monde que celui de la banque.

David. C’est ce qu’on va voir.

***

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