Coriaces

Comédie noire avec distribution modulable

Jusqu’où la cohabitation entre deux mondes peut-elle aller ?

Accordez-nous moins de deux heures de lecture et plongez votre public dans une comédie noire explosive et inattendue (même si vous avez peu de moyens).

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Avant de vous en dire plus, on a 3 questions rapides à vous poser :
🆘 Vous en avez assez des pièces qui manquent de tension et d’originalité ?
🆘 Vous ne supportez plus les intrigues prévisibles où tout se termine bien ?
🆘 Vous êtes fatigué-e-s des décors compliqués qui demandent un investissement démesuré ?

Si vous avez répondu oui à au moins deux questions, alors lisez vite ce qui suit !

Voici le résumé de Coriaces :
Quand Amaury et Diane, riches bourgeois, confient leur maison et leur chat à Samantha et Tony, ils ne se doutent pas que cette cohabitation forcée va révéler bien plus que de simples différences sociales. Entre quiproquos, manipulations et révélations, les apparences volent en éclats dans cette comédie noire où rien ni personne n’est épargné. Au fil des actes, les tensions montent et les secrets de la maison sont dévoilés… jusqu’à un dénouement aussi glaçant qu’explosif.

En accédant au texte intégral de Coriaces, vous obtiendrez un fichier PDF d’environ 142 pages pour un poids ultra-réduit d’environ 1,2 Mo, téléchargeable sur votre ordinateur, votre tablette, votre téléphone, et imprimable sur n’importe quel support. La mise en page vous permettra de noter sur le texte toutes les indications et notes de régie que vous jugerez utiles.

Avec Coriaces, vous découvrirez :


✅ Une comédie noire d’une rare intensité : la pièce maintient une tension palpable tout en proposant des moments de légèreté et de rire nerveux.
✅ Des rôles variés et riches : idéaux pour des interprètes souhaitant explorer des personnages complexes et nuancés.
✅ Un décor unique mais accessible : un grand salon bourgeois offrant de multiples possibilités de mise en scène.
✅ Un regard acéré sur les inégalités sociales : une réflexion percutante qui touche autant qu’elle amuse.
✅ Une intrigue captivante et imprévisible : le public sera tenu en haleine jusqu’au dernier acte.

Intéressé(e) ?

Téléchargez gratuitement le texte intégral de Coriaces 

et laissez votre public découvrir cette fable mordante et magistrale sur les clivages sociaux et humains.

Attention : déconseillé aux spectateurs réfractaires aux histoires teintées d’humour noir, où la satire sociale côtoie l’absurde.


Vous préparez une ou des représentation(s) de Coriaces ?

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Questions fréquentes sur Coriaces

Cette comédie noire peut-elle convenir à une troupe amateur ?

Oui. Coriaces s’adresse aussi bien aux troupes amateures qu’aux compagnies professionnelles. La tension dramatique et les dialogues rythmés offrent un vrai terrain de jeu pour les interprètes, sans exiger de moyens techniques importants. Un grand salon bourgeois suffit à tout faire exploser — au propre comme au figuré.

Faut-il un décor complexe pour monter Coriaces ?

Non. La pièce se déroule dans un unique décor de salon, modulable et accessible. Il peut être réaliste ou stylisé selon la mise en scène, mais reste simple à installer. L’essentiel repose sur les comédiens et le rythme des échanges, pas sur le décor.

Quels thèmes aborde la pièce ?

Coriaces met en scène la fracture sociale, les rapports de pouvoir et les secrets enfouis d’un monde bourgeois. Entre comédie noire et satire, elle questionne la cohabitation de deux univers : celui du confort et celui de la débrouille. Le tout avec humour noir, tendresse et une part d’inconfort volontaire

Quel ton adopter pour la jouer ?

Un ton tendu, nerveux, presque cinématographique. La pièce fonctionne sur le contraste : rires crispés, silences lourds, éclats imprévisibles. Il faut jouer Coriaces comme un thriller social : drôle, inquiétant, percutant — et toujours humain.


Extrait de Coriaces

Personnages

Diane, femme d’Amaury.

Amaury, mari de Diane.

Samantha, compagne de Tony.

Tony, compagnon de Samantha.

Albane, amie d’Amaury.

Alan. 

Le décor

L’action se passe dans le séjour des Bellanger. Blanc et crème. Grande maison impeccablement tenue, meubles design. Au fond, une grande cloison percée d’une ouverture. À gauche, une cloison avec une porte vitrée donnant sur le jardin d’hiver ; à droite une cloison avec au premier plan une porte donnant sur la salle de billard. Fixé à la cloison du fond et à droite de l’ouverture, un escalier montant à un palier ; ce palier donne sur une ouverture haute dans la cloison de droite au deuxième plan ; en-dessous de l’escalier, face au public, une bouche d’aération. À gauche, à côté de la porte donnant sur le jardin d’hiver : un bar contenant bouteilles et verres, surmonté d’une étagère avec une photo de mariage de Diane et Amaury, radieux. Au fond, à gauche de l’ouverture, un music system ; à droite de l’ouverture, un visiophone, une console avec un téléphone à côté duquel sont disposés un bloc-notes et un stylo. Entre la console et l’escalier, des étagères sur lesquelles est rangée une collection de livres reliés en cuir. Près du bar et face au public, un canapé sur lequel est soigneusement plié un plaid et devant lequel on trouve une table basse. Devant l’escalier, une table haute avec un pot de fleurs, une corbeille de fruits et deux chaises. De l’ouverture du fond, des marches montent vers un couloir. Face à l’ouverture, dans le couloir, on voit une grande fenêtre avec une vitre d’un seul tenant dévoilant un jardin à l’anglaise. La vitre est brisée, un moineau git sur le sol du couloir. Le couloir donne, à gauche vers la cuisine, à droite vers la porte d’entrée, toutes deux invisibles du public.

Acte I

Au fond de moi le silence crie

Vendredi matin. La table haute est mise pour le petit-déjeuner. Sur celle-ci repose un paquet cartonné estampillé « Zambeau ».

Scène 1. Diane, Amaury, puis Tony, off.

Diane entre par le jardin d’hiver avec un vaporisateur d’insecticide. Elle porte une robe droite blanche à zip avant, bottes hautes en cuir blanc, collants blancs. Elle vaporise les fleurs sur la table puis sort par le jardin d’hiver avec le vaporisateur.

Amaury paraît sur le palier. Il porte une veste bleu marine sur une chemise blanche col ouvert, jean bleu foncé avec chaussures richelieu en cuir marron clair. Il descend l’escalier. Diane reparaît par le jardin d’hiver, les mains libres, sans jeter un regard à Amaury. Il l’embrasse, elle ne manifeste aucune réaction. Elle s’assoit, lui reste debout. Moment de flottement.

Amauryposant sa main sur le paquet cartonné. —C’est pour Mông ? (Silence de Diane, qui commence son petit-déjeuner. Amaury ouvre le carton, puis, après avoir vu son contenu ) C’est pour Mông. (Il referme le carton.) Tes valises sont prêtes ? (Diane reste mutique.) Tu as vu Peanut ? (Diane paraît ne pas entendre. Amaury regarde vers le jardin d’hiver.) Ah il est là, ce gredin ! (Amaury prend une assiette sur laquelle est servi morceau de fromage, se dirige vers le jardin d’hiver et s’accroupit. Il tend l’assiette vers la porte ouverte.) Et c’est qui qui va se régaler, hein ? Et c’est qui qui va se régaler, hein ? 

Diane. —Il a son concours de beauté dans huit jours.

Amaury, rapportant l’assiette à table, après un temps. —J’ai encore mal dormi. Toujours ce bruit. À notre retour, il faudra voir ça. (Nouveau silence.) Ton père sera là au casino ?

Diane, avec ironie. —Bien entendu, il s’intéresse tellement au labo.

Amaury, après un temps. —On ne peut pas aller en Russie maintenant. 

Diane. —Le Lac Baïkal.

Amaury. —Ce n’est pas un petit voyage.

Diane. —Selon Anna, jamais un chaman n’a su l’emporter dans un tel envoûtement.

Amaury. —On part à Marrakech.

Diane. —Ce n’est pas la même chose.

Amaury. —En ce moment, c’est compliqué, et puis c’est très onéreux. Je te l’ai dit, pendant quelque temps encore, il faut faire attention.

Diane. —C’est ma faute ? 

Amaury. —Non, c’est la mienne. C’est ce que tu voulais entendre ? 

Diane. —La campagne de la gamme Narcoflore, une catastrophe.

Amaury. —C’est vrai, chérie.

Diane. —Je te l’avais dit.

Amaury. —Mais chérie, toutes les études montraient que…

Diane. —J’ai des parts dans ce labo.

Amaury. —Et je ne l’oublie pas. 

Diane. —Si on avait gardé mon slogan, on y serait, au Lac Baïkal.

Amaury. —Peut-être.

Diane. —C’est certain. « Un sommeil d’or sans effort : Narcoflore ». Tout le monde adorait. 

Amaury. —Diane…

Diane. —Sauf toi.

Amaury. —C’est vrai, cet enchaînement de rimes, je trouvais ça un peu…

Diane. —Et maintenant, ton nouveau prototype. Tu as vu les stats des effets secondaires ?

Amaury. —On ne va tout de même pas se fâcher pour le labo ? C’est bientôt nos dix ans. (Nouveau silence.) Bon, allez, c’est d’accord, on part en Russie. (Le visage de Diane s’éclaire, celui d’Amaury également.) Dans un an jour pour jour, décollage pour le Lac Baïkal. (À cette précision, Diane laisse tomber son couteau dans son assiette.) Qu’est-ce que j’ai dit ?

On sonne au visiophone. Moment de suspension durant lequel Amaury et Diane attendent, regardent autour d’eux, comme cherchant quelqu’un. On sonne de nouveau. Amaury va au visiophone.

Amaury, décrochant. —Oui ?

Tony, off. —Goretti.

Amaury. —Je vous demande pardon ?

Tony, off. —C’est M. Goretti. Je rapporte l’écharpe de votre femme.

Amaury. —Ah, oui… (Avec un léger sourire ) « l’écharpe »… (Il appuie sur un bouton.) Entrez. (Il raccroche. À Diane, doucement ) Un jour, tu oublieras ta tête. Une étole à ce prix-là… Heureusement, mes employés me sont dévoués. (Il voit soudain le moineau au sol. Observant la fenêtre.) Du verre blindé ? tu parles… Où est Mông ?

Diane. —Je n’en sais rien.

Amaury, montrant le moineau. —Tu veux bien nettoyer ça, s’il te plaît ? 

Diane. —Cela fait partie de mes attributions ?

Amaury, sortant de sa poche son téléphone qui vibre. Il regarde, a un temps d’arrêt, puis, montrant son téléphone. —Je dois… 

Avec un mouvement d’humeur, Diane sort vers la cuisine.

Amaury, entrouvrant la porte de la salle de billard, au téléphone, chuchotant. —Tu es folle de m’appeler comme ça. Je te l’ai dit : envoie-moi des textos. Lundi ? 17h ? À la mairie ? D’accord. 

Diane réapparaît avec une balayette, une pelle et une serpillière. Amaury raccroche précipitamment. Diane s’agenouille et commence à nettoyer. On toque, Amaury va ouvrir.

Scène 2. Diane, Amaury, Samantha, Tony.

Amaury, off. —Bonjour.

Tony, off. —Bonjour, M. Bellanger.

Samantha, off. —Bonjour.

Tony, off, faisant les présentations. —Samantha, ma copine.

Amaury, off. —Entrez.

Amaury réapparaît dans le couloir, suivi de Tony et Samantha. Tony est en survêtement avec socquettes et claquettes. Il porte également un bandage à la main droite. Samantha porte un jean usé et épais à plis très marqués, avec une polaire à motifs sur un tee-shirt publicitaire, une grande sacoche fatiguée en simili cuir et des baskets. Tous les deux sont très souriants.

Amaury. —Vous connaissez ma femme.

Tony, saluant, souriant toujours. —Madame Bellanger.

Samantha, saluant, ne souriant plus. —Madame.

Diane, souriant. —Bonjour. (Montrant la balayette ) Vous m’excusez ? Les joies du ménage.

Tony, clin d’œil à Samantha. —Prends exemple, Sam.

Amaury, descendant les marches. —Par ici.

Tony et Samantha suivent Amaury, s’emmêlent les pieds et tombent par terre.

Tony et Samantha, tombant. —Attention ! Ah !

Diane quitte sa pelle et sa balayette.

Diane, aidant Samantha. —Ces marches sont terribles.

Samantha. —Merci Madame.

Diane, avec simplicité. —Appelez-moi Diane.

Samantha, retrouvant le sourire. —Bien, madame. Euh… Diane !

Tony, qu’Amaury a aidé à se relever. —Merci m’sieur Bellanger.

Alors que Samantha n’a pas quitté Diane des yeux, cette dernière se dirige vers la serpillère.

Tony, allant aussi vers la serpillère. —Attendez m’ame Bellanger, on va vous aider.

Diane, avec douceur. —Sûrement pas. J’ai presque fini. (Désignant la vitre brisée ) Notre vue sur le parc est balafrée.

Samantha. —Votre parc, magnifique.

Tony. —Énorme.

Amaury, avec un petit sourire. —Huit hectares. Bosquets, haies, labyrinthes, parfois on s’y perd. Je l’adore, ce parc. Toutes les pièces du rez-de-jardin ont une porte-fenêtre pour y accéder facilement. J’y ai tenu.

Tony. —L’entretien, ça doit être… (Il fait un geste.) Piouf…

Amaury, dont le sourire s’affirme. —Le robot-tondeuse fait ça très bien.

Diane, moins enthousiaste. —Très bien, très bien… l’autre jour, je faisais un somme sous le grand chêne, si je n’avais pas bougé, il me serait passé dessus.

Amaury, modérant le propos de Diane. —Quelques réglages restent à faire. Il est top.

Samantha. —On a vu un chat. Il est à vous ?

Amaury. —Tigré roux ? C’est Peanut. L’agilité même. On ne sait comment, il se faufile partout, notre petit bébé…

Diane, rectifiant. —Mon petit bébé. C’est grand, ici. (Tony et Samantha approuvent.) Il y met sa petite vie. C’est un peu comme mon fils.

Amaury, avec une légère réprobation. —Diane…

Diane, s’animant progressivement. —Il me donne beaucoup de travail. Sa gamelle, sa litière, le rognage de ses griffes, le brossage de son pelage, l’entretien de son panier, ses exercices quotidiens, le nettoyage de son linge. 

Amaury, dans le but de la faire taire. —Tu t’en occupes très bien, chérie…

Diane, soudainement. —Il est sorti sans son châle à chat !

Tony, sans comprendre. —Son chalacha ?

Samantha, comprenant. —Ah ! (Détachant les mots ) Son châle-à-chat !

Diane. —J’espère qu’il n’attrapera pas froid.

Amaury, expéditif. —Mais non, mais non…

Samantha, donnant un coup de coude à Tony. —À propos de châle.

Tony. —Ah oui ! (Il sort d’une des poches une étole roulée en boule et la tend à Diane.) Votre écharpe.

Diane prend l’étole, la déplie et en sort un médaillon.

Tony. —Tiens, c’est quoi ?

Diane. —Celui-là, je l’ai cherché ! (Elle serre le médaillon dans sa main.) 

Tony. —On l’avait pas vu.

Samantha, d’un regard réprobateur à Tony. —Ça non, on l’avait pas vu.

Diane. —C’est un porte-bonheur offert par ma grand-mère. (Diane regarde réellement Tony pour la première fois. Elle se met à le considérer différemment et lui sourit. Samantha ne les quitte pas des yeux.). Vous, vous êtes magique. (Nouveau silence durant lequel elle met le médaillon autour de son cou et continue à regarder Tony.)

Amaury. —Eh bien, chérie. Dis merci à monsieur… euh… (Il cherche.)

Tony. —Appelez-moi Tony.

Diane, bredouillant. —Euh… oui… merci monsieur… euh… Tony… Le feu d’artifice était si réussi, j’en ai oublié mon étole.

Samantha. —Ce feu d’artifice, on l’attend chaque année avec impatience.

Diane, mettant l’étole. —Mon mari le prépare pendant des mois. 

Tony. —Ça vous va très bien.

Diane, le regardant de nouveau, mais avec davantage d’intensité. —Merci, Tony.

Amaury, collant la pelle et la balayette dans les mains de Diane. —Eh bien merci d’être passés, maintenant, excusez-nous, mais nous avons à faire.

Tony, voulant prendre les objets. —Je vais le faire, m’ame Bellanger.

Diane, le grondant avec douceur. —Diane.

Amaury, à Tony. —Ça fait longtemps qu’on ne vous a pas vu.

Tony, tout sourire, montrant son bandage. —J’en ai encore pour trois mois.

Diane, à Tony et Samantha. —Vous prendrez bien un café ?

Amaury se mord les lèvres, Samantha et Tony se regardent.

Diane, à Tony. —J’ai besoin d’aide. Vous venez ?

Diane va en cuisine, suivi par Tony qui a pris serpillère, balayette et pelle. Amaury fusille Diane du regard tandis que Samantha les regarde s’éloigner.

Scène 3. Amaury, Samantha, Tony.

Amaury, répondant au téléphone, alors que Samantha se met à observer attentivement la maison. —Oui ? L’Hôtel des falaises, oui je confirme. Frais professionnels généraux. (Un temps.) Pardon ? Puymartin, j’ai dû mal m’exprimer. Vous mettez cette facture de l’Hôtel des falaises dans mes frais pros. (Un temps.) C’est moi qui décide ce qui est approprié ou non. (Un temps.) Peu m’importe la politique comptable de United Pharma. Il sera toujours temps de changer une fois le rachat effectif. Bellanger est encore le patron du Laboratoire Bellanger. (Il raccroche vivement.)

Tony, arrivant de la cuisine, reparaît avec un plateau sur lequel reposent quatre tasses à café avec des soucoupes et des cuillers. Amaury, voyant cela, accourt pour le soulager du plateau et le pose sur la table.

Tony, repartant. —Je vais chercher le lait.

Amaury, l’arrêtant. —Je m’en occupe.

Il repart en cuisine.

Samantha, qui depuis quelques instants inspecte discrètement mais précisément le lieu, s’arrête sur le paquet estampillé « Zambeau ». Elle l’ouvre et découvre trois éclairs au chocolat. Elle les montre à Tony. Presque immédiatement, ils se jettent dessus et en dévorent un chacun. Tony saisit alors le dernier, mais Samantha l’arrête.

Samantha. —Celui-là, ce sera pour le gars des poubelles. Il a pas mangé depuis trois jours, qu’il m’a dit.

Tony. —D’accord. (Il croque alors dans le dernier éclair.)

Samantha, lui donnant une tape sur le bras. —Eh !

Tony, lui tendant l’éclair. —C’était pour voir s’il était bon.

Samantha empaquette l’éclair dans un tract syndical et le fourre dans son sac.

Scène 4. Samantha, Tony, Diane, Amaury.

Diane et Amaury, venant de la cuisine, reparaissent. Diane porte un plat sur lequel est présentée une brioche coupée en tranches, tandis qu’Amaury porte un petit pot à lait et des serviettes de table.

Amaury, à Diane. —C’est toi qui as bu mon jus de goyave ?

Diane. —Il y en a dans le mini-bar de la chambre.

Amaury. —J’en avais mis un dans le frigo de la cuisine.

Diane et Amaury posent tout sur la table. Diane se saisit du carton estampillé « Zambeau ». Samantha regarde Tony, qui la regarde à son tour.

Diane, souriante, à Tony et Samantha. —Vous aimez les éclairs au chocolat ?

Tony, acquiesçant. —On adore !

Samantha, modérant son propos. —On adore, on adore… on aime bien, mais on n’en raffole pas non plus…

Diane. —Avez-vous déjà goûté ceux de chez Zambeau ?

Samantha et Tony, avec une certaine gêne. —Non, non jamais.

Diane. —Installons-nous sur le canapé.

Amaury va parler, mais trop tard : Diane emmène carton et brioche sur la table basse. Il la suit avec le pot à lait, Tony prend les tasses.

Diane. —Ce sera plus cosy. (Installant Samantha et Tony dans le canapé.) Vous serez très bien ici.

Samantha sourit, tâte le moelleux des coussins. Amaury prend les chaises de la table et les amène près du canapé.

Diane. —Et nous, nous serons très bien là. (Amaury et Diane s’assoient. Sans transition ) J’ai pris ces éclairs pour Mông, notre employée de maison. Elle a la gentillesse de garder Peanut ce weekend. Elle s’est fait ensorceler par ces pâtisseries. Il y en a trois : prenez-en un chacun, il lui en restera un. (Elle ouvre le carton et s’aperçoit qu’il est vide.) Mais ?

Amaury. —C’est étrange.

Un silence. Diane fixe le carton tandis qu’Amaury regarde Samantha et Tony. Ces derniers regardent leurs pieds. 

Diane, fermant le carton, retrouvant son sourire. —Ces derniers temps, ça arrive. Il reste la brioche.

Tony, sans rien demander à personne, se jette sur la brioche et s’empiffre.

Amaury, prenant une serviette et la mettant sous Tony. —Ce canapé est un véritable objet d’art. Il a été dessiné par Bertone.

Diane, déployant un éventail. —On a mis des mois à trouver un modèle qui convenait au séjour. 

Samantha se laisse enfoncer dans le canapé.

Samantha, regardant la bibliothèque. —Y en a, des livres.

Amaury. —Cette bibliothèque, il a fallu deux jours pour l’installer, je m’en souviens encore. Quelle agitation dans la maison.

Samantha, observant la pièce. —Ici, tout est tellement… tellement…

Diane. —Tellement ?

Samantha. —Tellement frais.

Tony, la bouche pleine de brioche. —Ça c’est vrai, ça. Hyper frais.

Diane. —Vous êtes adorables. J’aime beaucoup cette maison. On y découvre toujours des recoins qu’on ignorait. Mon mari l’aime aussi énormément. C’est parfois dur de l’en sortir. Il l’a achetée juste après notre mariage. N’est-ce pas chéri ?

Amaury. —Chérie, tu ennuies monsieur et madame Goretti.

Samantha. —On n’est pas mariés.

Diane, à Amaury. —Tu vas nous dire que tu n’es pas attaché à cette maison ?

Amaury, concédant ce point à Diane. —Il y a des lieux à qui vous appartenez plus qu’ils ne vous appartiennent.

Diane. —La grande qualité de cette maison, c’est son calme. 

Un temps durant lequel tout le monde écoute ce calme.

Diane. —Et le calme, c’est important. 

Tony. —Complétement d’accord avec vous, m’ame Bellanger. Il y a deux jours, chez nous, le voisin a encore hurlé à la mort toute la nuit. Si j’avais pu le… (Il fait un geste : l’expédier.)

Diane. —Où habitez-vous ? (Amaury lui fait les gros yeux mais elle ne s’en aperçoit pas.)

Samantha. —À Benjamin-Franklin.

Amaury. —Résidence construite par mon grand-père. Vous avez vu le buste en arrivant ? C’est lui, c’est papy. Il voulait que les employés du labo aient un endroit décent pour vivre.

Samantha. —Un endroit décent ? Je peux vous dire que c’est loin d’être le cas. C’est sale, ça pue, je vous parle même pas des trafics qu’on voit sous nos fenêtres…

Tony. —Sauf le respect qu’on doit à votre grand-père, m’sieu Bellanger, y a plus rien de décent. Ça fait des mois qu’on n’a plus de chauffage, ni d’ascenseur, ni…

Diane. —Un petit verre détendrait peut-être tout le monde ?

Amaury. —À cette heure-ci ?

Tony, riant. —M’ame Bellanger, vous êtes une marrante ! (Regardant les bouteilles dans le bar ) Oh mais dites-donc, y a de quoi faire, on dirait… (Il sort son téléphone et fait des photos.)

Amaury, légèrement crispé. —Puis-je vous demander ce que vous faites ?

Tony. —Les potes, quand ils vont voir ça, ils vont pas en revenir.

Amaury. —Vous êtes ici dans une propriété privée.

Tony, rangeant son téléphone. —Euh… oui… bien sûr m’sieu Bellanger.

On sonne.

Amaury, se levant. —Albane. 

Amaury va au visiophone et appuie sur un bouton.

Diane, à Tony. —Comment va votre main ?

Tony. —Je peux toujours pas la bouger.

Samantha. —Il exagère.

Diane. —Depuis l’accident, mon mari a renforcé la sécurité des machines.

Samantha. —Il va bientôt reprendre.

Tony. —N’importe quoi ! J’en ai pour trois mois.

Samantha. —Va falloir se bouger, et pas qu’un peu.

Tony. —Je comprends pas ce que tu racontes.

Samantha, haussant le ton. —Ah tu comprends pas ce que je raconte ?

Tony, baissant les yeux. —Non, je comprends pas.

Samantha. —Et les huissiers ? Tu comprends, ça ? Tous nos meubles, dégagés ! Ça te rappelle quelque chose ? Il serait temps de grandir.

Tony. —Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?

Samantha. —Que dalle, comme d’hab.

Diane. —Pardon, mais vous… on vous a pris vos meubles ? (Amaury, essayant d’être discret, lui fait signe de se taire.)

Samantha. —Oui m’ame Bellanger, on nous a tout pris. Et pas plus tard qu’hier. Les salauds… excusez-moi…

Diane. —Oh !… c’est terrible… (Amaury lui fait encore signe de se taire.)

Samantha. —Et vous savez pourquoi ? (Désignant Tony ) L’autre gugusse, là, il prend crédit sur crédit. Dès qu’il voit une pub il achète. Et après, monsieur joue au loto en espérant récupérer sa mise. (Dire tout cela lui fait presque monter les larmes aux yeux.)

Diane. —Et vous, Samantha, vous êtes en activité ? (Amaury montre des signes d’impatience.)

Samantha. —Je bosse à Intermarket. J’ai pas été augmentée depuis douze ans. Tony non plus, d’ailleurs.

Diane, ouvrant des grands yeux tandis qu’Amaury marque un retrait. —Ah non ? (À Amaury ) Il faut faire quelque chose.

On toque.

Amaury, avec lassitude, allant ouvrir. —Jusqu’au rachat, tout est gelé. Il faut encore faire quelques efforts, pour le bien de la boîte.

Diane, à Samantha. —Ils cherchent quelqu’un chez Mo. Le snack en face du feu rouge. Il y a une annonce depuis un jour ou deux. Les conditions y seront peut-être plus favorables ?

Scène 5. Samantha, Tony, Diane, Amaury, Albane.

Albane paraît dans le couloir et descend les marches, suivie d’Amaury. Elle porte un jean sombre avec des bottines qui le sont également. En haut, elle arbore une veste de tailleur colorée sur un chemisier clair. Personne ne se lève.

Amaury, désignant Samantha et Tony. —Monsieur euh…

Tony, après que Samantha lui a donné un coup de coude. —Goretti. Mais vous pouvez m’appeler Tony.

Amaury. —Voilà, monsieur Goretti et sa… son amie.

Samantha, se présentant. —Samantha.

Amaury, désignant Albane. —Albane.

Albane, regardant Tony et Samantha des pieds à la tête. —Messieurs-Dames… (Sortant une carte et leur tendant.) Albane Consigny, agente immobilière indépendante. « Un chez-soi vraiment à soi, c’est essentiel » (Elle reçoit un appel.) Excusez-moi. (Elle s’éloigne.)

Amaury, avec une énergie nouvelle. —Bien ! Tony, Samantha, encore merci d’être venus. Nous sommes obligés de vous mettre à la porte. (Tony se lève et se dirige vers le couloir.)

Albane, au téléphone. —Bonjour Slobodan.

Tony, constatant que Samantha ne l’a pas suivie. —Tu viens, chérie ? On doit y aller.

Samantha, sans bouger du canapé. —J’arrive.

Albane, au téléphone, discrètement. —Je n’ai pas oublié. Une dette de jeu est une dette de jeu.

Amaury, à Tony. —Vous allez à l’A.G., c’est ça ?

Tony, riant, confus. —M’sieu Bellanger…

Albane, au téléphone, toujours discrète. —Le problème sera réglé très rapidement. (Elle raccroche.)

Diane. —Tony, Samantha, vous n’allez pas repartir comme ça. Suivez-moi.

Tony. —Non, M’ame Bellanger, merci, c’est pas la peine.

Diane, plongeant son regard dans le sien. —Je me permets d’insister.

Elle sort par le jardin d’hiver, suivie de Tony, puis de Samantha, qui a fini par se lever du canapé.

Scène 6. Amaury, Albane.

Amaury. —Merci de nous emmener.

Albane. —Je t’en prie.

Amaury, fouillant dans ses poches. —J’ai prévu une compensation.

Albane, souriant. —Ah oui ?

Amaury, sortant un carton et le tendant à Albane. —Une invitation pour le lancement du Modupressor.

Albane, quittant son sourire et lisant. —Ah… Finalement… (Lisant ) Le casino ?

Amaury. —On sort le grand jeu.

Albane, essayant de sourire. —Eh bien merci.

Amaury. —On peut devenir leader sur l’hypertension artérielle.

Albane. —Et les effets secondaires ? Vous avez réglé le problème ? Diane parlait d’impuissance.

Amaury, balayant l’argument. —Quand on a trop de tension, entre vivre et baiser, il faut choisir. 

Albane, lisant l’invitation. —Toutes les huiles seront là.

Amaury. —Il faut ça. Pour les retombées médias. J’en ai besoin.

Albane. —Pour le rachat ?

Amaury. —Et pour mes finances.

Albane, souriant. —Tu es à plaindre ?

Amaury. —Plus que tu ne penses.

Albane. —Tu m’inquiètes.

Amaury. —Sur les conseils de Marianne, j’ai investi dans une opération immobilière.

Albane. —Tu la vois toujours ?

Amaury. —Elle est… pleine de surprises. Sans cesse sur de nouveaux projets. Mais le marché du logement, c’est pas son fort.

Albane. —Tu aurais dû m’en parler.

Amaury. —Cette affaire s’ensable. 

Albane, modérant le propos d’Amaury. —Avec tes réserves.

Amaury. —C’est un gouffre. (Soupir.) Heureusement, la vente du labo va combler trois fois mes pertes. Cerise sur le Sunday, j’aurai un emploi très lucratif chez United Pharma France. Tu vois, tout a été pesé.

Cette réplique change le regard qu’Albane porte sur Amaury. Ce dernier s’en aperçoit.

Amaury. —Je n’oublierai pas mes amis. Mais rien n’est officiel, je compte sur ta discrétion. Aujourd’hui, avec les réseaux, mieux vaut être prudent. Il y a beaucoup d’inquiétudes autour du rachat. 

Albane. —Ça ne doit pas être simple.

Amaury. —C’est loin d’être simple.

Albane, après quelques hésitations. —Je… j’ai eu connaissance de… d’une… d’un placement… un placement très rémunérateur. (Silence.) C’est une sorte de pot commun… enfin, plutôt, disons, un fonds, voilà c’est ça, un fonds d’investissements, le nom m’échappe… euh… O… G… euh… M… hum… R…D. Tu en as entendu parler ?

Amaury. —OGMRD ?

Albane, prenant conscience de l’association peu heureuse des lettres. —Oui…

Amaury. —Je ne vois pas.

Albane—C’est canadien, c’est pour ça. OGMRD Investments. Ça peut t’intéresser.

Amaury. —Tu as écouté ce que je viens de te dire ?

Albane—Tu verrais le rendement, je t’assure, même avec une mise modeste, on peut…

Scène 7. Amaury, Albane, Diane, Tony, Samantha.

Albane veut développer mais elle s’arrête car rentrent Diane, Tony et Samantha, venant du jardin d’hiver, ces deux derniers une fleur d’églantine à la main. Albane se met alors à pianoter sur son téléphone.

Tony—Merci, elles sont magnifiques. On n’a pas l’habitude.

Diane—Passez de temps en temps chez votre fleuriste, il suffit d’y penser.

Samantha—Bien sûr, m’ame Bellanger.

Diane, corrigeant gentiment. —Diane.

Samantha—On pourrait, des fleurs, on pourrait y penser, mais actuellement, l’urgence est simplement de trouver un matelas pour ne pas dormir par terre.

Diane—C’est affreux. 

Albane, au téléphone. —Allô maman, tu vas bien ? Oui ? Très bien ? Tant mieux.

Diane, à Amaury. —On a bien un matelas à prêter à Tony et Samantha ?

Albane, au téléphone. —Tu es chez toi demain ?

Amaury, à Diane. —L’heure tourne.

Albane, au téléphone. —Je voudrais te parler d’un placement très intéressant.

Amaury, à Tony. —À l’avenir, soyez plus raisonnable, mon vieux.

Albane, au téléphone. —À demain. (Elle raccroche.)

Samantha, à Amaury, tranchante. —C’est bien une réflexion de riche.

Amaury. —Voilà bien l’humeur du temps : ceux qui réussissent, on les déteste.

Samantha, sans faiblir. —Tout le monde aime ceux qui réussissent. À une condition : qu’ils n’oublient pas ceux qui les ont fait réussir.

Amaury. —Samantha, Tony, nous sommes au regret de devoir vous mettre à la porte.

Le portable de Tony vibre.

Amaury, à Albane. —Il faut y aller.

Tony, regardant son portable. —Oh non…

Samantha—Quoi ?

Tony, rangeant son portable. —Rien.

Samantha—T’as encore joué ? (Tony ne répond rien.) Et t’as encore perdu ! Putain, mais qu’est-ce que t’as dans le crâne ?

Samantha tombe alors sur la photo d’Amaury et Diane. Elle pose la main sur le cadre.

Amaury, donnant des clefs à Albane. —Sors la voiture. 

Albane, se dirigeant vers le couloir. —J’y vais.

Amaury, après avoir lu consulté son portable. —J’ai un message de Mông. 

Diane. —Où est-elle ?

Amaury. —Elle est partie précipitamment pour Yokoshima. Son père est mort.

Tout le monde s’arrête.

Diane. —Mon Dieu !

Amaury. —Disparaître ainsi, ça ne lui ressemblait pas.

Diane. —Nous pensons bien à elle, dis-le lui.

Amaury, pianotant sur son téléphone. —Évidemment.

Diane. —Elle peut prendre le temps qu’il faudra. Dis-le lui aussi.

Amaury, terminant de pianoter. —C’est fait. (Il envoie le message.) Elle doit être bouleversée. (Après un bref silence, il frappe dans ses mains et, sur une autre note ) Bon ! En route ! 

Tout le monde se remet en mouvement.

Diane. —Attendez !

Tout le monde se fige.

Diane. —Et Peanut ? Qui va s’en occuper ? 

Amaury. —Chérie, notre avion est dans une heure.

Diane. —Et alors ? On part trois jours à Marrakech sans s’inquiéter du chat ?

Amauryà Albane. —Tu peux passer voir le chat ce weekend ?

Albane, semblant soudainement affectée. —Je suis chez ma mère… Elle ne va pas bien du tout…

Diane—Rien de grave, j’espère.

Albane, sépulcrale. —Espérons.

Amaury, un éclair traverse son regard. —Le refuge ! (Il pianote sur son téléphone.) Oui, bonjour, M. Bellanger, Laboratoires Bellanger, avez-vous de la place pour un accueil temporaire ce weekend ? (Son visage rayonne ) Oui ? (Il fait un signe rassurant à Diane, qui sourit. Mais Amaury quitte son sourire ) Pour un acarien ? Éventuellement pour une puce ? (À Diane ) Ils sont blindés. (Diane quitte à son tour son sourire. Amaury se crispe.) Vous avez bien raison de prendre ça avec humour. Merci, au revoir. (Il raccroche. Amaury fait les cent pas, observé par Diane. Un nouvel éclair change son regard.) Et Anne-Geneviève ? 

Diane, retrouvant le sourire. —Peanut l’adore !

Amaury, pianotant de nouveau sur son téléphone. —Bonjour Anne-Geneviève, vous allez bien ? Oui, très bien merci. Oui, elle aussi, oui. Dites-moi, je vous demande ça à brûle-pourpoint, pouvez-vous venir garder Peanut pendant trois jours ? (Un temps.) Notre chat. (Amaury sourit ) Vous pouvez ? Et avec grand plaisir ? (Diane applaudit. Mais le visage d’Amaury change ) Dans deux semaines ? Quand vous sortirez du couvent ? Ah… (Diane s’assoit.) Oui, j’embrasse votre fille. Eh bien bonne retraite, Anne-Geneviève. (Il raccroche. Un temps de flottement.) Appelle ton père.

Diane, le visage fermé. —Il ne voudra jamais. (Regardant sa montre.) Il doit être à son club.

Amaury—C’est la seule solution.

Diane, faisant traîner les choses, prend son téléphone et fait quelques pressions, puis, d’une petite voix. —Allô, papa ? Excuse-moi, je te dérange ? Ah… en effet c’est curieux… ils ne t’auraient pas oublié ? Ils sont en sous-effectifs ? Oh… il ne devrait pas tarder à arriver, ce capuccino. Dis-moi… je te demande ça… si au cas où… par hasard… hum… on cherche quelqu’un pour garder notre chat. (Un temps.) Pardon ? Allô ? Allô ? (Elle repose doucement le téléphone, les yeux grands ouverts.)

Amaury—Qu’est-ce qu’il a dit ?

Diane, mécaniquement. —Il a dit : « Tu cherches à faire garder ton chat ? Tu ferais mieux de chercher à refourguer ton… ton… » (Elle s’arrête, regarde Amaury, puis les autres.) Il ne peut pas.

Amaury—Merde.

Diane et Amaury demeurent inertes. Samantha a suivi attentivement cet échange. Elle commence à s’animer, elle veut parler, amorce des phrases, ne les finit pas…

Samantha, avec d’abord un mince filet de voix. —Nous, on peut. (Un temps, un peu plus affirmée.) On peut le garder, votre chat. 

Tony, Diane et Amaury la regardent.

Diane, après un temps. —Vous vous êtes déjà occupés d’un animal ?

Tony, secouant la tête. —Jamais…

Samantha, le coupant. —Plusieurs fois : chat, berger allemand, cochon-dinde, pintade, poulet, nuggets…

Diane—Vous pourriez passer ici demain et après-demain ? Voir si Peanut ne manque de rien ?

Amaury—C’est impossible. Il faudrait leur montrer comment désarmer et réarmer l’alarme. La procédure est d’un compliqué…

Diane—Tu trouves ?

Amaury—Moi-même, j’ai dû relire plusieurs fois le…

Diane, à Samantha et Tony. —Vous accepteriez de rester ici pour le weekend ?

Amaury, immédiatement. —Enfin, chérie, c’est hors de question. Cette maison est bourrée de technologie, tu le sais bien. J’évoquais l’alarme, mais il y aussi le gestionnaire d’énergie, le protocole anti-intrusion, le pilotage de l’éclairage… (À Samantha ) On ne peut pas tout vous expliquer en quelques minutes, ça représente plusieurs modes d’emploi à absorber, au bas mot une dizaine, épais comme ça… J’ai plus simple : on enferme Peanut, on lui laisse à manger pour trois jours et basta. (Le visage vers le jardin d’hiver ) Quand on parle du tigre… (Se dirigeant vers le jardin d’hiver.) Viens-là pépère… non, attends ! (S’arrêtant ) il a gardé la forme, le brigand…

Tony, la tête tournée vers la salle de billard. —C’est pas lui, là-bas ?

Amaury, se précipitant vers la salle de billard. —Si !

Tout le monde se rue dans la salle de billard en appelant « Peanut ! Peanut ! » mais Amaury s’arrête et regarde son téléphone. Les autres disparaissent et laissent Amaury seul.

Amaury, décrochant, bas. —Ne m’appelle pas comme ça, je te l’ai déjà dit. (Un temps.) Un nouveau projet immobilier ? (Son visage se décompose ) Si ça m’intéresse ? Évidemment… (Un temps.) Mais si. (Un temps.) Mais si, toi aussi tu me manques.

Diane revient de la salle de billard sans être vue d’Amaury.

Amaury, plus bas. —Oui, moi aussi j’ai hâte de te retrouver. (Plus bas encore ) Moi aussi, je t’aime, Marianne.

Ces derniers mots fouettent Diane comme un coup de cravache. Amaury raccroche et se retourne vers la salle de billard. Amaury et Diane se font face. Ils restent un instant interdits.

Diane, tentant de reprendre contenance. —Peanut est monté sur le grand chêne.

Albane, Samantha et Tony rentrent par la salle de billard, rouges, essouflé·e·s.

Tony, peinant à reprendre son souffle. —Votre chat, c’est un champion…

Albane, regardant l’heure. —Il faudrait peut-être y aller ?

Diane, à Amaury. —Maintenant, il faut partir.

Amaury, sans enthousiasme. —Bien. Tony, Samantha, nous vous confions Peanut pour le weekend.

Tony, alors que Samantha essaie de ne pas trop sourire. —Mais et les modes d’emploi ? Ils sont très compliqués d’après ce que vous…

Amaury, le coupant. —Vous vous limiterez au basique. Vous avez l’habitude, il me semble. (À Diane et Albane ) Et maintenant, les valises.

Amaury, suivi d’Albane et de Diane, monte à l’étage.

Tony, à Samantha. —Qu’est-ce qui t’a pris ?

Samantha—Quoi ?

Tony—On a gardé un chat, un berger allemand, un cochon-dinde, une pintade ?

Samantha—Bah… j’ai pensé… les animaux… nous, on vit comme des bêtes… alors… une cage dorée, on fera des photos et plus tard… dans la jungle de la cité… (Elle s’interrompt.)

Tony, visiblement peu éclairci par cette déclaration. —Hein ?

***

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