Il y a des comédies qu’on lit en se disant : “Ça, sur scène, ça va claquer.”
Et puis il y a celles qui, en plus, confirment exactement ce pressentiment au plateau : rythme fluide, public accroché, et ce petit plaisir rare — celui de sentir que la troupe s’amuse vraiment.
Dans notre série “Nos pièces sur scène” (là où nos pièces deviennent autre chose qu’un PDF), on vous présente aujourd’hui Du Parmesan dans les tagliatelles, monté par la Compagnie D’entrée d’jeu (La Réunion), avec une équipe soudée et expérimentée, et une mise en scène qui assume le plaisir du jeu. Création le 6 décembre 2025 à la Salle Blanche Pierson, Saint-Joseph. C’était également la création mondiale du texte, qui n’avait jamais été joué jusqu’alors.
Une équipe de quatre… qui connaît la scène




La distribution, ici, est simple et claire : 4 comédiens. Et ce n’est pas un détail : quand on veut jouer une comédie “qui marche”, l’équilibre duo contre duo est souvent un petit bijou de dynamique.
Sur cette production, on retrouve :
- Catherine Lataste (Brigitte)
- Kelly Ferrand (Ophélie)
- Michel Pham (Legrand)
- Laurent Talbot (Paul)
- Mise en scène : Brigitte Grasset
Catherine le dit sans détour : tout le monde, dans l’équipe, a de la bouteille. Et ça se sent dans la manière dont la pièce a été abordée : efficacement, sans crispation, avec ce mélange très sain de sérieux et de joie.
Pourquoi ce choix ? “Le titre met l’eau à la bouche”
Le point de départ, c’est… une logique très concrète de troupe : la distribution.
Catherine avait déjà joué deux pièces de Rivoire & Cartier :
- d’abord Collision (à 2 comédiennes),
- puis Une Femme idéale (à 3),
et elle a eu envie de “monter d’un cran” : passer à 4.

Et là, elle tombe sur Du Parmesan dans les tagliatelles.
Premier déclencheur : le titre. Elle raconte que rien que le titre donne envie. Plusieurs spectateurs lui ont même dit après coup : “On adore les pâtes… donc on est venus.” (Ça peut paraître étrange, mais c’est réel : le théâtre se nourrit aussi de ces aimants-là.)
Deuxième déclencheur : la lecture.
Très vite, Catherine a senti que le texte “ne laisse pas respirer” — au bon sens du terme : “Dès les premières répliques, on ne s’ennuie pas.” Elle parle d’une pièce croustillante, bourrée d’émotions chez tous les personnages, et déjà agréable à jouer… rien qu’en la lisant.
La distribution des rôles : fluide, évidente, presque “auto-assignée”

Autre bon signe : la distribution s’est faite avec une facilité déconcertante.
Catherine, comme sur ses précédents projets, a proposé les rôles. Elle, elle savait : elle voulait Brigitte. Un personnage qui l’attirait instinctivement.
Pour Laurent, elle le voyait très bien en Paul — et quand elle lui a envoyé le texte, il a répondu immédiatement qu’il voulait jouer… le mari. Quand ça arrive, c’est précieux : on perd zéro énergie à “négocier”, et on la garde pour le plateau.
Quant à Kelly et Michel, ils venaient de l’entourage scénique de la metteuse en scène Brigitte Grasset : Catherine les avait déjà vus jouer, donc pas d’inquiétude. Résultat : une équipe qui se met en ordre de marche vite, sans période de flottement.
Répétitions : un rythme réaliste (et une création qui avance)
Côté organisation, rien de magique : du régulier.
Début des répétitions : mai 2025.
Rythme : une fois par semaine, le vendredi soir, 2 heures (18h–20h).
Premières représentations : décembre 2025.
Ce détail intéressera toutes les compagnies amateurs : la pièce n’a pas exigé un “mode commando” avec répétitions tous les soirs. Elle a avancé sur un tempo compatible avec la vraie vie.
Le défi de Brigitte : “multi-émotions”… jusqu’au moment “psychopathe”

Si vous montez cette pièce, retenez bien ça : Brigitte, sur scène, est un terrain de jeu immense… et exigeant.
Catherine raconte que le plus gros challenge, pour elle, c’était de passer d’une émotion à l’autre : colère, joie, panique, euphorie, effondrement… jusqu’à un moment dont elle dit (en riant) qu’il faut “jouer un peu au psychopathe”.
Et elle ajoute un truc très parlant : après certaines scènes, elle se sentait vidée.
Ce n’est pas une pièce “tranquille” : c’est une pièce qui demande de l’énergie, du relief, des bascules nettes.
Mais c’est exactement ce que le public vient chercher : voir un personnage se débattre, vouloir garder la face … et perdre le contrôle.
Chansons, détournements, liberté : une comédie “malléable”
Une autre particularité de cette production : le travail autour de chansons / extraits musicaux.
Dans leur version, il y avait notamment :
- du Brel (autour de Paul / Brigitte, Ne me quitte pas),
- du Serge Lama (Je suis malade),
- une chanson inattendue liée au repassage pour Ophélie,
- et une idée de mise en scène : une chanson de Guy Béart (Suez) dont les paroles ont été adaptées avec des répliques.
Point important : Catherine insiste sur le fait que la pièce est très flexible : “On en fait ce qu’on veut.”
Autrement dit : la monter “classique”, ou vous permettre des trouvailles (voix enregistrées, mini-numéros, etc.) tant que vous gardez le rythme. Pour le personnage de Legrand, Michel a tenté de le jouer ivre, ce qui a beaucoup apporté à l’aspect « borderline » du personnage.

Scénographie et costumes : du concret, du récup’, et ça marche
Le décor ? Très “troupe” : chacun a amené ce qu’il avait.
Un canapé, des rideaux (même ceux de “chez ma mère”, nous a dit Catherine), un tapis, un gros pot de fleurs… bref : de quoi faire un salon crédible, sans exploser le budget.
Les costumes ont suivi la même logique : personne n’a imposé quoi que ce soit. Chaque comédien a choisi selon son approche du personnage.
Et Catherine cite un détail qui a marqué : la robe léopard d’Ophélie, pensée comme un signal immédiat du rôle de “maîtresse” — lisible en un coup d’œil, et donc, efficace pour le public.

Le public : rires, empathie… et “c’est notre préférée”
Sur les représentations, Catherine parle d’un public très chaleureux : une partie suit la compagnie depuis longtemps, ce qui crée une ambiance propice.
Deux jauges évoquées :
- une petite salle autour de 50 personnes (complète),
- une autre autour de 100 personnes (avec quelques annulations dues à un problème de circulation).
Et surtout : les retours.
Une spectatrice lui aurait dit, à propos de Brigitte :
“Je suis contente que tu ne te sois pas laissée faire par ta crapule de mari.”
Ce genre de phrase est un indicateur très fiable : le public ne “regarde pas” seulement la pièce, il prend parti. Il s’attache.
Catherine ajoute que plusieurs personnes lui ont dit que, parmi les pièces jouées, celle-ci était leur préférée. Et elle-même a eu le sentiment d’entendre rire “tout le temps” — sans forcément identifier une seule scène-star : c’est le signe d’une mécanique qui enclenche une dynamique du début à la fin.

Les conseils de Catherine si vous voulez monter la pièce
Son conseil principal tient en trois mots : oser l’excès.
Elle raconte avoir beaucoup travaillé les mimiques de Brigitte, en allant loin, puis en “peaufinant” ensuite. Et elle dit quelque chose de très juste : sur scène, il arrive que des idées surgissent que l’on n’avait pas prévues en répétition — et c’est souvent là que la pièce prend feu.
Donc :
- vous explorez,
- vous assumez l’excès,
- vous affinez,
- vous laissez vivre.
Et quand on évoque ses projets, Catherine conclut avec une fidélité qui nous touche : “On ne change pas une équipe qui gagne.” Il semblerait donc que sa prochaine pièce soit… du Rivoire & Cartier.
Conclusion : la scène “Garibaldi”… ou l’art universel de faire semblant d’être compétent
Catherine cite un de ses moments préférés : quand Legrand téléphone et interroge Brigitte sur le contexte politique italien, et qu’elle fait semblant de tout savoir, s’emmêle avec « Garibaldi » avec une agitation qui trahit le vide derrière l’assurance.
C’est drôle parce que c’est humain : qui n’a jamais surjoué la compétence pour faire bonne impression ?
Et c’est précisément ce que cette pièce sait attraper : l’endroit où l’ambition rend ridicule… et où le ridicule devient jubilatoire.
Téléchargez la pièce, lisez-la en équipe, et voyez si elle colle à votre quatuor.

Questions sur le montage de Du Parmesan dans les Tagliatelles
La pièce est-elle adaptée à une troupe amateur ?
Oui, surtout si vous aimez les comédies rythmées : peu d’éléments techniques, un décor domestique, et une dynamique de groupe très lisible.
Quel décor faut-il prévoir ?
Un salon crédible suffit : canapé / table basse / quelques éléments de “vie”. La production de D’entrée d’jeu montre qu’on peut faire très bien avec du récup’ intelligent.
Faut-il savoir chanter pour la jouer ?
Pas forcément. Vous pouvez intégrer des voix enregistrées, des extraits, ou supprimer l’idée si ta mise en scène prend un autre parti : l’important est de garder la mécanique.
Et pour la jouer en public : quelle démarche côté SACD ?
Même si le texte est téléchargeable gratuitement, toute représentation publique passe par une autorisation : voici la page à suivre.
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