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Quand l’amour est mis à l’épreuve, peut-on rester fidèle à ses sentiments ?
Accordez-nous moins d’une heure vingt de lecture et découvrez comment faire entrer votre public dans un tourbillon de rires (même si vous avez peu de moyens).
On a 3 questions rapides à vous poser :
🆘 Est-ce que vous faites partie de ces personnes qui détestent les pièces où les intrigues sont plates ?
🆘 Est-ce que vous avez horreur des comédies où l’humour est gras ?
🆘 Est-ce que vous en avez assez des histoires d’amour où tout est prévisible dès la première scène ?
Si vous avez répondu oui à au moins deux questions, alors lisez vite ce qui suit !
Catherine, femme indépendante et affirmée, décide de tester les sentiments de Patrick, son fiancé, en lui faisant croire qu’elle est ruinée. Avec l’aide de son ami Vincent, elle met en place un stratagème aussi drôle que risqué. L’amour de Patrick survivra-t-il à cette épreuve ? Entre mensonges, quiproquos et révélations, cette comédie légère et pleine de surprises explore les pièges et les vérités de la séduction.
En accédant au texte intégral de Un Mensonge pour la Vérité, vous obtiendrez un fichier PDF de 84 pages pour un poids ultra-réduit de 707 Ko. Le fichier est facilement téléchargeable sur votre téléphone, votre ordinateur, votre tablette et imprimable à volonté. La mise en page a été conçue pour que vous puissiez facilement porter sur le texte des notes de régie ou de mise en scène
Avec Un Mensonge pour la Vérité, vous découvrirez :
✅ Une comédie riche en situations cocasses, idéale pour déclencher les rires du public
✅ Des personnages attachants, qui donneront à vos interprètes l’occasion de gagner la sympathie du public
✅ Un décor simple : un appartement moderne, facile à reproduire sur scène
✅ Un mélange subtil d’humour et de critique sociale sur les relations amoureuses et les apparences, qui donneront à réfléchir à votre public
✅ Une intrigue pleine de rebondissements, qui tiendra votre public en haleine jusqu’au dénouement
Bonne nouvelle : la lecture, le téléchargement et l’impression d’Un Mensonge pour la Vérité sont totalement gratuits !
Intéressé-e ? Attention, cependant : cette pièce est fortement déconseillée aux compagnies qui n’aiment pas les comédies romantiques modernes !
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Un Mensonge pour la vérité est une comédie légère dont le thème est le mensonge. Le concept est le suivant : une femme ment à son prétendant pour mettre à l’épreuve ses sentiments
Voici les personnages de la pièce.
Catherine : Très fleur bleue, elle n’a jamais connu le grand amour et voudrait ne pas se tromper
Vincent : Ami de Catherine, il est très jaloux de Patrick
Patrick : Nouveau compagnon de Catherine, c’est un beau parleur
Le genre de la comédie est notamment mis en œuvre dans la pièce grâce à une série de cauchemars.
La comédie place en effet le personnage dans un cauchemar, autrement dit une situation dans laquelle il n’aimerait pas se trouver.
Chaque personnage traverse au moins un cauchemar :
Concernant Catherine : ses signes de richesse rendent souvent son mensonge peu crédible auprès de Patrick
Pour Vincent : Catherine lui fait porter la responsabilité du stratagème, ce qui provoque la colère de Patrick contre lui
Et pour Patrick : la soudaine pauvreté de Catherine lui fait perdre son enthousiasme, ce qu’il a beaucoup de peine à dissimuler
Un Mensonge pour la vérité est une comédie dans la veine du Café-Théâtre, facile à monter, avec un décor simple et peu d’accessoires.
Texte intégral d’Un Mensonge pour la vérité à lire ou à imprimer
Personnages
Catherine.
Patrick, son amant.
Vincent, ami de Catherine.
Le décor
L’appartement de Catherine, moderne et luxueux. Porte d’entrée, une ouverture vers un couloir, un canapé avec une table basse, un fauteuil, une table à manger sur laquelle le couvert est mis pour deux, plusieurs chaises.
Scène première. Catherine, Patrick.
Nous sommes en début de soirée. L’appartement est vide. Soudain, la porte s’ouvre et laisse paraître Catherine suivie de Patrick.
Catherine, entrant dans l’appartement, très élégante. Et voilà mon petit palais !
Patrick, entrant à son tour, refermant la porte et contemplant l’appartement, ébloui. Petit palais, petit palais… C’est un véritable château ! (Sur le plan vestimentaire, il a tenté d’être au même niveau d’élégance que Catherine, mais c’est moins réussi.)
Catherine, faussement modeste. N’exagérons rien.
Patrick. Tu ne voulais pas que je vienne, mais finalement, tu vois, j’ai eu raison de toi.
Catherine. Moi ? Je ne voulais pas que tu viennes ?
Patrick. Combien de fois tu as dit non ?
Catherine, jouant l’effarouchée. Je ne suis pas de celles qui disent oui dès le premier soir.
Patrick. Et c’est tout à ton honneur.
Catherine. D’ailleurs tu peux parler, tu as toujours refusé qu’on mette les pieds chez toi.
Patrick. Boulevard Amiral-Courbet ? Je viens à peine d’emménager, il y a des soutifs, euh… des souvenirs partout, des sous-plats, des…
Catherine. Ça fait combien de temps que tu viens d’emménager ?
Patrick. Deux mois. J’ai eu du mal à quitter mon loft sous les toits de la rue du Chapitre. (Un temps.) Et puis en ce moment, à l’agence, c’est… c’est… (Il fait un geste signifiant : épuisant. Il donne une carte de visite à Catherine.)
Catherine, lisant. « Glam Events, agence de communication ». (Ironique.) Merci.
Patrick. Pour ?
Catherine, toujours ironique. Pour avoir fait l’effort surhumain de venir jusqu’ici.
Patrick, moqueur. Tu te serais bien passée de ma venue, avoue.
Catherine. Mais qu’est-ce que c’est que cette idée que tu as dans la tête ?
Patrick. Ce n’est pas une idée : tu cultives ton jardin secret, je l’ai remarqué. (Complice.) On pourrait peut-être s’occuper de ton petit gazon ?
Catherine. Pour moi, tout ce qui compte, c’est moi. Euh… (Gênée par ce lapsus.) je veux dire, c’est toi. Le reste…
Patrick. Tu as quelque chose à cacher ?
Catherine. Non. Mais quand tu auras tout découvert de moi, tu m’aimeras encore ?
Patrick. Mon amour pour toi ne finira jamais.
Catherine, chantant. Paroles, paroles, paroles… (Elle soulève deux cloches qui laissent apparaître des collations.)
Patrick, lorgnant les collations. Comment ne pas aimer une aussi belle collation ? Pain, jambon, gros nichons. (Catherine tique.) Euh… cornichons.
Catherine, désignant les collations. Quoi, ça ? Ce n’est pas moi, c’est Mông.
Patrick. Mông ?
Catherine. Mông, ma cuisinière. Une perle.
Patrick. Ah… (Cherchant à se rattraper.) Mais comment ne pas aimer la façon avec laquelle tu as décoré ton chez toi ? (Montrant des meubles, des bibelots.) Quel goût, quelle classe, quel…
Catherine, désignant les meubles et les bibelots. Quoi, ça ? Ce n’est pas moi, c’est Orlando.
Patrick. Orlando ?
Catherine. Orlando, mon architecte d’intérieur. Il a le chic pour réaliser des compositions raffinées.
Patrick. Ah… (Cherchant encore à se rattraper.) Mais comment ne pas aimer ton appartement ? Que dis-je, cette suite royale ? Résidence de standing, exposition plein sud, vue plongeante…
Catherine, désignant la vue. Quoi, ça ? Ce n’est pas moi, c’est Henry.
Patrick. Henry ?
Catherine. Henry, mon sixième mari. Je ne lui ai pas laissé le choix. Quand il a demandé le divorce, je lui ai dit : « soit tu me laisses un bel appartement, soit je te demande une pension qui va te ruiner ». Et voilà ! Il m’a acheté ce deux pièces. Ça ne m’a pas empêchée d’obtenir une pension plus que raisonnable.
Patrick, la regardant soudain les yeux pleins d’admiration. Votre altesse est vraiment une femme extraordinaire. (Il la prend dans ses bras et l’embrasse.)
Catherine. Mangeons !
Patrick, se précipitant sur la collation. Bonne idée ! (Il l’avale d’un coup.)
Catherine, le regardant avec étonnement. Tu avais faim, on dirait…
Patrick. J’ai rien mangé depuis… (Effrayé par ce qu’il va dire, il s’arrête.) Depuis ce matin… Et après ?
Catherine. Après ?
Patrick. Après l’entrée ?
Catherine, mettant un croc dans sa collation. Je ne sais pas si Mông a préparé autre chose.
Patrick, avec déception. Ah.
Catherine. Ne t’inquiète pas, j’ai toujours du stock au cas où.
Patrick, revigoré. Merci !
Catherine, fière d’elle. Tu vois si je suis aux petits soins pour moi. Euh… pour toi.
Patrick, énamouré. Tu es adorable.
Catherine, s’asseyant. Va dans la cuisine.
Patrick, surpris. Hein ?
Catherine. Il doit rester un paquet de riz dans le placard de gauche.
Patrick. Un paquet de … ?
Catherine. De riz. Tu as une perte d’audition ?
Patrick, refroidi. Non non, j’avais bien…
Catherine, terminant sa collation. Placard de gauche.
Patrick, pincé. Bien, votre majesté. (Patrick disparaît. On entend des objets tomber.)
Patrick, off. Et merde ! …
Catherine. Tu trouves ?
Patrick, off. Je cherche…
Catherine. Placard de gauche.
Patrick, off, avec une pointe d’agacement. J’ai compris… (Pour lui.) Oh putain de putain…
Catherine, un peu choquée par ce langage fleuri. Mông est une bonne cuisinière. Mais question rangement… (Elle fait un geste signifiant « C’est pas ça. ». Elle soulève une cloche sous laquelle apparaît une assiette remplie de riz. Voyant cela, Catherine s’en amuse.)
Patrick, off, agacé. Je trouve pas…
Catherine, à part.C’est normal, il est sous mon nez ! J’avais oublié que Mông avait déjà préparé du riz…
Patrick, off, criant. Et si tu venais voir ?
Catherine, faux-jeton. Comment ? Je ne t’entends pas.
Patrick, réapparaissant avec un Tupperware. Il n’y avait que ça ! (Voyant le riz sur la table.) Ah ! Il était là ?
Catherine, faussement candide. Quoi ?
Patrick. Le riz !
Catherine. Bien sûr, qu’il était là !
Patrick. Ce n’est pas ce que tu m’as demandé d’aller chercher à la cuisine ?
Catherine, ouvrant le Tupperware et montrant son contenu à Patrick. La sauce, je t’ai demandé la sauce du riz.
Patrick, humant le contenu du Tupperware. Pouah ! Qu’est-ce que c’est ?
Catherine, un peu dérangée elle aussi. Une sauce au kaki. Encore… Spécialité de Mông.
Patrick, écœuré. Au kaki ? Je ne pense pas que je… Oh je sais : Je vais donner ma part au clochard qu’on a croisé devant la grille.
Catherine. Celui avec qui tu discutais quand je garais la voiture ?
Patrick. Il n’a plus de pain depuis trois jours.
Catherine, superbe. Il n’a plus de pain ? Eh bien qu’il mange de la brioche ! (Se levant.) Je vais voir si je te trouve quelque chose.
Elle sort.
Patrick, répondant à un appel, chuchotant, inquiet. Momo ? Je t’ai dit de ne m’appeler qu’en cas d’urgence. Où je suis ? Eh ben je suis… je suis avec ma copine. Non, je ne me fous pas de toi. Quoi, les clients ? Mais j’en n’ai rien à foutre, moi, des clients ! (Ça hurle au bout de la ligne. Avec plus d’inquiétude encore.) Non, Momo, attends… arrête de gueuler… c’est pas ce que je voulais dire… Il y a du monde à la caisse ? Je suis sûr que tu vas arriver à gérer. Appelle Ahmed, moi je ne peux pas ! Momo, s’il te plaît… Comprends-moi… je suis dans la merde. C’est pas simple à expliquer. Voilà… j’ai menti à ma copine. Je lui ai fait croire que je travaillais chez Glam Events. C’est une boîte d’événementiel, dans laquelle bosse Jean-David, mon ami d’enfance… Alors quand Catherine m’a demandé ce que je faisais, moi j’ai répondu : Glam Events. J’allais pas lui répondre : Momo Burger, en plein dans la Cité Bellevue ! Mais non, j’ai pas honte… il est génial, ton snack, simplement… tu verrais Catherine, c’est une femme tellement chic, tellement… que moi je trouvais que… Momo Burger, tu vois, c’était pas… (Ça semble se radoucir de l’autre côté du combiné. Rassuré.) J’étais sûr que tu comprendrais. Si elle marche ? (Fanfaron.) Elle court ! Et moi, je fourre. Euh… je… je fous rien… Je fous rien, j’ai juste à attendre qu’elle propose : hier, soirée privée au Diam’s Club, aujourd’hui, déjeuner gastronomique… (Répondant à une question.) Eh non, mon vieux, tout ça réglé par madame ! (Autre question.) Si, moi aussi je paye, de temps en temps, mais bon, le moins possible… Tu connais mon copain Franck, le patron du Cabana Coco ? Il m’a promis de nous faire entrer gratuitement. Comme ça il m’invite, et je fais croire à Catherineque je lui offre ! (Autre question au bout du fil.) Oh des mensonges, des mensonges… on peut pas vraiment parler de mensonges… Tu sais, je me présenterais chez Glam Events, je suis sûr qu’ils me prendraient ! Quasiment… Comme coursier ? Oui, peut-être… pour commencer…
Catherine reparaît avec un yaourt.
Scène 3. Catherine, Patrick, puis Vincent.
Catherine. Je n’ai trouvé que ça. (Voyant que Patrick raccroche précipitamment.) Tu avais un appel ?
Patrick. Un client impatient ! Je te l’ai envoyé chier, bien comme il faut ! (Plastronnant.) Je suis comme ça, moi…
Catherine, lui donnant le yaourt. Tiens.
Patrick, le prenant, déçu. Ah… parfait…
On sonne.
Patrick, surpris. Tu attends quelqu’un ?
Catherine, surprise. Non.
Elle se dirige vers la porte d’entrée et l’ouvre. Paraît Vincent.
Vincent, tout sourire. Bonsoir ma belle !
Catherine, décontenancée. Vincent…
Ils se font la bise.
Vincent, regardant Catherine de pied en cap, rayonnant. Mais quelle élégance ! Tu resplendis !
Catherine, touchée. Merci…
Vincent, apercevant Patrick, quittant immédiatement son sourire. Ah, t’es là, toi.
Patrick, peu aimable. Ouais, je suis là.
Catherine, s’asseyant sur les genoux de Patrick. Nous revenons d’un vernissage.
Vincent, acide, les contemplant l’un sur l’autre. Je vais vous lancer un seau d’eau.
Catherine, tendre avec Patrick. C’est l’amour.
Vincent, caustique. À ce point-là, ce n’est plus de l’amour, c’est de l’ajuttessi… de l’attujessi… de l’assuteji…
Patrick, souriant. De l’assujettissement ?
Vincent, piqué. Parfaitement ! C’est de l’assettu… de… ce que tu viens de dire ! (Présentant un bouquet de tulipes qu’il avait jusque-là tenu caché, à Catherine.) Tiens.
Catherine, se levant et prenant le bouquet. Oh ! Elles sont magnifiques.
Vincent, savourant sa victoire, regardant Patrick du coin de l’œil. Je sais que tu les adores.
Catherine. Tu me connais bien !
Patrick, se levant à son tour et regardant Vincent droit dans les yeux, avec un sourire crispé. Attention : je pourrais mal le prendre.
Vincent, mi-figue mi-raisin. On ne joue pas dans la même catégorie.
Patrick, se voulant cordial mais cachant mal son agacement. C’est vrai. Il y a les poids plumes… et puis les poids lourds…
Vincent, soudain inquiet, à Catherine. Les poids lourds ? Tu trouves que je m’impose ? J’arrive au mauvais moment ?
Catherine, qui vient de mettre les fleurs dans un vase. Vous allez arrêter de vous chamailler, tous les deux ? C’est à chaque fois la même histoire !
Patrick, enlaçant Catherine et regardant Vincent avec un air de défi. Ce n’est pas ma faute si monsieur me cherche.
Vincent, sec. Arrête de la tâter comme ça, c’est pas un melon.
Patrick, idem. C’est comme ça qu’on fait quand on est un couple amoureux. Mais bon, l’amour, je sais pas si tu te rappelles, ça fait peut-être trop longtemps ?
Vincent, allusif. Amour ou intérêt…
Patrick, piqué. Quoi ?
Catherine. Maintenant ça suffit !
Patrick, tendre. Excuse-moi, bébé.
Vincent, à part, moqueur. Bébé…
Patrick. Je vais me chercher des clopes. Ça me fera du bien de prendre l’air.
Patrick sort et claque la porte, tandis que Vincent fulmine en silence.
Vincent, ironique. Toujours aussi agréable…
Catherine. Tu le cherches.
Vincent. Je ne le cherche pas, je le trouve ! En l’occurrence, je le trouve toujours fourré dans tes jupes.
Catherine, se justifiant. On sort ensemble.
Vincent. Cathy, ce type est en train de te vampiriser !
Catherine. Tu veux lui planter un crucifix dans le cœur ?
Vincent. Je te le répète : Patrick n’est pas fait pour toi.
Catherine. Et s’il me plaît, à moi ?
Vincent. Tu te berces d’illusions. Ça ne peut pas coller entre vous.
Catherine. L’éternelle rengaine.
Vincent. Tu es, ce qu’on appelle en psychologie une « Protagoniste ».
Catherine. Une quoi ?
Vincent. Ça signifie que tu marches à l’intuition, que les sentiments sont importants pour toi.
Catherine. Je veux bien me l’accorder. Euh… te l’accorder.
Vincent. Mais Patrick, c’est tout le contraire. Il est ce qu’on appelle vulgairement un « Explorateur ».
Catherine. Un « Explorateur » ?
Vincent. C’est un terme savant.
Catherine, vexée. Je sais ce que signifie Explorateur.
Vincent. Tu crois savoir. Mais en psychologie, un explorateur ce n’est pas un gars avec un chapeau colonial et une machette. C’est quelqu’un d’observateur, qui aime l’aventure.
Catherine. Oui eh bien, je ne suis pas d’accord : moi aussi je suis observatrice, et quant à Patrick : il éprouve des sentiments, tu peux me croire.
Vincent. Catherine, je viens juste de te donner quelques éléments de carégo… de catéro… de canégorisa… euh…
Catherine. De catégorisation ?
Vincent. Voilà. Ce sont des tendances.
Catherine, avec une logique imparable. Et des tendances, ça ne prend pas en compte les particularités des gens. Autrement dit : ta théorie, elle ne vaut rien.
Vincent. Écoute Catherine, je suis tout de même diplômé en psychologie…
Catherine. Toi ? Tu as une licence d’Histoire !
Vincent, embêté. Oui… c’est vrai… j’ai une licence d’Histoire… (Comme un argument massue.) mais j’avais pris, en option, un cours de psycho, alors…
Catherine. Beau résultat : t’as foiré ton examen.
Vincent, se voulant indigné. Moi ? J’ai foiré mon examen ? Mon examen de psycho ?
Catherine. Je m’en souviens très bien.
Vincent, incrédule. De quoi tu te souviens ?
Catherine. Martine m’avait dit : « Vincent a tout réussi, sauf son partiel de psycho, où il s’est complètement planté. »
Vincent, mécontent. « Complément planté » ? Eh bien, elle avait le sens de la mesure, celle-là.
Catherine. Elle m’avait menti ?
Vincent, condescendant. Je pense qu’on ne doit avoir la même définition de « complètement planté ».
Catherine. T’avais eu combien ?
Vincent, après un silence. Quatre.
Catherine. Sur dix ?
Vincent. Sur quarante.
Catherine. Quatre sur quarante ? Et tu fulmines contre ma sœur parce qu’elle m’avait dit que tu t’étais « complètement planté » ?
Vincent. Si je m’étais complètement planté j’aurais eu zéro ! Là, d’accord. Mais quatre sur quarante… ça veut dire qu’il y avait quand même quelque chose.
Catherine, ironique. Oui… une copie double et de l’encre !
Vincent. De toute façon, ça ne change rien à l’affaire, ni à ce que je t’ai dit sur Patrick. D’ailleurs, j’ai lu dans la Revue Internationale de Psychologie…
Catherine, le coupant. Et dans mes yeux, qu’est-ce que t’as lu ?
Vincent, sans comprendre. Dans tes yeux ?
Catherine. Tu as regardé mes yeux, quand ils regardent Patrick ? Non, bien sûr… Alors tu ne peux pas comprendre.
Vincent, plus intime. Tes yeux… je les connais par cœur, tes yeux…
Catherine, regardant Vincent différemment. Tu m’en diras tant.
Vincent. Ce sont les mêmes que Martine.
Catherine, après un silence. Pas tout à fait.
Vincent. Non, c’est vrai. Les tiens sont plus foncés, très légèrement.
Catherine. Tu as des nouvelles ?
Vincent. Depuis le jugement, rien. On a du mal à se parler.
Catherine. Un divorce, ce n’est jamais simple.
Vincent. C’est une belle circoloncu… cyclonvolu… circonlocu…
Catherine. Circonvolution ?
Vincent. Voilà ! Affirmer qu’un divorce, c’est jamais simple, ça relève même de l’euphémisme ! Au fait, je ne te l’ai jamais dit, alors : merci.
Catherine. Merci pour quoi ?
Vincent. Merci pour tout. Merci d’avoir été là.
Catherine. Je m’en prie. Euh… Je t’en prie. Elle est ma sœur, tu étais mon beau-frère, on s’est toujours bien entendus, je n’avais aucune raison de couper les ponts.
Vincent. J’imagine qu’elle veut tourner la page. C’est elle qui a choisi de partir.
Catherine. Ça va se tasser.
Vincent, envoyant discrètement une pique. Si je peux compter sur mon entourage. (Soudain, son téléphone sonne. Il répond.)Oui, Élise ? Tu as fini tes livrets ? Tant mieux. Demain ? Euh… Attends… (Il réfléchit.) Demain matin, c’est Marie-Claude qui est de récréation. Euh… oui, tu pourras me faire goûter ton cake au citron. (À Catherine, discrètement.) ça fait une semaine qu’elle m’en parle. (Dans le téléphone.) Pardon ? Ce soir ? Ah non je ne peux pas. Demain soir ? Bof, tu sais, en ce moment, j’ai pas trop envie de sortir… Oui, une autre fois, je te dirai. À demain. (Répondant à une intervention d’Élise.) Avec le cake au citron ! (Il raccroche.)
Catherine, un brin moqueuse. Tu vois que tu peux compter sur ton entourage.
Vincent. Élise ? Je peux surtout compter sur elle pour me coller aux basques ! Le matin à la montée des classes, à midi à la cantine ou le soir à l’étude, elle trouve toujours un prétexte pour venir me causer.
Catherine. Et tu te plaignais que tes amis te délaissent !
Vincent. Élise, ce n’est pas une amie.
Catherine, intéressée. Ah ?
Vincent. De mon côté, les choses sont claires : c’est une collègue. (Catherine marque une déception.) Mais de son côté, je sens qu’elle voudrait plus. (L’intérêt de Catherine renaît.)
Catherine. Et tu n’es pas intéressé ?
Vincent, avec intention. Je préfèrerais que mes vieux amis, et surtout mes vieilles amies, soient là.
Catherine. Mais on est là, Vincent !
Vincent. Plus ou moins.
Catherine, sans comprendre. Plus ou moins ?
Vincent. La semaine dernière, on devait aller au ciné, tu as annulé ; la semaine d’avant, on avait prévu un resto, tu t’es décommandée ; il y a trois semaines, je nous avais réservé deux places au théâtre, tu m’as laissé tomber au dernier moment ; il y a un mois…
Catherine, le coupant. J’ai fait tout ça ?
Vincent. J’étais plutôt en train de te parler de tout ce que tu n’as pas fait.
Catherine, penaude. Je suis désolée.
Vincent. À chaque fois, la cause était la même : Patrick, Patrick, Patrick et encore Patrick !
Catherine, changeant son regard sur Vincent. Tu es jaloux !
Vincent. Moi ? Jaloux ?
Catherine. Mais oui ! Tu es en train de me faire une crise de jalousie !
Vincent. Jaloux ? Moi ? Sûrement pas ! J’aimerais simplement que tu n’abandonnes pas tes amis.
Catherine, lui mettant la main sur l’épaule. Je t’ai peut-être un peu délaissé ces derniers temps. Mais à partir d’aujourd’hui, c’est terminé ! Patrick est mon homme, soit, mais il ne me fera pas négliger mes amis !
Vincent, rassuré. Ça me met du baume au cœur, ce que tu me dis. Je suis ranéserré, rassénéré, ranéressé…
Catherine. Rasséréné ?
Vincent. Oui.
Catherine. Tu as très bien fait de passer nous voir.
Vincent, sans comprendre. J’ai bien fait ?
Catherine. Ah oui !
Vincent. Bien fait de passer vous voir ?
Catherine. Positivement ! Et si l’envie t’en prend une autre fois, n’hésite pas une seconde : passe nous voir.
Vincent, ayant compris. Tu as oublié !
Catherine. Oublié ?
Vincent, recommençant à fulminer. Tu as oublié notre anniversaire.
Catherine, prenant peur. Notre anniversaire… c’est aujourd’hui ?
Vincent, furieux. Comment as-tu pu oublier notre anniversaire d’amitié ?
Catherine, désolée. Vincent…
Vincent, ne décolérant pas. Le jour où, Martine, toi et moi, tous les trois, on s’est juré une amitié éternelle ! Déjà que Martine n’a pas tenu promesse…
Catherine. Vous avez été mariés vingt ans…
Vincent, soudain triste. On s’était promis qu’on resterait amis pour toujours. C’était il y a trente-huit ans, jour pour jour.
Catherine, triste aussi. Pardon, Vincent.
Vincent, donnant un paquet à Catherine. Tiens.
Catherine, émue. Tu as même pensé à un cadeau. De mon côté, je n’ai rien. Je ne sais pas si je peux l’accepter.
Vincent, gentiment grondeur. Tu ne penses pas que tu en as assez fait comme ça ?
Catherine, ouvrant le paquet, touchée. Oh… des berlingots… les mêmes que ceux de notre enfance…
Vincent, heureux de l’émotion de Catherine. Ceux qu’on prenait à la petite boulangerie, en revenant du collège.
Catherine, déposant un baiser sur la joue de Vincent. Merci. Je l’avais complètement oublié, c’est vrai, mais on va fêter notre anniversaire comme il se doit.
Scène 5. Patrick, Catherine, Vincent.
Patrick, entrant, à Catherine. On y va ?
Vincent, à part. Il a ses clefs ?
Catherine, répétant sans comprendre. On y va ?
Patrick. Le yacht appareille dans trente minettes, euh… trente minutes, c’est bien ça ?
Catherine, se souvenant soudain. La soirée en mer !
Patrick. Allons-y maintenant sinon on va rater le départ.
Catherine, sur des braises, à Vincent. Ça aussi, j’avais complètement oublié. Ma copine Mylène donne une soirée sur son yacht avant son départ pour Los Angeles. Je l’avais promis à Patrick. On est obligé de te laisser…
Vincent, défait. Vous… vous partez ?
Patrick, à Catherine. Bibiche, on y va ?
Catherine. Une seconde ! (À Vincent.) Je t’appelle.
Vincent, sidéré. On ne dîne pas ensemble ?
Catherine. Oh mon pauvre, tu dois avoir faim. Mông a préparé son riz au kaki. Régale-toi et claque la porte en partant. Bye. (Elle lui dépose un baiser furtif sur la joue.)
Patrick, bas, à Vincent. Salut ducon.
Vincent, bas, à Patrick. Salut blaireau.
Catherine et Patrick sortent, la porte se ferme. Vincent est seul.
Vincent, s’adressant à un portrait photo de Patrick posé quelque part. Fais pas le malin, toi. Tu as peut-être gagné cette bataille, mais tu n’as pas encore gagné la guerre. (Avec détermination.) Je reprendrai ma place. Coûte que coûte.
***
Scène première. Catherine, Vincent.
En soirée. Catherine et Vincent sont à table, ils rient.
Catherine. Et c’est comme ça que j’ai négocié avec Henry des parts de ma boîte, euh… de sa boîte.
Vincent. —Ses aciéries ?
Catherine. Oui. Cette année, le chiffre d’affaire a été excellent : du coup j’ai reçu deux fois plus que d’ordinaire. Regarde : (elle tend à Vincent un papier.)
Vincent, regardant le papier, impressionné. Jolis dividendes…
Catherine. Il en était malade. (Elle rit.)
Vincent. —Que vas-tu faire ? T’acheter une île ?
Catherine. Peut-être. À moins que je ne décide de m’offrir un énorme diamant.
Vincent. —Merci pour cette soirée.
Catherine. Ça m’a fait plaisir de passer ce dîner avec moi ! Euh… avec toi.
Vincent. —Moi aussi. À refaire !
Catherine. Oh oui ! (Regardant sa montre.) Il ne va pas tarder.
Vincent, avec regret. —Ah. Vous sortez ?
Catherine. Au Cabana Coco, invitation de Patrick.
Scène 2. Patrick, Catherine, Vincent.
La porte d’entrée s’ouvre, paraît Patrick.
Patrick, un peu trop guilleret, un sac en papier à la main, estampillé « Bourdonnat ». C’est moi !
Vincent, refroidi, à Catherine. —Bon, je vais y aller.
Patrick, glacial, à Vincent. Salut.
Vincent, polaire, à Patrick. —Salut.
Catherine, voyant le sac porté par Patrick. Qu’est-ce que c’est ?
Patrick, donnant cérémonieusement le paquet à Catherine. —Si madame veut bien…
Catherine, prenant le sac et voyant l’inscription. —Ma brioche aux fruits confits de chez Bourdonnat.
Patrick. Tu te fais livrer une brioche aux fruits confits ?
Vincent. Catherine et sa manie de se faire livrer ! (Vincent consulte son téléphone portable.)
Patrick, lisant et n’en croyant pas ses yeux. 12 € 95 ? 12 € 95 la brioche individuelle ? Elle est plaquée or ou quoi ?
Catherine, sortant un carton du sac et se justifiant. C’est Bourdonnat le meilleur, mais il est à l’autre bout de la ville. (À Patrick.)En tout cas, merci à moi. Euh… à toi, de m’avoir porté le paquet.
Patrick. —Il était devant la porte.
Catherine, ayant ouvert le carton et en sortant une brioche. C’est sans doute Mme Rodriguez qui l’a monté. (Elle sort son portefeuille, y jette un œil, puis dit à Patrick.) Descends lui donner un billet, moi je n’ai plus rien.
Patrick, soudain préoccupé, faisant semblant de ne pas avoir entendu. Comment ?
Catherine. Descends voir Mme Rodriguez. Donne-lui un billet ou deux.
Patrick, mal à l’aise, jouant l’incompréhension. Un quoi ?
Catherine. Un billet.
Patrick, nerveux, comme s’il ne voyait pas de quoi parle Catherine. Un billet ?
Catherine, ne comprenant pas ce qu’il ne comprend pas. Un billet. Un billet de banque.
Patrick, feignant de comprendre. Ah, ce genre de billet-là… J’en n’ai pas.
Catherine. En début de soirée, tu en as tiré.
Patrick. Moi ? Pas du tout.
Catherine. Arrête de louvoyer.
Patrick. Je t’assure que je n’essaie pas de baiser, euh… de biaiser… je n’ai rien.
Catherine. En fin de journée, tu as tiré de l’argent. Tu voulais du liquide. « Pour danser jusqu’au bout de la nuit au Cabana Coco. »
Patrick, déstabilisé. Ah oui… c’est vrai… (Sortant son portefeuille et y jetant un œil.) Mais là je n’ai plus rien.
Catherine, regardant le portefeuille de Patrick et sortant des billets qui étaient devant ses yeux. Si, regarde.
Patrick, jouant la surprise. Ah ! Ils étaient cachés là ! Mais en fait, je les garde pour… (Il cherche.) … pour te faire une surprise.
Catherine, simplement. Fais un chèque, ça ne gêne pas Mme Rodriguez.
Patrick, croyant s’en tirer. J’ai pas mon chéquier sur moi.
Catherine. Mais si. Tu l’as sorti à midi. Tu as demandé au boucher si tu pouvais payer nos steaks par chèque et j’ai finalement tout réglé en liquide.
Patrick, embêté. Oui… oui mais il ne m’en reste plus qu’un… et… j’avais oublié qu’il me fallait des cigarettes.
Catherine, souriante. J’en ai.
Patrick, reculant. Le tiennes, je n’en veux pas.
Catherine, interloquée. Pourquoi ?
Patrick, cherchant quoi dire. Je suis sûr que… que t’as la grippe. (Catherine est sidérée. Vincent quitte son téléphone portable et se met à regarder Patrick avec attention.)
Catherine, furieuse. La grippe ? Non, je n’ai pas la grippe !
Patrick, pataugeant. Oh si… tu es allée chez le coiffeur, hier ?
Catherine. Et alors ?
Patrick, avec plus d’assurance. Eh bien lui, il a la grippe. Donc s’il l’a, toi aussi !
Catherine, se touchant le front. Je me sens en pleine forme ! Et je n’ai pas de fièvre.
Patrick, formel. C’est une grippe froide, ce sont les pires, les plus sournoises. (Il se dirige vers la porte.)
Catherine. Où vas-tu ?
Patrick. Me confiner chez moi, le temps que tu guérisses.
Catherine. Mais enfin Patrick, comment peux-tu…
Patrick, la coupant, comme affolé. Grippe !
Catherine. Est-ce que tu peux m’expliquer pourquoi…
Patrick, la coupant. Grippe !
Catherine. Arrête tes enfantillages, tout ceci est d’une…
Patrick, la coupant. Grippe ! Grippe ! Grippe !
Patrick sort rapidement.
Catherine, à travers la porte. Patrick, reviens ! Et notre soirée au Cabana Coco ?
Vincent, souriant. J’en ai connu, des radins, mais lui, c’est une synthèse !
Catherine, contrariée. Patrick ? Radin ? Ce n’est pas le mot…
Vincent. Pas le mot ? Il t’a déjà offert quelque chose ?
Catherine, désolée. Non.
Vincent, satisfait. Tu vois !
Catherine. Ah si ! Il m’a déjà offert quelque chose.
Vincent. Quoi ?
Catherine. La première fois qu’il est venu dîner ici, il a apporté du champagne.
Vincent, déçu. Ah.
Catherine. C’était une demi bouteille.
Vincent, souriant ironiquement. Je vois que monsieur ne lésine pas.
Catherine. Qu’est-ce que tu sous-entends, avec ton petit sourire ? Il m’a déjà invitée au resto.
Vincent, ironique, s’inclinant. Bravo.
Catherine, comme présentant une preuve irréfutable. Il a payé le vin, et après on a partagé en deux.
Vincent, toujours ironique. C’est vraiment très généreux de sa part.
Catherine, poursuivant son récit. Enfin, plus exactement, chacun a compté ce qu’il devait, parce que mon cocktail était plus cher que son pastis.
Vincent. N’empêche qu’il a du mal à sortir de l’argent.
Catherine. Il fait attention, c’est tout.
Vincent. Il travaille ?
Catherine, fière et sortant une carte de visite. Oui, et dans une grande agence de com : Glam Events.
Vincent. Ce type n’en veut qu’à ton argent.
Catherine. —Et tu me disais que tu n’étais pas jaloux de lui ?
Vincent. Je m’intéresse à toi, je suis ton ami.
Catherine. Un ami qui dénigre mon fiancé…
Vincent. Je pense que si tu es avec quelqu’un, tu mérites quelqu’un de bien.
Catherine. Patrick est quelqu’un de bien, quelqu’un d’économe.
Vincent, ricanant. Quelqu’un d’économe…
Catherine, sèche. Ne t’en déplaise !
Vincent. Tu penses que je noircis le tableau ? Pour moi, une avarice comme la sienne, cela relève même de la psychothalo… de la psycholatho… de la psychomatholo…
Catherine. De la psychopathologie ?
Vincent. Voilà c’est ça !
Catherine. N’importe quoi !
Vincent. Je suis prêt à parier que si tu n’étais pas riche, Patrick s’intéresserait beaucoup moins à toi.
Catherine. Moi, riche ? Tu divagues.
Vincent. Tu n’es pas riche ?
Catherine. —Je ne suis pas dans la nécessité, c’est vrai. Mais de là à dire que je suis riche…
Vincent. Toi, Catherine, avec cet appartement offert par Henry, tes parts dans ses aciéries, plus les six pensions alimentaires versées par tes ex-maris, tu soutiens que tu n’es pas riche ?
Catherine, agacée. Ça, c’est vraiment moi, euh… c’est vraiment toi… (Se justifiant.) J’ai beaucoup de frais…
Vincent. Des frais ?
Catherine. Je paie Mông chaque jour pour qu’elle vienne me faire la cuisine.
Vincent. Tu pourrais t’en passer.
Catherine. Je ne sais même pas cuire un œuf. Tous les vendredis, je passe voir Alessandro.
Vincent. Qui est-ce ?
Catherine. Mon coiffeur.
Vincent. Tu pourrais espacer tes visites.
Catherine. Pour avoir l’air d’une ménagère en bout de course ? Avec mes ventes de charité du samedi, je ne peux pas me le permettre : ça ferait fuir les donateurs. Et puis il y a mes frais de maintenance.
Vincent. Qu’est-ce que tu veux dire par frais de maintenance ?
Catherine, rechignant à en parler. —Tu sais ce que c’est, sur une voiture, même si le moteur est bon, il y a parfois un peu de carrosserie à faire, quelques pièces à changer.
Vincent, la regardant. Tout n’est pas d’origine ?
Catherine, après un petit silence. Non.
Vincent, la regardant toujours. Je n’arrive pas à voir quoi.
Catherine. Ça prouve que c’est bien imité !
Vincent. Ou que ça n’était pas nécessaire.
Catherine. Tu vas encore m’expliquer que je n’en ai pas besoin ?
Vincent. Catherine, tes maris t’ont fait souffrir, ils te dédommagent, c’est normal. Tu as de l’argent ? Tant mieux ! Tu n’as pas à en rougir. Mais tu ne m’empêcheras pas de penser que si tu étais caissière de supermarché, Patrick ne serait pas avec toi.
Catherine. Tu te trompes. Il m’aime pour moi, pas pour ce que je lui apporte sur le plan matériel.
Vincent. —Tu en es sûre ?
Catherine. Oui.
Vincent. Il y a un moyen simple de te prouver que ce que mon affirmation possède la solidité de l’ifféruta… de l’irrétufabi… de l’itéffutabi…
Catherine. De l’irréfutabilité ?
Vincent. Oui !
Catherine. Lequel ?
Vincent. Faisons-lui croire que tu es ruinée.
Catherine. C’est-à-dire ?
Vincent. Disons lui que… qu’il n’y a plus rien sur tes comptes en banque, que… tu vas être obligée de licencier Mông, de vendre ton appartement, de trouver un job, bref… que tu es devenue pauvre.
Catherine, horrifiée. Une pauvre ? Quelle horreur ! Et puis tu sais très bien que je ne supporte pas le mensonge.
Vincent, incrédule. Toi ? Tu ne supportes pas le mensonge ?
Catherine. Je ne l’accepte pas et ne l’ai jamais toléré.
Vincent. Tu sais pourtant mentir quand ça t’arrange !
Catherine. Moi ? Je ne mens jamais, je suis sincère dans tout ce que je dis et tout ce que je fais.
Vincent. Et si on appelait Henry pour lui en parler ?
Catherine. Qu’est-ce que mon ex vient faire là-dedans ?
Vincent. Il pourrait te rafraîchir la mémoire et te rappeler comment tu l’as séduit.
Catherine. Ah… cette vieille histoire…
Vincent. Ça y est ? Tu te souviens ?
Catherine. OK, tu as gagné. J’ai menti à Henry, c’est vrai.
Vincent, satisfait. Ah.
Catherine. Quand je l’ai vu au Bon marché, je lui ai fait croire que j’étais une cliente, alors que je n’étais que simple vendeuse. À l’époque, j’étais sur la paille, (Se justifiant.) ma passion des jeux d’argent. Je ne voulais pas qu’il le sache. Mais mes sentiments pour lui étaient vrais.
Vincent. Tu viens de le démontrer : une vérité peut avoir besoin d’un mensonge.
Catherine. Je l’admets. N’empêche que mentir à Patrick, comme ça…
Vincent, désireux de nuancer l’affirmation de Catherine. Un mensonge, un mensonge…
Catherine. Ce n’est pas ce que tu me proposes ?
Vincent. —Oui, je te propose un petit mensonge, c’est vrai. Mais un mensonge pour la vérité.
Catherine. Laquelle ?
Vincent. —Celle du cœur de Patrick. Tu es sûre de ce que ressent Patrick à ton égard ?
Catherine. Sûre et certaine.
Vincent. Alors faisons-lui croire que tu n’as plus un sou. Puisque d’après toi il t’aime, cela ne devrait avoir aucun impact sur son comportement ?
Catherine. Il s’en fichera comme de l’an 40.
Vincent. Je te le souhaite. Mais si, comme je le pense, il est refroidi, tu seras fixée sur ce qui le poussait vers toi. (Lui tendant la main.) Partante ?
Catherine, lui serrant la main. Partante ! (Son portable reçoit un appel.) C’est lui. (Répondant.) Allô ? (Un temps.) Ce n’est pas grave, mon chéri. (À Vincent.) Il regrette ce qui s’est passé.
Vincent, à part. Faux-jeton.
Catherine, au téléphone. Je n’attends que ça ! (À Vincent.) Il veut monter pour faire la paix.
Vincent, à part, avec ironie. Comme c’est mignon !
Catherine, au téléphone. À tout de suite ! (Elle raccroche.) il arrive.
Vincent. Il peut se vanter d’arriver au moment psychologique.
Catherine. Comment ça ?
Vincent. Ça va être l’occasion de le tester tout de suite.
Catherine. Quoi ? Maintenant ?
Vincent. Pourquoi attendre ? Pleure.
Catherine. Pardon ?
Vincent. Tu viens d’apprendre que tu es ruinée. Pleure.
Catherine. « Pleure ». Comme si c’était facile de pleurer comme ça, sur commande.
Vincent. Très bien. (Il pince Catherine.)
Catherine. Aïe ! Qu’est-ce qui te prend, tu es fou ? (Elle se met à pleurer.)
Vincent, satisfait du résultat. Maintenant tu pleures.
Patrick rentre.
Scène 4. Patrick, Catherine, Vincent.
Patrick, allant à Catherine, l’enlaçant. Excuse-moi pour tout à l’heure, mon petit bouchon.
Vincent, à part. Mon petit bouchon…
Patrick, à Catherine. Je n’étais plus moi-même. (Il lui fait un baiser. Puis, la regardant plus attentivement.) Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu pleures ? Pourquoi ?
Vincent, nerveux, devant le silence de Catherine. Eh bien dis-lui, Catherine, qu’est-ce que tu attends ?
Patrick, à Catherine. Tu as quelque chose à me dire ?
Vincent, tentant de stimuler Catherine. Oh que oui elle a quelque chose à te dire.
Patrick, à Catherine. C’est vrai ? (Catherine fait « oui » de la tête.) C’est grave ? (Catherine fait encore « oui » de la tête.)Qu’est-ce qui se passe ?
Catherine, ayant peur de se lancer. Eh bien je… je suis ruinée.
Patrick, après un temps. Hein ?
Catherine, un peu plus fermement. Je suis ruinée. Je… je n’ai plus rien.
Patrick, incrédule. Toi ? Avec ton appartement ? Tes maisons ? Tes comptes bancaires multiples ?
Vincent, tentant de jouer l’assurance. Tout ça, c’est terminé. Elle a plus rien, elle te dit.
Patrick, n’y croyant pas. —Quand je vous ai laissés, tout à l’heure, tout allait bien.
Vincent, ne sachant que dire. Oui… oui… tout à l’heure, oh… elle ne t’a rien dit pour ne pas t’affoler, mais depuis hier déjà, c’est… (Il prolonge la parole par un geste signifiant « terrible ».)
Patrick, dubitatif. Je ne comprends pas.
Vincent. Tu vas comprendre. Vas-y Catherine, explique-lui tout.
Catherine, en difficulté. Que je lui explique tout ?
Vincent. On ne va pas lui cacher les choses plus longtemps.
Catherine, tentant de gagner du temps et demandant de l’aide à Vincent avec ses yeux. Non, c’est vrai, on ne va pas lui cacher les choses plus longtemps. Mais c’est pas forcément simple à expliquer…
Vincent, voulant qu’elle en dise plus. Qu’est-ce que tu racontes ? C’est très simple.
Catherine. Oui, c’est vrai, au fond. (Après un temps.) Dis-lui, toi.
Vincent, pris au dépourvu. Moi ? Moi, que je lui dise ?
Patrick, agacé. Vous allez cracher le morceau ?
Vincent, essayant lui aussi de gagner du temps. Oui, Patrick, on va te dire, une seconde. C’est simple, très simple… (Inventant au fur et à mesure.) Catherine euh… a fait un placement, qui s’est révélé désastreux. Elle a engagé toute sa fortune sur une œuvre d’un artiste contemporain… un certain euh… comment il s’appelle déjà, Catherine ?
Catherine, paniquée. Euh… je ne sais plus…
Vincent, lui lançant un regard noir. Merci de ton aide… euh… (Trouvant le nom en parlant.) Amphigourikamandovitstein. (À Catherine.) C’est quand même pas compliqué.
Patrick, tombant des nues. —Comment t’as dit qu’il s’appelait ?
Vincent, pris à son propre piège, hésitant. Je viens de te le dire… (Prenant une respiration.) C’est euh… Amphigourikamandovitstein.
Patrick. Et alors ? Qu’est-ce qui s’est passé avec Amphimachin ?
Vincent. Ses œuvres étaient très cotées, ça paraissait un très bon placement. (Inventant.) et puis, hier, lors d’un vernissage à New York… (Il cherche et puis, sans ménagement.) il a massacré tout le monde.
Patrick, après un temps. Quoi ?
Vincent. Un critique est arrivé avec des documents prouvant que ce n’était pas lui qui peignait ses toiles. En fait, il faisait faire tout le travail à cinq ou six Philippins qu’il séquestrait dans des conditions épouvantables. Amguiroufi… Amphikouri… Amkiphouri… bon, le peintre a sorti un fusil à pompe, et il a tiré sur tout le monde : visiteurs, artistes, journalistes, etc. Sa cote a immédiatement plongé. Ses tableaux ne valent plus un clou. Ce sont en fait de pâles copies d’art populaire philippin. Plagiat grossier. Catherine, sur les conseils d’un ami newyorkais, avait tout misé sur lui. Elle n’a plus rien. Elle est lessivée, vidée, anéantie. (Patrick accuse le coup. Vincent et Catherine l’observent.)
Patrick, après un temps, à Catherine. Qu’est-ce que tu vas faire ?
Catherine. Eh bien… euh… je vais tout vendre. L’appartement, mes maisons. Je… je vais renvoyer Mông et… je vais chercher un job. J’ai bon espoir pour… pour un poste de caissière à Intermarket.
Patrick, prenant un papier. Tu étais en train de regarder tes comptes ?
Catherine, à part, à Vincent. Zut ! C’est le récapitulatif de mes dividendes.
Vincent, à part, à Catherine. Prends-les !
Patrick, regardant le papier. Ils sont vides ?
Catherine, saisissant vivement le papier et le déchirant. Non, non ! Je ne veux pas que tu voies ça, c’est trop démoralisant !
Patrick, la regardant avec surprise. Tu n’es plus toi-même.
Catherine, tragique. Non, je ne suis plus moi-même. Je suis… (Elle hésite à le dire.) Je suis pauvre ! (Se reprenant.) Mais, ce n’est pas grave, puisqu’on s’aime. (Elle veut enlacer Patrick qui s’échappe.)
Patrick, froid. Oui, oui…
Catherine, inquiète de sa réaction. Tu m’aimes toujours, dis ?
Patrick. Catherine, tu sais très bien que j’ai du mal avec ce genre de déclarations…
Catherine, cherchant à se rassurer. Heureusement, on va aller se changer les idées au Cabana Coco.
Patrick. —Euh… oui, mais non.
Catherine, inquiète. Non ?
Patrick, sec. Avec ce qui te tombe dessus, je pense qu’il y a plus urgent que d’aller se trémousser sur de la salsa.
Catherine, déçue. Ah. Oh, on peut passer la soirée ici, si tu veux, et profiter une dernière fois de…
Patrick, la coupant. Désolé, mais il faut que j’y aille : une urgence. Salut.
Il sort.
Catherine, soufflée. L’enfoiré !
Vincent, satisfait. Les masques sont tombés.
***
Scène première. Catherine, Vincent.
Quelques temps plus tard, dans l’après-midi.
Vincent. Et depuis ?
Catherine. On s’est vus plusieurs fois, au resto, au café.
Vincent, perfide. À tes frais, bien sûr ?
Catherine. La dernière fois, il m’a invitée. (Déception de Vincent.) Mais il avait oublié sa carte bleue. (Vincent rit.)
Vincent. Tu crois encore à ses sentiments ?
Catherine. Il est plus froid, il semble… préoccupé.
Vincent. Tu n’arrives toujours pas à admettre qu’il n’en veut qu’à ton argent ?
Catherine. Tu vas pouvoir en juger par toi-même.
Vincent. Tu l’attends ?
Catherine. D’une minute à l’autre.
Vincent, regardant autour de lui. Mais… Catherine, c’est pas possible. On lui a dit que tu étais ruinée. Tu ne peux pas le recevoir dans ton appartement tel quel.
Catherine. Où est le problème ?
Vincent. Le problème ? C’est un appartement de riche et on lui a dit que tu étais pauvre. Tu es censée avoir tout vendu pour récupérer du fric.
Catherine. Tu crois qu’il faut changer des choses ?
Vincent. Il faut tout changer !
Catherine. Tout ?
Vincent, prenant un papier. C’est quoi, ça ? (Lisant.) « Bourdonnat, livraison à 17h. » ?
Catherine, avec gourmandise. Leur fameuse tropézienne.
Vincent. Catherine, comment veux-tu que Patrick croie à notre fiction si tu continues à te fournir chez le pâtissier le plus cher de la région ?
Catherine. Il n’est pas si cher que ça.
Vincent, ironique. Non ! 17 € 75 la tropézienne individuelle, c’est vraiment donné ! (Joignant le geste à la parole.) En attendant, ta nappe, on vire.
Catherine, récupérant la nappe, horrifiée. Doucement ! Ma nappe en jacquard ! Elle m’a coûté bonbon…
Vincent, expéditif. Raison de plus : à la cave. (Regardant un tableau.) Les tableaux, même chose. Tu es censée avoir été ruinée par un Amphigari… Amphibouri… Amphigoura…
Catherine, d’un trait. Amphigourikamandovitstein.
Vincent. Voilà. (À part.) Pourquoi j’ai inventé ce nom imprononçable ? (À Catherine.) Donc, plus question de voir une œuvre d’art au mur. (Il décroche le tableau.) Les gribouillages, terminé !
Catherine, consternée, récupérant son tableau. Des gribouillages ? Mon Picasso ?
Vincent, avec une logique inébranlable. Si on dégage ton Picasso, c’est pour dégager ton pique-assiette. (Allant au canapé et jetant les coussins un à un par terre.) Les chichis, les falbalas, les fanfreluches, on oublie !
Catherine, comme une pile. Mes coussins ! Attention, c’est de la soie ! C’est fragile.
Vincent, ne perdant pas le nord. C’est mon équation : plus de soie, moins de lui et davantage de toi. (Regardant Catherine.) Tu ne peux pas le recevoir comme ça.
Catherine. Comment « comme ça » ?
Vincent. Regarde-toi : tu es splendide.
Catherine, flattée. Merci.
Vincent. Ce n’est pas un compliment.
Catherine. Ah non ?
Vincent. Trop chic, trop élégante, ça ne va pas du tout.
Catherine, reculant, prenant peur. Qu’est-ce que tu vas faire ?
Vincent. Il faut que tu sois en accord avec ta nouvelle condition : tu es pauvre ! D’abord, les cheveux. (Il ébouriffe copieusement Catherine.)
Catherine, manquant de tomber. Oh non ! Alessandro a mis deux heures à me coiffer !
Vincent. Et ton petit haut. Très élégant…
Catherine, souriante. Il est chouette, hein ? Je l’ai trouvé dans une petite boutique de la vieille ville, juste à côté de la…
Vincent, déchirant une manche du petit haut. Voilà !
Catherine, estomaquée. Oh !
Vincent, satisfait. Comme ça, il fait pauvre !
Catherine, furieuse. C’était l’ouvrage d’un créateur ! ça m’a coûté les yeux de la tête !
Vincent. Justement : pas crédible !
Catherine, fulminante. Pas crédible ? Il y a quelque chose que je ne comprends pas…
Vincent, barbouillant le visage de Catherine avec une poudre prise dans son nécessaire de maquillage. Un coup à bâbord, un coup à tribord, hissez pavillon noir !
Catherine, hurlant. Ah ! (Hors d’elle.) Quand je pense que ce matin, je me suis fait un masque à l’argile !
Vincent, sans ménagement. T’aurais mieux fait de te le faire au guano. (La contemplant.) Maintenant, tu es crédible. Une vraie pauvresse !
Catherine, écumant. Explique-moi : je dois passer pour une nécessiteuse ou un déchet humain ?
Vincent, agacé, lui aussi. Quand on n’a pas le sou, c’est comme ça.
Catherine. Tu pousses le bouchon un peu loin, là.
Vincent. Il faut que ce soit réaliste, que Patrick voie concrètement ta ruine. Et maintenant… quand on te regarde… on la voit bien, la ruine.
Catherine. Peut-être, mais c’est dur…
Vincent. Ce que tu peux être superficielle ! L’apparence, toujours l’apparence !
Catherine, soudain blessée. J’aurais bien voulu voir ta tête.
Vincent, sans comprendre. Ma tête ?
Catherine. Quelle tête tu aurais fait, si ta mère t’avait dit ce que la mienne m’a dit.
Vincent. De quoi tu parles ?
Catherine, émue. Je devais avoir dix ans, j’avais fait une bêtise. Ma mère s’est énervée, et elle m’a dit : « De toute façon, tu n’aurais jamais dû venir au monde ». Elle ne s’en est jamais excusée. Sa fille chérie, c’était Martine. Moi, je n’ai été qu’un accident. (Plus offensive.) Alors oui, je suis superficielle, oui, j’aime le maquillage, le coiffeur, les vêtements ! J’ai le droit d’aimer être regardée, admirée. Je veux bien y renoncer quelque temps, pour sonder le cœur de Patrick. Mais je t’interdis de me juger.
Elle sort. Vincent reste seul, touché. La porte s’ouvre, paraît Patrick.
Patrick entre, un sac en papier à la main.
Patrick, froid. Salut.
Vincent, froid. Salut.
Un silence gêné.
Patrick, regardant autour de lui. Il y a eu un cyclone, ici ?
Vincent. Catherine fait du ménage. Tu sais, avec ses problèmes d’argent, elle doit se débarrasser d’un maximum de choses.
Patrick. Elle n’est pas là ?
Vincent. Si. Elle est allée se repoudrer le nez.
Patrick. Ah.
Un nouveau silence gêné.
Vincent, se voulant aimable. Pose ton sac.
Patrick. C’est pour Catherine. (Il pose le sac.)
Vincent. Ah. (Vincent se rapproche du sac.)
Patrick. C’est Mme Rodriguez qui me l’a donné. Une livraison. Je me demande bien ce que Catherine peut se faire livrer, maintenant qu’elle est « pauvre » (Il a fait comprendre à Vincent que pauvre était entre guillemets, comme s’il remettait en doute cette caractéristique.)
Vincent, à part, soudain inquiet. La tropézienne de chez Bourdonnat à 17 € 75. (Haut.) Un colis de l’Armée du salut, certainement.
Patrick, incrédule. L’Armée du salut ?
Vincent, prenant le sac. Ou les Restos du cœur.
Patrick, toujours incrédule. Je ne crois pas, non.
Vincent, tentant de dissimuler la mention « Bourdonnat » sur le sac. Tu sais, en ce moment, Catherine, elle tire vraiment le diable par la queue…
Patrick. Pas tant que ça, visiblement.
Vincent, faussement naïf. Pourquoi tu dis ça ?
Patrick, tentant de voir le sac. C’est encore une livraison de chez bidule…
Vincent, éloignant le sac de Patrick à mesure qu’il s’en rapproche. Le Secours catholique ?
Patrick, essayant toujours de voir ce qu’il y a écrit sur le sac. Mais non… sa pâtisserie de luxe où le croissant ordinaire est à 10 € !
Vincent, faussement surpris, mais retirant toujours le sac de la vue de Patrick. Tu crois ?
Patrick. Mais oui ! (Agacé de ne pouvoir lire les informations du sac.) Oh fais voir.
Vincent, échappant encore à Patrick. Quoi ?
Patrick, accélérant le mouvement. Le sac ! (Il arrive à s’en saisir.) Ah ! Enfin…
Vincent, essayant d’empêcher Patrick de lire. Non, attends…
Patrick, lisant. Et voilà ! J’en étais sûr ! « Bourdonnat ». La pâtisserie-traiteur des riches !
Vincent, faussement surpris, prenant le sac. C’est vrai ?
Patrick, à part. Catherine, ruinée ? Mon œil ! Je ne sais pas pourquoi elle veut m’en persuader, mais il faut avouer que…
Vincent, sans être vu de Patrick, il retire le carton du sac le carton contenant la tropézienne et l’aplatit fermement en lui imprimant plusieurs coups sur la table, masquant son forfait en toussant. Kof ! Kof !
Patrick, se tournant vers Patrick. Tout va bien ?
Vincent, cherchant une excuse, dissimulant le carton aplati. —Mon allergie à la … au… gluten. Je suis sûr que c’est bourré de gluten.
Patrick, se détournant, méprisant. Bourré de gluten…
Vincent, toujours sans être vu de Patrick, il aplatit de nouveau le carton, plus fort encore et à plusieurs reprises, toussant comme un diable. Kof ! Kof ! Kof ! (Puis, il remet le carton, informe, dans le sac.)
Patrick, à part. Qu’est-ce qu’elle a derrière la tête ? Pourquoi est-ce qu’elle tient absolument à me faire croire qu’elle est pauvre ?(Vers Vincent.) Catherine veut me jeter, mais elle n’ose pas me le dire, c’est ça ?
Vincent. Mais Patrick, c’est la vérité : Catherine est pauvre !
Patrick, ne marchant pas. Ben voyons ! (Montrant le sac.) Et madame s’offre des petites douceurs qui coûtent un bras.
Vincent. Je t’assure que tu fais fausse route.
Patrick. Ah oui ? (Prenant le sac.) Fais voir.
Vincent, voulant le reprendre. Tu ne vas pas ouvrir la livraison de Catherine alors qu’elle…
Patrick, se débattant. Oh si je vais l’ouvrir ! (Il sort le carton du sac et l’ouvre : apparaît alors une espèce de bouillie composée de morceaux de brioche écrasée et de crème pâtissière mélangée. Avec dégoût.) Oh… Mais… mais qu’est-ce qui s’est passé ? Mme Rodriguez s’est assise dessus ?
Vincent. Mais non, c’est… (Cherchant.) C’est le programme de Bourdonnat pour les nécessiteux.
Patrick. Quoi ?
Vincent. Ils proposent des pâtisseries défectueuses à prix cassés, pour ceux qui n’ont pas le sou.
Patrick, contemplant la purée pâtissière. Ça, une pâtisserie défectueuse ? On dirait que quelqu’un vient de gerber.
Vincent, gêné. Un accident de cuisine, sans doute… la pâtisserie a dû tomber et…
Patrick, désignant la bouillie. —Et ils osent vendre ça ?
Vincent, pris au dépourvu. Ils le donnent, je crois…
Patrick. J’espère !
Catherine rentre.
Scène 3. Catherine, Patrick, Vincent.
Ébouriffée, barbouillée de noir, les vêtements déchirés, Catherine fait peine à voir. Saisi, Patrick la regarde de bas en haut.
Patrick. Qu’est-ce qui t’es arrivé ? Ton séchoir à cheveux t’a pété à la gueule ? (Catherine, qui lance un regard noir à Vincent, ne répond rien.)
Vincent, sec. Patrick, s’il te plaît ! (Bas.) Vu sa situation financière, Catherine a dû faire beaucoup de sacrifices, vendre sa garde-robe, et trouver des vêtements de remplacement à la Croix-Rouge. Quant au maquillage et au coiffeur : terminé !
Patrick, bas. Oui, je vois ça… (À Catherine, avec beaucoup de précautions, comme si c’était une grande malade.) Bonjour mamie. Euh… ma mie, ma moitié, ma chérie, mon adorée… Assieds-toi, tu vas te fatiguer. (Catherine s’assoit. S’en suit un silence gêné.) Je t’ai apporté ton gâteau.
Catherine, dont le moral remonte. C’est vrai ?
Patrick, souriant. Oui, ton gâteau de chez… euh…
Catherine, souriant aussi. De chez Bourdonnat ?
Patrick, souriant plus largement. Voilà ! Il a été livré tout à l’heure.
Catherine, avec un grand sourire. Merveilleux ! (Arrêtant soudain de sourire.) Je ne sais pas si c’est très raisonnable…
Patrick, gentil. Tu as bien le droit à un petit plaisir de temps en temps.
Catherine, embêtée. Peut-être, mais maintenant que je suis pauvre, il faut que je désapprenne à faire appel à ce genre de fournisseur.
Patrick. Le gâteau a été livré : autant en profiter.
Catherine, retrouvant le sourire. Oui, c’est vrai, au fond. Où est-il ?
Patrick, désignant le sac en papier. Le voilà ! Allez, régale-toi !
Catherine, aux anges. Tu es vraiment trop chou ! (Elle sort le paquet du sac, l’ouvre et constate de ses yeux le massacre pâtissier. Son visage change de figure. Fulminant, elle regarde Patrick.) Qu’est-ce que c’est que cette chose ?
Patrick, ne voyant pas le problème, souriant. Ton gâteau.
Catherine, le regard noir. Ça, un gâteau ? (Éclatant.) On dirait qu’un bourrin s’est défoulé dessus à coup de masse !
Vincent, regardant Catherine avec insistance. Mais enfin, Catherine, tu ne te souviens pas ? C’est un gâteau qui vient du programme pour les nécessiteux. Tu sais, ces gâteaux défectueux qui sont généreusement donnés aux gens dans le besoin ?
Catherine, comprenant et lançant à Vincent des regards comme des poignards. —Oui, bien sûr, le programme pour les nécessiteux. J’avais oublié…
Patrick. Ça me met l’eau à la bouche ! Moi aussi, j’ai envie d’un petit gâteau… (Cherchant.) Zut ! J’ai dû oublier mon portefeuille… (Catherine et Vincent se regardent d’un air entendu. À Catherine.) Je peux t’emprunter un petit billet ?
Catherine, sèche. J’ai rien.
Patrick. Bien sûr que tu en as !
Catherine. Enfin, Patrick, tu connais ma situation ? Tu sais très bien qu’en ce moment c’est compliqué…
Patrick. Compliqué, compliqué… visiblement, pas pour commander chez Bourdonnat !
Catherine. —Cette commande était une erreur, et je…
Patrick. Ce ne sera pas grand-chose. Je ne veux pas du Bourdonnat. La petite boulangerie au coin de la rue me suffira amplement.
Catherine. —Non, Patrick.
Patrick. Juste un petit croissant.
Catherine. —J’ai dit non.
Patrick. Une baguette.
Catherine. Non.
Patrick. Une demi-baguette.
Catherine. Non.
Patrick. Une chouquette
Catherine. Non.
Patrick. Une demi-chouquette
Catherine. Non.
Patrick. Un quart de chouquette.
Catherine. Non.
Patrick. Quelques grains du sucre perlé qu’on met sur la chouquette.
Catherine. Non.
Patrick. Oh ! Catherine… Mais qu’est-ce que t’es radine !
Catherine et Vincent sont sidérés par cette remarque.
Catherine, au bord de la crise de nerfs, à Vincent. Dis-moi que je n’ai pas bien compris ? (Vincent, aux anges, lui répond par l’affirmative. À Patrick.) Moi ? Radine ? Tu m’accuses, moi, d’être radine ? (Catherine se met à rire sans retenue.)
Patrick, à Vincent, alors que Catherine rit toujours. C’est moi ou elle perd complètement la boule ?
Catherine. Qui allonge la monnaie, depuis le début ? Qui crache le fric pour le boucher, le bistrot, le musée, le spa, la salle de sport ? Qui régale monsieur, parce que, comme par hasard, à chaque fois qu’il faut payer quelque chose, il a oublié son portefeuille, il n’a pas tiré d’argent, il a laissé sa carte à la maison ? D’accord, j’ai un train de vie confortable, mais sortir avec quelqu’un qui a des moyens n’interdit pas la galanterie, le partage ou même les règles élémentaires de politesse. Tu m’as prise pour qui ? Un distributeur de tickets-restaurant ? Un carnet de chèques-vacances ? Une vache à lait ? Je ne suis pas une poire et tu n’es pas mon gigolo !
Patrick, fulminant. Ne te gêne pas… tant que t’y es… vas-y… traite-moi de pingre.
Catherine. Oh… eh bien oui, là ! Tu n’es qu’un sale avare, un sale radin ! Tu es l’incarnation de la cupidité !
Patrick, après un temps. Je crois qu’on s’est tout dit.
Il sort par la porte d’entrée.
Scène 4. Catherine, Vincent.
Vincent, satisfait. Je crois que tu en as assez entendu. Tout cela avait la clarté de l’infabili… l’infaliti… l’infatibi..
Catherine. L’infaillibilité ?
Vincent. Voilà !
Catherine. C’est clair ! Quel profiteur !
Vincent. C’est ce que je me tue à te dire !
Catherine. Même alors que je suis censée être en difficulté, monsieur ne pense qu’à bouffer, et en plus, avec mon fric !
Vincent. Il n’y a que ça qui l’intéresse : ton fric !
Catherine. Tu dois avoir raison…
Vincent. Bien sûr que j’ai raison… J’avais compris son petit manège dès le départ.
Catherine. Tu l’as su tout de suite ?
Vincent. Si tu m’écoutais, des fois ?
Catherine. —Je suis conne à ce point ?
Vincent. L’important, c’est que tu te sois rendu compte qu’il abusait de ta générosité.
Catherine. Quand je pense à tout ce que j’ai fait pour lui, à tous ces moments qu’on a passés ensemble…
Vincent. Inutile de remuer le passé. Maintenant, il faut penser à l’avenir, aller de l’avant.
Catherine. Penser à l’avenir, aller de l’avant, c’est plus facile à dire qu’à faire !
Vincent. Ne t’en fais pas, je suis là pour ça.
Vincent s’éclipse.
Catherine. C’est injuste. Je lui ai donné tant de choses. Et lui… il n’a fait que prendre, prendre et prendre…
Vincent revient avec une valise.
Catherine. C’est quoi cette valise ?
Vincent. Le début de ta nouvelle vie.
Vincent s’éclipse de nouveau.
Catherine. Mais… euh… qu’est-ce que tu fais ?
Vincent revient avec des affaires qu’il jette sans ménagement dans la valise.
Vincent. Je fais le ménage !
Vincent s’éclipse encore.
Catherine, jetant un œil sur les vêtements que Vincent a jetés dans la valise. Je reconnais ces fringues. Ce sont celles de Patrick !
Vincent revient avec d’autres affaires qu’il jette également dans la valise.
Vincent. Il avait pris ses aises !
Vincent amorce un mouvement de départ.
Catherine, l’arrêtant. Attends, Vincent. Tu ne penses pas que c’est un peu rapide ?
Vincent. Ça fait trop longtemps que tu es sous son emprise.
Catherine. Tu veux virer toutes ses affaires maintenant ?
Vincent. Tu veux attendre ?
Catherine. Je ne sais pas… en tout cas, j’aimerais avoir une discussion avec lui.
Vincent. Une discussion ? Pour quoi faire ?
Catherine. Je n’en sais rien, mais on ne va tout de même pas, dès maintenant, le jeter hors de chez moi comme un malpropre !
Vincent. Catherine, ça fait des mois que tu es la victime complaisante d’un parasite ! Ton jugement est altéré, alors laisse-moi faire !
Catherine. —Mon jugement est altéré ?
Vincent, prenant un bibelot. Ça, c’est à lui, on dégage ! (Il l’envoie dans la valise.)
Catherine. —Et ton jugement à toi, il est parfaitement objectif ?
Vincent, prenant un autre bibelot. Il avait vraiment des goûts de merde ! (Il l’envoie aussi dans la valise.)
Catherine. Vincent, arrête ça tout de suite !
Scène 5. Patrick, Catherine, Vincent.
La porte s’ouvre et Patrick rentre. Il découvre sa valise ouverte avec ses affaires jetées dedans.
Patrick. Qu’est-ce qui se passe ?
Vincent et Catherine sont gêné-e-s.
Vincent, prenant son courage à deux mains. Patrick, on a quelque chose à te dire.
Patrick, flairant une mauvaise nouvelle. Ah oui ?
Catherine, bas, à Vincent. Vincent, pas maintenant…
Vincent, bas. C’est maintenant ou jamais !
Patrick, méfiant. Je vous écoute.
Vincent. Eh bien voilà : ça fait trop longtemps que ça dure !
Catherine, le coupant pour sauver la situation. C’est vrai, ça fait trop longtemps que ça dure ! La machine à laver est en panne. La réparer, c’est trop cher. Alors, on va faire un petit voyage au pressing.
Patrick, surpris. Au pressing, à cette heure ?
Catherine. Ça urge ! Tu veux qu’on te lave quelque chose en particulier ?
Patrick, souriant. Ma chérie, tu vas pouvoir te commander une nouvelle machine.
Catherine. —Qu’est-ce que tu racontes ?
Patrick, lui donnant quelque chose. Tiens.
Catherine, prenant. —Qu’est-ce c’est ? (Regardant.) Un chèque ? De… (N’en croyant pas ses yeux.) Trente mille ? ! Mais… mais… Patrick…
Patrick, modeste. C’est rien, ma chérie. (À part.) De toute façon, il est en bois.
Catherine, éberluée, ainsi que Vincent. —Je ne sais pas quoi dire…
Patrick. Ne dis rien. (À part.) Ça me laisse le temps de me retourner : les banques n’ouvrent que dans trois jours.
Catherine. Mais pourquoi ?
Patrick. Tu l’as dit : j’ai bien profité de la baise. Euh… de la braise de ton amour passionné… il est temps que je te rende la pareille. D’autant que tu es en difficulté.
Catherine, aux anges. Je peux vraiment compter sur toi.
Patrick. Tu en doutais ?
Catherine. Quand ça ne va pas, on doute de tout.
Patrick. Tu es rassurée ?
Catherine. Pardon.
Patrick. Pardon ? Pourquoi ?
Catherine. Ces derniers temps, je t’en ai fait voir de toutes les couleurs ! Changement de look, changement de déco, changement de régime, changement d’humeur…
Patrick. Dans un couple, on surmonte les épreuves ensemble.
Catherine. Dans un couple ? Alors pour toi, je suis un couple ? Enfin… on est… on est un couple ?
Patrick. Est-ce qu’on a été autre chose ?
Catherine. Oh mon amour ! (Elle embrasse Patrick.)
Vincent, à part. C’est pas vrai qu’elle va encore se faire avoir…
Catherine, à Patrick. Mon chéri : vivons ensemble !
Vincent et Patrick. Hein ?
Catherine. Va chercher tes affaires et installe-toi ici !
Patrick. Alors… tu veux bien encore de moi ?
Catherine. Mais bien sûr, triple idiot !
Patrick. Je fais l’aller-retour !
Catherine. Dépêche-toi, mon amour !
Nouveau baiser. Patrick sort.
Scène 6. Catherine, Vincent.
Catherine, ravie, se tournant vers Vincent. Son regard change. Avec rudesse. Alors ?
Vincent. Quoi, « alors » ?
Catherine. Tu n’as rien à dire ?
Vincent. Qu’est-ce que tu veux que je dise ?
Catherine. Eh bien, je ne sais pas, moi… « Pardon », par exemple.
Vincent. « Pardon » ?
Catherine. Ou « Désolé », ou « excuse-moi, je me suis complètement planté ».
Vincent. Catherine, ne me dis pas que tu as gobé tout ce qu’il t’a dit ?
Catherine. Il doute encore ! Patrick revient, il exprime son regret, il me fait un gros chèque, et il doute encore !
Vincent. Ne t’emballe pas comme ça, il faut d’abord vérifier que…
Catherine. Jamais tu n’admets tes erreurs ? Toujours à asséner tes vérités ! Vérités qui s’écroulent les unes après les autres !
Vincent. Catherine, attends…
Catherine. Tu te prends pour un être supérieurement intelligent mais tu n’es qu’un zéro !
Vincent, après un silence, touché par cette attaque. Exactement ce que me disait Tranchette…
Catherine, après un silence. Tranchette ? Notre instit’ ?
Vincent. Tu ne te souviens pas ?
Catherine. Je me souviens qu’elle ne t’aimait pas.
Vincent. J’étais sa tête de turc.
Catherine. Qu’est-ce qu’elle te disait ?
Vincent. « Tu n’es qu’un zéro ».
Catherine. Elle te disait ça ?
Vincent. Quand je refusais de refaire ma page d’écriture, pour la cinquième fois.
Catherine. C’est violent.
Vincent. Pour un petit garçon de dix ans, c’est terrible.
Catherine. Écoute, Vincent, je ne voulais pas te blesser, mais avoue tout de même que…
Vincent. Laisse, c’est elle qui avait raison.
Catherine, lui montrant le chèque. Sans aller jusque-là, je pense que tu peux me concéder le fait que…
Vincent, prenant le chèque. « Je ne suis qu’un zéro ». (Lisant le chèque.) Voilà, au contraire, quelque chose qui vaut bien plus !
Catherine, dont la colère est partie. Tout le monde peut se tromper.
Vincent, le chèque toujours en main. Où tu m’as dit qu’il habitait ?
Catherine. Qui ?
Vincent. Patrick.
Catherine. Boulevard Amiral-Courbet.
Vincent, lui tendant le chèque. Ce n’est pas l’adresse du chèque.
Catherine, prenant le chèque et lisant. « Cité Bellevue, bâtiment C ».
Vincent. Ça te dit quelque chose ?
Catherine. Il m’a dit qu’il venait d’emménager.
Vincent. Il t’a dit où il habitait, avant ?
Catherine. Il m’a parlé d’un loft sous les toits rue du Chapitre.
Vincent. Un loft sous les toits ? Ce ne sont pas exactement les prestations de la Cité Bellevue…
Catherine. Quoi, qu’est-ce qu’il y a, encore ?
Vincent. Catherine, ce type te fait vivre dans le mensonge !
Catherine. Il serait peut-être temps que tu comprennes que tu fais fausse route.
Vincent. C’est ce que tu crois ?
Catherine. J’en suis persuadée !
Vincent. En ce cas, éclaircissons le mystère une bonne fois pour toutes ! Cet individu te ment sur ses sentiments, il te ment sur son adresse, il doit te mentir sur bien d’autres choses encore…
Catherine. Et alors ?
Vincent. Comment s’appelle sa boîte, déjà ?
Catherine. « Glam Events ».
Vincent. Lui ? Bosser là-bas ? J’en doute !
Catherine. Tu veux y aller ?
Vincent. Appelons-les.
Catherine. Les appeler ? Pourquoi ?
Vincent. Pour vérifier ! (Il cherche sur son téléphone.) Alors… Glam Events…
Catherine, donnant une carte de visite. Patrick m’a donné une carte.
Vincent, reprenant le chèque. Quel est son nom ?
Catherine. Larson.
Vincent, avec le chèque sous les yeux. C’est bien ce qui est écrit. Larson… (Souriant.) Patrick Larson…
Catherine. Ben quoi ?
Vincent. Personne ne s’appelle Patrick Larson ! Ça fait personnage de manga.
Catherine, énervée. Il m’a aussi menti sur son nom, par-dessus le marché ?
Vincent. On va savoir… (Il compose un numéro sur son téléphone. Un temps.) Bonjour Mademoiselle. Je souhaiterais parler à M. Patrick Larson. (Un temps.) Larson. (Un autre temps.) L comme Laurent, A comme Arsène, R comme Robert, S comme Suzanne, O comme Oscar, N comme Noémie. Larson. (Un temps.) Je vous en prie. (À Catherine, avec un petit sourire.) Elle cherche… (Dans le téléphone.) Non ? Vous ne trouvez pas ? (Un temps.) Vous êtes sûre ? Vous n’avez personne du nom de Patrick Larson chez vous ? (Surjouant la surprise.) Ah c’est curieux… on m’avait dit qu’il travaillait chez Glam Events. (Un temps.) Je vous en prie, (avec intention.) on m’aura donné une fausse information, voilà tout… (Aux anges.) Merci mademoiselle. Et passez une très bonne journée. Au rev… Pardon ? (Un temps.) Ah si, finalement ? (Contrarié.) Vous avez bien un Patrick Larson ? (Un temps.) Il n’y a pas de mal, mais comme au début, vous m’avez dit que… (Un temps.) Ah c’est votre premier jour ? Je comprends… Vous ne maîtrisez pas encore très bien l’organigramme… Donc, il y a bien un Patrick Larson chez vous ? (Déçu.) Eh bien c’est parfait… (Catherine se montre soulagée.) Vous pouvez me le passer ? Très bien, j’attends.
Catherine, avec le sourire. Tu vas pouvoir attendre longtemps, il est parti chercher ses affaires chez lui !
Vincent. Ah oui, c’est vrai ! (Dans le téléphone.) Mademoiselle ? Excusez-moi, mais je ne me souvenais plus que… Comment ? Il n’est pas là ? Eh oui, justement, c’est ce que j’allais vous dire : je me suis souvenu qu’il ne pouvait pas être chez vous à cette heure-ci. En tout cas, je vous remercie beaucoup de votre patience et je… Hein ? Vous le voyez ? Il arrive ? Patrick Larson arrive ? (À Catherine.) Il arrive !
Catherine. Il avait peut-être des affaires à régler.
Vincent, dans le téléphone. Vous pouvez me le passer ?
Catherine. Laisse-le tranquille, on ne va pas le déranger en plein…
Vincent, dans le téléphone. Allô Patrick ? C’est Vincent ! (Un temps.) Vincent ! (Un temps.) Patrick, arrête, s’il te plaît… (À Catherine.) Il me parle en anglais, ce con…
Catherine. En anglais ? (Elle prend brusquement le téléphone.) Patrick ? (Un temps, à Vincent.) Ce n’est pas lui ! (Dans le téléphone.) Sorry, sir, it’s a mistake ! (Elle raccroche, en colère.) Mais avec qui je sors depuis des semaines ! Qui est ce type ?
Scène 7 et finale. Patrick, Catherine, Vincent.
La clef tourne dans la porte.
Vincent. L’heure de vérité a sonné.
Patrick entre avec un sac.
Patrick. J’ai pris deux trois choses de première nécessité. Le reste, on verra après.
Catherine, acide, pleine de sous-entendus. Ouais, on verra plutôt à ce moment-là…
Patrick. Je mets tout dans ta penderie ?
Catherine. Non, non… laisse tout ici.
Patrick, surpris. Ici ?
Catherine, se rendant compte de sa bévue. Oui… il faut que je fasse de la place.
Patrick, comprenant. Bien sûr…
Patrick regarde Catherine et Vincent, qui l’observent silencieusement.
Patrick, avec un sourire. Qu’est-ce que vous complotez tous les deux ?
Catherine. Nous ? Nous, on complote ? (Elle rit.)
Patrick, à Vincent. J’ai dit quelque chose de drôle ?
Catherine. Mais au fait, ce n’est peut-être pas très pratique pour moi ? Euh… pour toi ?
Patrick. De ?
Catherine. De vivre ici. Tu vas mettre plus de temps pour aller à a boîte.
Patrick. Ça n’a pas d’importance.
Catherine. Tu m’as dit qu’en ce moment, tu avais beaucoup de travail.
Patrick. Oui, mais tu sais, Momo, il est plutôt cool… (Il se rend compte de son impair.)
Catherine, intéressée. Momo ? C’est qui, ce Momo ?
Patrick. Euh… c’est… c’est Maurice, le fondateur de la boîte.
Catherine, surprise. Et tu l’appelles Momo ?
Patrick. Tout le monde l’appelle Momo. Tu sais, l’ambiance est très détendue.
Vincent. Et sur quoi tu travailles en ce moment ?
Patrick. Oh… tu sais… je travaille sur tout un tas de choses…
Vincent. Ah oui ? Lesquelles ?
Patrick, cherchant quoi dire. Des tas de choses, des tas de choses… ce ne sont même plus des tas… ce sont des monceaux… des montagnes…
Vincent. C’est-à-dire ?
Patrick, pataugeant. Ce sont des choses un petit peu… euh… un peu techniques… pas simples à expliquer…
Vincent. Mais toi, qu’est-ce que tu fais, concrètement ?
Patrick, avec naturel. Moi ? Je suis à la caisse. (Se reprenant.) Enfin, à la caisse… à la trésorerie, quoi… je… je m’occupe du budget, si tu préfères…
Vincent. Ah ! Achats… ventes…
Patrick, tentant de faire illusion. Taxes, TVA…
Vincent. TVA extratomuno… extramocuno… extranomuco…
Catherine, rectifiant. Extracommunautaire.
Patrick, saisissant la balle au bond. Exactement, Catherine. (Faisant la leçon à Vincent.) TVA extracommunautaire, comme on dit dans notre jargon.
Catherine. Qu’est-ce que vous préparez en ce moment ?
Patrick, pris au dépourvu. Euh… un grand projet…
Catherine, intéressée. Ah oui ? C’est quoi ?
Patrick, essayant de mettre un terme à la conversation. C’est… c’est… c’est confidentiel. (Voyant que Catherine attend toujours.) Je peux rien dire.
Vincent. —On restera discret.
Patrick. Je peux pas.
Catherine. Allez, Patrick…
Patrick. Vous voulez que je me fasse virer ou quoi ? C’est top secret.
Catherine, regardant Patrick de travers. Je vais finir par avoir des doutes.
Patrick. Des doutes ? Quels doutes ?
Catherine. Des doutes sur… sur la réalité de ton travail.
Patrick. Enfin, Catherine, tu n’imagines tout de même pas que je…
Catherine. Demain je passe te prendre.
Patrick, à part. Et merde ! (À Catherine.) Mais quelle bonne idée ! Comme ça tu verras mon bureau !
Catherine. Merci mon chéri ! (Elle prend Patrick dans ses bras. Puis elle jette un regard réprobateur à Vincent, qui semble contrarié.)
Patrick, comme se souvenant de quelque chose. Ah non, demain, ça ne va pas être possible ! (Catherine regarde alors Patrick, puis Vincent qui reprend des couleurs.) J’ai une réunion qui risque de finir tard… j’avais complètement oublié.
Catherine. C’est pas grave. Après demain.
Patrick, affolé. Oui, c’est mieux… Enfin non, j’ai un brainstorming, et ça va s’éterniser…
Catherine, le regardant différemment, puis, pour voir jusqu’où il va. Tant pis, après-après demain.
Patrick, de plus en plus affolé. C’est ça, oui ! Mais non, non, non… pas du tout, pas possible non plus, on a un gros client…
Catherine, avec provocation. Aucune importance : après-après-après demain !
Patrick, ne sachant pas comment s’en sortir. Très bien ! Ou plutôt non, pas faisable : ça ne va pas du tout ! J’ai du teambuilding prévu et dieu sait quand ça va se terminer…
Catherine, déterminée à la coincer. Pas grave.
Patrick, pas rassuré. Comment ça, pas grave ?
Catherine. Je t’attendrai.
Patrick. Mais je ne sais pas du tout à quelle heure je vais sortir…
Catherine. Ça m’est égal. Je viendrai à la réception, je te demanderai et je resterai là en attendant que tu arrives.
Patrick, paniqué. Mais non, Catherine, c’est une très mauvaise idée… il y a des travaux… on est en chantier…
Catherine. Je crois que j’y arriverai. J’ai déjà vu des chantiers.
Patrick, s’emportant. Oui mais moi je refuse !
Catherine. Tu refuses ?
Patrick, se laissant dériver au gré de ses idées. Je refuse que tu prennes de tels risques ! Il y a des ouvriers casqués… (Comme une preuve de la dangerosité du chantier.) Casqués et emmitouflés dans des combinaisons anti-Tchernobyl ! Va savoir ce qu’on respire toute la journée, on ne nous dit pas tout… (S’animant de plus en plus.) Bref, tu vas devoir te frayer un chemin au milieu de ces racailles qui passent avec toutes sortes de choses toxiques, des outils rouillés, des matières nocives en fusion, des sandwichs camembert périmés ! … Catherine, il est hors de question que tu mettes les pieds sur un tel champ de bataille, parce que si tu ne choppes pas le tétanos ou la chiasse, tu finiras écrabouillée sous une coulée de béton façon « chair à saucisse écrasée sous hachis Parmentier » !
Catherine, ironique. Je n’avais pas pris conscience que tu travaillais dans des conditions dignes d’une apocalypse industrielle…
Patrick. Ce chantier, c’est une horreur…
Vincent, persifleur. C’est Verdun… c’est Stalingrad…
Catherine, à Patrick. Surtout que tu as un bon poste, ils pourraient faire un effort.
Vincent, à Patrick. Un bon poste ? C’est quoi, ton titre, exactement ?
Patrick. Eh bien c’est… c’est… euh… ça a beaucoup évolué
Catherine. Depuis quand tu y travailles ?
Patrick. Oula ! Te dire exactement…
Vincent. Comment s’appelle ton chef ?
Patrick. Ben, en fait, j’en ai plusieurs…
Catherine. Ton bureau est à quel étage ?
Patrick. Avec le chantier, ça a changé plusieurs fois et…
Vincent. Tu gagnes combien ?
Patrick. Alors ça, ça dépend de…
Catherine. Quelle est la couleur de la moquette ?
Patrick. Euh…
Vincent. C’est quoi votre chiffre d’affaire ?
Catherine, à Patrick. Combien d’enfants a ta secrétaire ?
Vincent, à Patrick. La cantine est bio et vegan ?
Catherine, à Patrick. —Ton patron met des slips ou des strings ?
Patrick, dans un cri. Mais arrêtez ! … Qu’est-ce que vous voulez ?
Catherine, prenant son téléphone. Je les appelle.
Patrick, sursautant. Hein ?
Catherine. Te faire travailler dans ces conditions, c’est inadmissible !
Patrick. Arrête, Catherine…
Catherine. Oh, tu ne me connais pas, quand j’ai décidé quelque chose… (Au téléphone.) Allô, mademoiselle ?
Patrick. Catherine, arrête ! Je ne travaille pas là-bas !
Catherine, après avoir raccroché, le regardant avec intensité et montrant la carte de visite. Et ça ? D’où ça vient ?
Patrick. J’ai un ami, Jean-Da, qui travaille là-bas. C’est lui qui me l’a donnée.
Catherine. Comment t’appelles-tu ?
Patrick, ne comprenant pas sa question. Comment ça, comment je m’appelle ? Je m’appelle Patrick.
Catherine. J’ai eu Glam Events au téléphone il y a dix minutes. Comment expliques-tu que j’ai pu parler à un certain Patrick Larson ?
Patrick. Ah ! Tu as appelé ? Euh… eh bien, une fois, je suis passé voir mon ami Jean-Da et il a absolument tenu à me présenter un de ses collègues, un certain Patrick Larson. Mon parfait homonyme ! Marrant, non ? Un californien, je crois… C’est là que je me suis dit que j’aurais pu être à sa place… Mais, ce n’est pas moi qui travaille chez Glam Events. C’est bien l’autre Patrick. Je n’ai jamais travaillé dans cette boîte. Je travaille dans un snack, Momo Burger, Cité Bellevue, dans les quartiers nord, là où j’habite en réalité.
Catherine. Et dire que je ne voulais pas y croire… tu m’as menti… tu me mens depuis le début…
Patrick. Catherine…
Catherine, criant. Tais-toi ! (Reprenant son calme.) Ça, parler, tu sais faire… Pour me raconter des salades, tu es très fort. Un couple doit se fonder sur la confiance mutuelle, et cette confiance, tu l’as piétinée. Me mentir, à moi ? Mais comment as-tu osé ? (Elle répond à son téléphone.) Oui ? Très bien merci !
Vincent. C’était ?
Catherine. Bourdonnat. (Retrouvant le sourire.) Finalement, ils ont pu m’avoir des oursins, des langoustes et même un peu de caviar ! (Elle se rend soudain compte de sa bévue, alors que Patrick tique.)
Patrick. Attendez… Je pense que j’ai mal entendu… Des oursins ? Des langoustes et du caviar ? Je croyais que tu étais ruinée ?
Catherine, honteuse. Oui, alors, euh… ruinée, c’était peut-être un peu exagéré…
Patrick. « Un peu exagéré » ? C’est-à-dire ?
Catherine. C’est-à-dire que… je ne suis pas totalement, complètement ruinée…
Vincent, venant à son secours. Figure-toi que Catherine a retrouvé in-extremis une assurance-vie qui dormait depuis des années et…
Catherine. Oh j’en ai assez de tous ces mensonges ! Tu l’as dit, c’est l’heure de vérité ! Laisse tomber, Vincent. (À Patrick.) Je t’ai menti. Je n’ai jamais été ruinée, jamais.
Patrick. Mais… cette décoration ? … ta tenue ? …
Catherine. Une mise en scène, pour te faire gober le morceau.
Patrick, soufflé par cette découverte. Oh… Et c’est toi qui me reprochais de mentir ? Qui me disais que la confiance est le ciment du couple et blablabla ? Eh ben, tu manques pas de culot ! Mais comment ? Comment as-tu pu avoir cette stupide idée de mensonge ? (Catherine regarde Vincent avec aigreur. Ce dernier fait mine de ne rien remarquer.)
Catherine. C’est Vincent.
Patrick, regardant Vincent de travers. Vincent ?
Vincent. Euh… une seconde Catherine, tu simplifies un peu les choses…
Catherine. C’est toi qui m’y as poussée.
Vincent. Moi ?
Catherine. Je ne voulais pas, mais tu m’as tarabustée pour fabriquer ce mensonge aberrant…
Patrick, à Vincent. Alors, c’est toi ? (Avançant sur Vincent, qui commence à prendre peur.) C’est toi qui as voulu que Catherine me mente…
Vincent, reculant. Comprends-nous, Patrick…
Patrick, marchant sur Vincent. Je comprends surtout que je vais te casser la gueule !
Vincent, tentant de se dérober. À l’aide ! On m’agresse !
Catherine, les séparant. —Ça suffit !
Vincent, à Patrick. Je tiens à Catherine et je m’inquiétais pour elle. Ce que tu lui disais ne collait pas avec ce que je percevais de toi. On se posait des questions…
Patrick. Vous n’avez pas eu l’idée de m’en parler ?
Vincent. Pour que tu nous mentes, encore ?
Patrick. Mentir ? Mais qui ment ici ?
Catherine. Assez, Patrick ! C’est toi qui mens !
Patrick, à Vincent. Tu es jaloux ! Alors tu t’es dit : tiens, voilà une bonne occasion d’éliminer un rival ! Pauvre minable…
Vincent. Patrick, je ne te permets pas de…
Catherine, à Patrick. Ne détourne pas l’attentions ur Vincent. C’est toi qui dois te remettre en question. Tu as été malhonnête avec moi…
Patrick. Malhonnête…
Catherine. Oui, malhonnête !
Patrick. C’est à cause de toi, tu hais la pauvreté !
Catherine. Moi ?
Patrick. Tu ne t’en rends même pas compte… Quand on croise un clochard, ce ne sont que des reproche ; quand la tenue de quelqu’un ne te plaît pas, même si visiblement la personne se trouve dans la nécessité, tu ne te prives pas de la critiquer ! Aujourd’hui, je suis caissier dans un snack… mais j’étais un bon élève. J’avais même intégré Sciences-Po, grâce à une bourse : mes parents étaient modestes. Je me souviendrai toute ma vie du premier jour. Un étudiant est venu me parler. « Tu es boursier ? » il m’a demandé. Ça devait se voir : mes vêtements, mes manières… Lui, il était de la haute, et ça se voyait. Il m’a dit : « Tu as pris la place de ma sœur. Elle aurait dû être là, mais la direction avait un quota de boursiers à caser. Tu as pris sa place ». Je ne suis jamais revenu à Sciences-Po. Mais je n’ai jamais oublié ces paroles, ni cette idée que, pour certaines personnes, les pauvres n’ont pas leur place ici-bas. Quand je t’ai rencontrée, j’ai su que tu étais celle que j’attendais : distinguée, fantasque, audacieuse… Je me suis senti comme… comme un ver de terre amoureux d’une étoile… Je ne voulais pas te perdre. Je t’ai tout de suite fait une place dans mon cœur. Et je voulais que tu me fasses une place dans le tien. Alors j’ai inventé tout ça. (Après un temps.) Quel con…
Vincent, à Patrick et à Catherine. Franchement, quand je vous vois… j’ai envie de bouillir. J’ai un bon conseil à vous donner. C’est très simple : maintenant, il faut que vous… (Catherine et Patrick lancent à Vincent un regard noir.) euh… enfin… si j’avais un bon conseil à vous donner, ce serait de… (Il s’arrête car Catherine et Patrick le regardent d’une manière encore plus hostile.)Bien, je n’ai pas de conseil à vous donner, mais il me semble que… (Catherine et Patrick se retiennent d’exploser.) Vous devriez… vous devriez… non, rien.
Un silence, durant lequel plus personne ne trouve quelque chose à dire. Patrick prend la carte de Glam Events et la déchire en plusieurs morceaux. Catherine, doucement, prend le sac de Patrick.
Patrick. Qu’est-ce que tu fais ?
Catherine. Je vais mettre tes affaires dans ma chambre. Euh… je veux dire… notre chambre. (À ce mot, le visage de Patrick s’éclaire.)
Catherine disparaît. Patrick et Vincent échangent un regard. Le téléphone de Vincent reçoit un appel.
Vincent. Allô ? Élise ? Quoi ? Un dîner tous les deux, demain soir ? (Catherine rentre et se rapproche de Patrick. Il la prend dans ses bras.) Oh tu sais, je crois pas que je pourrai me… (Voyant Catherine et Patrick dans les bras l’un de l’autre.) Oh puis si, tiens, finalement, avec plaisir ! À demain, alors, bises !
Catherine. Qui était-ce ?
Vincent. —Élise. Je dîne avec elle demain soir.
Catherine. Excellente nouvelle !
Vincent. C’est une fille intéressante ! Elle a quand même fait des études d’anpothro… d’anthopro-eno… d’anprotho-etho…
Patrick. D’anthropo-ethnologie ?
Vincent. C’est ça…
Catherine. À propos de dîner, tout ça m’a donné un petit creux ! Allons-y !
Vincent, sans comprendre. —Allons-y ?
Catherine. Allons-y tous les trois !
Vincent, regardant Patrick. —D’accord.
Patrick, regardant Vincent. D’accord.
Vincent. J’appelle le Royal Garden ?
Catherine. Ah non ! J’ai aucune envie d’avoir une ronde de pingouins autour de moi ! J’ai envie de quelque chose de plus simple, de plus convivial.
Patrick. Moi aussi, j’aime bien les petits restaus conviviaux, ça me rend plus détendu du gland. Euh… détendu du grand… du grand stress accumulé pendant la journée…
Catherine. Allons chez Momo !
Vincent. Hein ?
Patrick, à Catherine. Tu… tu veux aller chez Momo ?
Catherine. Ben quoi ? Ils sont bons, ses burgers, oui ou non ?
Patrick. Les meilleurs burgers de tout Bellevue : viande fraîche, bien grillée et frites maisons !
Catherine. Banco pour Momo !
Vincent. Mông ne t’a rien préparé pour ce soir ?
Catherine. Si, mais j’avoue que je commence à en avoir ma claque, de sa cuisine !
Patrick. Tu ne lui as rien dit ?
Catherine. Je n’ose pas. Quand elle me demande comment j’ai trouvé son dîner, j’avoue, je mens !
Vincent. Le mensonge… Mieux vaut la vérité.
Patrick. C’est vrai, au fond. Le mensonge, c’est un art d’équilibriste… et souvent, il faut bien le dire, on se casse la gueule !
Catherine. La vérité, agréable ou difficile à entendre, c’est plus reposant, finalement. Mentir aux autres ou se mentir à soi-même, c’est toujours se tromper. Heureusement, il y a les amis ! (Elle prend le bras de Vincent.) Et il y a les amours… (Elle prend le bras de Patrick.) S’ils vous aiment vraiment, ils apprécieront votre sincérité à son juste prix. Filons chez Momo ! On commencera par porter un toast.
Vincent. Un toast ?
Patrick. Un toast pour qui ?
Catherine. Un toast pour la vérité !
Tous trois éclatent de rire, se dirigent ensemble vers la porte, l’ouvrent et sortent.
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FIN DE
UN MENSONGE POUR LA VÉRITÉ
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