Comédie de rue pour 2 femmes
Et si vous retrouviez votre meilleure amie 20 ans après ?
Accordez-nous moins d’une heure de lecture et découvrez comment embarquer votre public dans une histoire surprenante et émouvante (même si vous avez zéro moyens).
On a 3 questions rapides à vous poser :
🆘 Est-ce que vous avez assez de tomber sans cesse sur des textes pour deux femmes qui sont juste une série de sketchs sans véritable histoire ?
🆘 Est-ce que vous n’en pouvez plus de ces comédies qui recherchent le rire à tout prix et négligent l’émotion ?
🆘 Est-ce que vous faites partie de ces personnes qui trouvent souvent que les comédies sont de simples divertissements sans thème véritable ?
Si vous avez répondu oui à au moins deux questions, alors lisez vite ce qui suit !
Voici l’argument de Collision : Josiane et Sibylle, deux amies de collège qui s’étaient perdues de vue, se croisent par hasard dans la rue. Un accident se déroulant sous leurs yeux change le cours de leurs vies.
En accédant au texte intégral de Collision, vous obtiendrez un fichier pdf de 65 pages pour un poids ultra-réduit de 438 ko. Le fichier est donc très facilement téléchargeable sur votre téléphone, votre ordinateur, votre tablette et imprimable à volonté. La mise en page vous permettra de noter sur le texte toutes les indications et notes de régie que vous jugerez utiles.
Avec Collision, vous découvrirez :
✅ une pièce qui enchaîne coups de théâtre sur coups de théâtre, tenant ainsi le public en haleine jusqu’au dénouement
✅ deux personnages aux problématiques fortes et équivalentes, intéressantes à jouer pour les deux interprètes
✅ une pièce qui aborde le sexisme en milieu professionnel et évoquera au public des problématiques actuelles
✅ deux personnages attachants, qui déclencheront la sympathie du public
✅ une pièce abordant le thème de l’amitié, et qui concernera ainsi l’ensemble des spectateurs et spectatrices
✅ une pièce ne nécessitant que très peu d’éléments scénographiques, donc très simple à monter et à tourner
Attention : cette pièce est fortement déconseillée aux personnes qui ont peur de devoir tenir la scène pendant plus d’une heure !
Téléchargez le texte de Collision.
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Questions fréquentes sur Collision
C’est une comédie ou un drame ?
Les deux, justement. Collision parle du hasard, de la mémoire et des cicatrices du temps — mais avec des éclats d’humour, parce que la vie ne se décide jamais sur un seul ton. On rit, on retient son souffle, on s’attache
Pourquoi le titre Collision ?
Parce que tout y est choc : choc entre deux destins, entre passé et présent, entre illusion et vérité. Rien n’est gratuit : chaque réplique est une onde de choc qui rapproche ou éloigne les deux héroïnes.
Est-ce que les deux rôles sont équilibrés ?
Oui, et c’est rare. Josiane et Sibylle portent la pièce ensemble : deux trajectoires parallèles, deux manières de survivre à leurs rêves d’hier. Les deux comédiennes ont chacune un vrai rôle à défendre.
Peut-on la jouer sans gros moyens ?
Tout à fait. Collision a été pensée pour les troupes qui misent sur le jeu plutôt que sur le décor. Une table, deux chaises, et c’est tout : le reste, c’est la tension entre les personnages qui le construit.
Ces dernières années, la pièce a été jouée plusieurs fois :
🎭 Les Franbertons, Indre-et-Loire, 2024
🎭 Le Galop’ Théâtre, Maine-et-Loire, 2024
🎭 La Compagnie d’Entrée d’Jeu, La Réunion, 2022
Tout d’abord, la création fut assurée par Compagnie Théâtre 9 de Martigues (Bouches du Rhône), en 2019.

Ensuite il y eut la Compagnie d’Entrée de Jeu, composée de Catherine Lataste et Muriel Herbaut, cette dernière assurant la mise en scène. Signe du succès : les deux artistes jouèrent la pièce pendant plus de deux ans. Le spectacle s’appuyait sur l’engagement émotionnel et physique des comédiennes.




Puis ce fut la compagnie professionnelle Le Galop Théâtre qui mit en scène le texte en 2022. L’interprétation était assurée par Bénédicte Humeau et Nena Tango, qui était aussi à la mise en scène. Le spectacle utilisait une véritable voiture et exploitait tous les espaces de cette dernière : l’intérieur, son voisinage, le coffre, la parole étant portée par des micros hf.


Extrait de Collision
Personnages
Sibylle.
Josiane.
Le décor
Un banc devant un croisement, en ville.
Sibylle entre. Elle est vêtue avec élégance mais sans chichis. Elle a une serviette à la main.
Sibylle, au téléphone. — C’est moi. J’ai vu que tu m’as appelée. Rappelle-moi. (Elle raccroche et pose sa serviette sur le banc. Elle fait un autre numéro.) Allô Henri ? (Un temps.) Oui, je sais ! (Un temps.) C’est Bakshi, il m’a tenu la jambe pendant des heures… (Un temps puis, énervée ) Eh ben commencez sans moi ! (Un temps, définitivement contrariée.) Oh ça va ! (Elle raccroche puis, à part ) Mais quelle bande de rats… (Elle s’assoit et se met à écrire un message.)
Josiane entre. Elle est vêtue sans recherche. Elle a plusieurs sacs d’achats à la main.
Josiane, au téléphone. — Comment ça, il pleure ? Passe-le moi ! (Un temps.) Allô, mon Fifou ? Tu pleures ? Oh mon chouchou !… Faut pas pleurer ! Maman rentre bientôt… (Un temps.) Et Papa aussi, oui… Allez ! Je te fais un gros bécot ! Tu me repasses ta sœur ? (Un temps.) Sois gentille avec lui. Faites-vous un bon chocolat chaud, je rentre. À tout à l’heure. (Josiane raccroche. Elle regarde Sibylle, toujours occupée à écrire. Son visage s’illumine. Elle veut l’aborder, mais elle hésite. Elle finit par se lancer.)Excusez-moi… (Sibylle relève la tête et regarde Josiane.) Bonjour…
Sibylle, croyant à une quêteuse. — J’ai pas de monnaie, désolée…
Josiane. — Attendez…
Sibylle. — N’insistez pas, j’ai rien sur moi.
Josiane. — Non, non… Ne vous méprenez pas… J’ai l’impression qu’on se connaît…
Sibylle, la regardant de haut en bas. — Ça m’étonnerait.
Josiane. — Mais si !… Vous étiez à Nelson Mandela ?
Sibylle, sans comprendre. — Pardon ?
Josiane. — Vous étiez élève au collège Nelson Mandela ?
Sibylle, troublée. — Euh… oui…
Josiane, souriant. — Et vous vous appelez Sibylle ?
Sibylle, déstabilisée. — Exact… (Dévisageant Josiane et pensant soudain la reconnaître ) Josiane ?
Josiane, avec un large sourire. — Oui !
Sibylle, souriant à son tour, désarçonnée. — Oh ! (Se levant ) Josiane ! (De plus en plus enthousiasmée ) Josiane, mais c’est… mais c’est… oh la vache !! (Redevenant instantanément calme et lui serrant la main ) Bonjour Josiane.
Josiane, quittant la main de Sibylle et la serrant dans ses bras. — Oh Sibou ! (Elle la libère mais l’étreint de nouveau.) Oh Sibou ! (Elle la libère de nouveau mais l’étreint une nouvelle fois.) Oh Sibou !
Sibylle, se dégageant gentiment. — Oui ! oui ! … C’est amusant de se rencontrer comme ça.
Josiane. — Tu n’as pas changé !
Sibylle. — Toi non plus.
Josiane, gênée. — Tu dis ça pour me faire plaisir…
Sibylle. — Pas du tout ! (Désignant le lieu ) Simplement, ici, dans ce contexte, jamais je n’aurais pensé te voir.
Josiane, détaillant la tenue de Sibylle. — Toujours aussi élégante.
Sibylle. — Oui oh ! Je sors de rendez-vous, alors… Mais ce n’est pas très confortable, à vrai dire… (Regardant Josiane ) Je préfèrerais largement être comme toi.
Josiane, désignant ce qu’elle porte. — Ça ? Ce n’est pas ce qu’il y a de plus… (Elle n’achève pas sa phrase.)
Sibylle. — Au moins, ce n’est pas un vêtement qui fatigue ! (Montrant ses chaussures à talons ) Parce que ça, dix heures par jour, ça fatigue ! Tu peux me croire ! …
Josiane. — Mets des talons plats.
Sibylle. — Va dire ça à mon boss.
Josiane. — Il te demande des hauts talons ?
Sibylle. — Pas clairement, mais on sent que les talons plats, c’est pas le genre de la maison. Enfin… Parlons d’autre chose… En ce moment, au boulot, c’est un peu… (Elle fait un geste évoquant une atmosphère tendue. Jetant un œil aux sacs de Josiane.) Dis-moi, tu as l’air d’avoir fait des folies. Moi aussi, de temps en temps, je m’offre un petit caprice. Tiens, il y a deux jours, j’ai craqué sur le dernier quatre-quatre de chez Porsche !
Josiane, gênée devant le potentiel montant de ce caprice. — Oui… c’est vrai qu’il a l’air pas mal…
Sibylle, revenant aux sacs de Josiane. — Et toi ? Tu as dévalisé quoi ? Prada ? Hermès ? Dior ?
Josiane, toujours gênée, posant ses sacs. — Non… là… C’est les prix cassés de chez Toto-Soldes.
Sibylle, un peu refroidie par cette information. — Toto-Sol… ? (Pour mettre Josiane à l’aise ) Oui… De temps en temps, ça dépanne…
Josiane, heureuse de cette remarque. — Oui, ça dépanne ! Ça dépanne bien…
Sibylle, montrant les sacs. — En tout cas, tu n’y es pas allée avec le dos de la cuillère.
Josiane. — C’est surtout que je voulais pas faire de jaloux. Au début, je voulais juste prendre un tee-shirt pour ma grande, mais je me suis dit que les autres allaient pleurnicher, alors…
Sibylle, comptant les sacs. — Tu as… tu as quatre enfants ?
Josiane, fière. — Oui.
Sibylle, estomaquée. — Eh bé… T’as pas chômé depuis qu’on s’est perdues de vue…
Josiane, malgré elle. — Ça fait vingt ans qu’on s’est perdues de vue…
Sibylle. — Tant que ça ?
Josiane. — Tu peux me faire confiance.
Sibylle. — En tout cas bravo. Je t’admire. Moi, quatre enfants, je ne pourrais pas…
Josiane. — Tu vis seule ? (Se ravisant ) Je suis indiscrète…
Sibylle. — Pas de ça entre nous ! (Elle rit mais redevient sérieuse en un éclair.) Oui, je vis seule. Oh, j’ai essayé plusieurs fois la vie commune. La première fois, c’était avec Patrick. Il bossait pour un grand groupe pharmaceutique. Je voulais absolument y entrer. Mais il s’est fait virer. Alors je l’ai quitté. Et puis il y a eu Charles, l’un des comptables de ma boîte.
Josiane. — Ta boîte ?
Sibylle. — « Aware consulting », conseil en ressources humaines.
Josiane. — Et avec Charles, ça n’a pas tenu ?
Sibylle. — Il était très âgé, alors, dès qu’il m’a fait rentrer chez « Aware », je l’ai lâché. De toute façon, il est parti en retraite rapidement. Après j’ai jeté mon dévolu sur Tom, mon n + 1. Il m’avait promis une promotion mais… comme il a changé d’avis, je l’ai laissé tomber. Depuis, je l’ai juré : jamais plus je ne vivrai avec un homme.
Josiane, sidérée par le récit de Sibylle. — Tu n’as peut-être pas trouvé la bonne personne… C’est parfois dur d’arriver à aimer quelqu’un pour lui-même…
Sibylle. — Moi j’y suis arrivée du premier coup. J’ai toujours aimé les hommes pour ce qu’ils sont : des carnets d’adresses ! (Elle rit, mais Josiane est choquée par cette considération. Sibylle devient soudain très calme.) Mais j’ai besoin d’indépendance.
Satisfaite, Sibylle se recoiffe tandis que Josiane regarde dans le vague. Le téléphone de Sibylle sonne.
Sibylle, après avoir regardé son téléphone. — Excuse-moi, ma mère… (Prenant l’appel ) Oui, maman. (Un temps.) Je te l’ai déjà dit : je ne peux pas venir. (Un temps.) C’est le boulot. (Un temps.) Désolée, mais tout le monde n’est pas à la retraite. Tu m’excuses, j’ai un appel sur une autre ligne. (Elle raccroche.) Sangsue ! (Josiane la regarde sans comprendre.) Depuis qu’elle a arrêté de travailler, m’a mère s’est mise à la peinture. Tu connais Picasso ?
Josiane, apeurée d’être entraînée sur un sujet qu’elle maîtrise mal. — Plus ou moins…
Sibylle. — Ben ma mère, c’est pique-assiette.
Josiane. — Hein ?
Sibylle. — Toujours fourrée chez moi ! À me demander ceci ou cela… J’en peux plus… Ce soir, c’est son vernissage. Elle expose ses premières toiles dans une galerie à trois rues d’ici. Je lui ai dit que je ne pouvais pas y aller. J’ai une réunion hyper-importante. Mais elle insiste ! (S’échauffant toute seule ) Quelle plaie ! Quelle plaie mais quelle plaie ! (Se calmant aussitôt )Enfin je veux dire : crotte, quoi.
Sibylle est contrariée. Josiane la regarde avec peine.
Josiane. — Et, elle est importante, ta réunion ?
Sibylle. — Hyper. Hyper importante. Ça concerne le développement international du cabinet. Il faut absolument que j’y sois, je te passe les détails… Tu sais, j’adore mon job. Les ressources humaines, c’est passionnant. Parfois, le monde du travail, c’est dur. Mais nous, les spécialistes des RH, on sait à quel point c’est important de rester humain. (Soudain, elle reçoit un appel. Ulcérée ) Encore ma mère ! Je vais la bloquer, cette espèce de sorcière ! Qu’elle aille brûler en enfer ! (Elle appuie rageusement sur un bouton. Puis, à Josiane, reprenant la conversation avec un grand calme ) Rester humain. On a tendance à l’oublier parfois.
Josiane, avec une ironie que ne perçoit pas Sibylle. — Oh oui… c’est vrai…
Sibylle. — C’est pour ça que j’adore mon job. Et puis, quand on travaille avec l’humain, on apprend à analyser la vie, les gens, bref on apprend à avoir une vraie distance critique sur les choses.
Josiane, sincèrement intéressée. — Ah oui ?
Sibylle. — Par exemple, ma mère, c’est quoi son problème ? (Prononçant avec application les termes anglais.) Depuis qu’elle est en retirement, elle n’a fait aucun skills assessment. Conclusion : elle se lance dans une impulsive behaviour, n’acquiert pas de new competencies et se fiche des good praticises. Tu me suis ?
Josiane, complètement perdue mais tentant de donner le change. — Euh… oui… enfin je veux dire, yes, yes, j’ai bien understand… completly…
Sibylle semble satisfaite de son analyse, tandis que Josiane cherche comment faire revenir la conversation sur un sujet moins ardu.
Josiane. — Et « Aware consulting », tu y es entrée tout de suite après l’École Supérieure de Commerce ?
Sibylle. — Oh non ! J’ai fait plusieurs postes d’assistante RH dans différentes boîtes… Après j’ai été recrutée chez Global Motors, où j’ai pris des responsabilités plus importantes. Mais chez « Aware consulting », je ne suis plus aux ordres d’actionnaires qui se servent de nous pour faire avaler des suppressions d’emplois auprès des salariés. Si tu veux, chez « Aware consulting », c’est le top du top du job search. On apporte de l’aide à celles et ceux qui veulent élaborer un career plan, découvrir de new job opportunities.
Josiane. — Je t’avais suivie jusqu’à Global Motors mais c’est là qu’on s’est… (Elle s’arrête car elle est gênée de le dire ) qu’on s’est vraiment… vraiment perdues de vue…
Sibylle, un peu gênée à son tour. — Oui, c’est vrai… (Un temps.) J’ai eu beaucoup de travail, tu sais…
Josiane, tentant de remettre à l’aise Sibylle. — Je sais, je sais…
Sibylle. — Déjà, à l’École Supérieure de Commerce, on nous mettait une grosse pression…
Josiane. — Et puis j’ai redoublé alors… moi je suis restée et toi tu es partie…
Sibylle. — Tu vois, je suis revenue !
Josiane. — Tu habites dans le coin ?
Sibylle. — Rue Grande. Un appartement terrasse. Il faudra que tu viennes. J’ai une vue imprenable. Et toi ? Après le collège ? Qu’est-ce que tu as fait ?
Josiane. —Bof, rien d’intéressant… je me suis mariée, j’ai eu des enfants et j’ai quitté mon boulot.
Sibylle. — Où habites-tu ?
Josiane. — « Les Arbres verts ». Un lotissement dans un petit village, à vingt minutes d’ici.
Sibylle. — Et ton mari, qui est-ce ?
Josiane. — Je t’avoue que je préfère ne pas en parler, parce qu’en ce moment, entre nous, c’est un peu… (Elle fait un geste indiquant un conflit.)
Sibylle. — Et tes enfants, quel âge ont-ils ?
Josiane. — Il y a d’abord Éric, le grand. (Montrant un sac ) Je lui ai pris les chaussures qu’il veut depuis des mois. Après il y a Lola. Pour elle, j’étais partie sur un tee-shirt et puis je lui ai achetée une robe. (Montrant un autre sac ) Sa première robe de jeune fille. Elle l’avait repérée pour son bal de fin d’année. Elle sera jolie comme tout avec ça. Ensuite, il y a Marcia, ma petite peste préférée. Elle, elle voulait des rollers, alors j’ai dit d’accord. (Elle a montré un autre sac.) Et puis il y a le petit dernier, Philippe. Je l’appelle « Fifou ». (Elle montre un autre sac ) Lui, je lui ai pris un jeu que je n’avais pas pu lui acheter pour son anniversaire.
Sibylle. — Et toi ?
Josiane. — Quoi, moi ?
Sibylle. — Tu ne t’es rien acheté ?
Josiane. — Euh… non… je n’y ai pas pensé…
Courte gêne durant laquelle elles ne se regardent plus. Puis le téléphone de Josiane sonne.
Josiane, regardant qui l’appelle et répondant. — Alors, ça va mieux ? Fifou ne pleure plus ? (Un temps.) Bon ! (Un temps.) Vas-y, dis-moi. (Un temps plus long.) Oh non, Lola ! Écoute, c’est le weekend, et le weekend on est en famille ! Oui, ben, Naomi, tu pourras la voir lundi. (Un autre temps.) Lola, j’ai dit non. C’est clair ? En ce moment, c’est important qu’on soit tous ensemble. Et puis je… Allô ? Allô ? (À Sibylle ) Elle m’a raccroché au nez, le petit chameau ! Elle veut toujours aller par monts-et-par-vaux !
Sibylle. — J’étais comme ça, à son âge…
Nouveau moment de gêne durant lequel elles n’échangent pas un regard.
Sibylle. — Donc, en ce moment, tu ne bosses pas ?
Josiane. — Avec quatre enfants à élever, c’est pas comme ça que je présenterais les choses !
Sibylle. — Enfin, je veux dire, en dehors de la maison, tu n’as pas de boulot ?
Josiane, gênée. — Non…
Sibylle. — Et ça te dirait de retravailler ?
Josiane. — Euh… oui…
Sibylle. — Je peux t’aider, si tu veux. Mon job, c’est quand même de trouver un job aux autres !
Josiane, prenant peur. — Ah ! euh… tu sais… je ne suis pas prête… mon CV n’est pas à jour…
Sibylle. — Ça tombe bien, ça fait partie de mes attributions ! Tu sais, en t’écoutant parler, je me disais que je pourrai développer pour toi un career advancement program personnalisé. J’imagine bien un awareness training couplé avec des challenging goals.
Josiane. — Je ne sais pas…
Sibylle. — Naturellement, tout sera gratuit. Ça me fait plaisir !
Josiane. — Écoute, je crois que tout ça, ça n’est vraiment pas pour…
Sibylle. — Allez Josy, accepte, s’il te plaît ! Tu te souviens, au collège, j’étais tellement timide ! Je n’osais jamais parler aux gens. Heureusement, toi, tu étais là. Toi, tu n’avais pas peur. Toi, tu me défendais toujours ! Laisse-moi te rendre la pareille.
Josiane. — Tu me l’as déjà rendue. Je n’étais pas la première de la classe, contrairement à toi. Le nombre de fois où tu m’as fait faire mes maths !
Sibylle. — C’était quoi, déjà… notre devise… attends… « Amies un jour… »
Sybille et Josiane, ensemble, complétant la devise. — « Amies toujours ! »
Sibylle, sortant un papier et un stylo, après avoir regardé l’heure. — Il faut vraiment que j’y aille… Mais je te laisse mon numéro…
Josiane, sortant à son tour un papier et un stylo. — Moi aussi, je te laisse mon numéro…
Sibylle. — Promets-moi d’appeler !
Josiane. — D’accord ! Si tu me promets de m’appeler !
Sibylle. — Très bien. Tu promets ?
Josiane. — Je promets.
Sibylle. — Parfait. Alors je promets.
Elles échangent leurs papiers.
Josiane. — Dans quelques temps, aux Arbres verts, on organise la fête des voisins. On boit des bières en mangeant des saucisses grillées au barbecue, c’est très sympa ! (Le visage de Sibylle se crispe.) Tu pourras venir !
Sibylle, souriante mais mentant malgré tout. — Pourquoi pas ?… (Faisant une proposition sincère ) De mon côté, j’ai programmé un buffet froid chez moi réunissant plusieurs cheffes d’entreprises, uniquement des femmes, pour promouvoir l’égalité des sexes au travail. Je t’inviterai. (Le visage de Josiane se rembrunit.) Ce sera l’occasion de te faire des relations.
Josiane, essayant de sourire et mentant à son tour. — Oui, bonne idée…
Sibylle, incertaine mais voulant y croire. — Alors, à bientôt ?
Josiane, n’y croyant plus. — À bientôt !
Elles s’éloignent l’une de l’autre. Sans être aperçue de l’autre, chacune déchire son morceau de papier. Alors, chacune se retourne en même temps et adresse un salut à l’autre. Puis, elles reprennent leur route. Soudain, alors que Josiane et Sibylle continuent à s’éloigner, on entend un bruit de voiture et un bruit de scooter suivi d’un fracas énorme d’avertisseurs sonores, de taule froissée et de vitres brisées. Chacune s’est arrêtée et a paru suivre la trajectoire des véhicules. Elles regardent maintenant un même point.
Josiane. — Oh ! (Se retournant.) Tu as vu ?
Sibylle, se retournant à son tour. — Oui. (Elle voit le papier déchiré de Josiane qui, de son côté, voit également de papier déchiré de Sibylle. Gênées, elles les rangent vite.) Eh ben… Ils se sont pas ratés, ces deux là !
Josiane, les yeux vers l’accident. — Tu crois qu’ils sont ?…
Sibylle, idem. — Je ne sais pas… Le choc a été violent…
Josiane. — Où est le conducteur du scooter ?
Sibylle. — Mais oui… Où est-il ?…
Josiane. — Il faut peut-être appeler… Prévenir…
Sibylle, montrant quelqu’un. — Pas la peine. Regarde, on s’en occupe…
Josiane. — Pourquoi le conducteur de la Mercédès ne sort pas ?
Sibylle. — Elle a été sacrément amochée… Peut-être que la portière ne s’ouvre pas…
Josiane. — Elle a peut-être été sacrément amochée, mais la Vespa, elle, elle est en bouillie !
Sibylle. — Oh oui. Je crains le pire…
Josiane. — Le pire pour ?
Sibylle. — Pour la Vespa ! Une Mercédès percute une Vespa. À ton avis, qui a l’avantage ?
Josiane. — La Mercédès, bien sûr !
On entend des sirènes.
Josiane, s’asseyant. — Ça y est ! Les secours arrivent.
Sibylle, s’asseyant à son tour. — Ils n’ont pas traîné !
Josiane, sortant un paquet de chips. —Tu en veux ? Le toubib m’a dit de freiner mais j’y arrive pas !
Sibylle, croquant quelques chips. — Moi pareil !
Josiane, idem. — J’en raffole de ces cochonneries !
Sibylle, mâchonnant, le regard vers l’accident. — C’est horrible…
Josiane, idem. — C’est vrai que c’est un beau carton… (S’adressant à quelqu’un ) Excusez-moi, madame, vous pouvez vous pousser ! Merci ! (À Sibylle ) Elle s’imagine qu’elle est transparente ? Les gens sont d’un égoïsme ! Mais au fait ? Et ta réunion ?
Sibylle, reprenant des chips. — Oh tant pis ! J’ai raté la série que je regarde tous les matins avant de partir, alors j’ai bien mérité une petite pause !
Josiane, reprenant aussi des chips. — Et moi je viens de passer deux heures à faire du shopping pour mes mômes, j’ai bien le droit de souffler un peu !
Sibylle, souriant. — Et puis comme ça, on peut souffler ensemble…
Josiane, souriant aussi. — C’est vrai… (Répondant à une question ) Comment madame ? Vous avez raté le début ? Ne vous inquiétez pas, ça vient juste de commencer ! (Un temps.) Eh bien… c’est très simple, la Mercédès et la Vespa sont arrivées… et bing ! Voilà !… (À Sibylle ) T’avais déjà assisté à un accident de la route, en direct, comme ça ?
Sibylle. — Non, jamais.
Josiane. — Moi non plus ! (Contente ) C’est mon premier ! Il faut que j’immortalise ça… (Elle sort son téléphone et se met dos à l’accident. Elle tente de prendre un selfie avec l’accident en arrière-plan.) Oh non !
Sibylle. — Quoi ?
Josiane. — Ma mémoire est pleine…
Sibylle. — Eh ben on va prendre le mien… (Sibylle et Josiane se mettent dos à l’accident. Sibylle met sa main sur l’épaule de Josiane.) Attends… j’ai pas la fumée qui sort du capot de la Mercédès… (Elles ajustent leur placement.) Ça y est !
Josiane. — Oui mais attention, maintenant t’as plus les rétroviseurs brisés de la Vespa ! (Elles changent encore légèrement de place.) Là ! Tu as tout !
Sibylle. — Et je nous ai aussi nous ! (Elle prend la photo.) Voilà ! (Elle montre la photo à Josiane.) On est bien, hein ?
Josiane. — Pas mal, pas mal…
Sibylle. — Je la partage ?
Josiane. — Bonne idée !
Sibylle, écrivant sur son téléphone. — « Retrouvailles avec mon amie d’enfance Josiane »… (Elle réfléchit sur la suite du commentaire, puis ) « le plus bel accident de la vie qui m’est arrivé ! » (Elle appuie sur un bouton.) Et voilà !
Josiane. — Bravo pour le jeu de mot sur accident.
Sibylle. — Ça m’est venu comme ça…
Josiane, les yeux vers l’accident. — Tu avais raison… Le conducteur de la Mercédès est bloqué. Ils essaient de le sortir mais ils n’y arrivent pas.
Sibylle, les yeux aussi vers l’accident. — Quant au conducteur de la Vespa, regarde… Il est coincé avec son engin sous une autre voiture !
Josiane. — Mais il bouge ?
Sibylle. — Oui, il bouge !
Josiane. — Pas de morts, c’est toujours ça…
Sibylle. — Pas de morts, peut-être, mais je parie qu’ils vont en garder des séquelles.
Josiane. — Tu crois ?
Sibylle. — Vue la violence du choc, ça ne m’étonnerait pas…
Josiane. — C’est drôle… Quand tu étais à l’École Supérieure de Commerce… j’étais allée chez une voyante… comme ça… pour rire… Je lui avais demandé si toi et moi, on se reverrait.
Sibylle. — Qu’est-ce qu’elle t’avait répondu ?
Josiane. — Elle m’avait dit qu’on se reverrait. Et que ce serait un jour très particulier.
Sibylle. — Elle t’avait quand même pas parlé de l’accident ?
Josiane. — Oh non. Mais moi, je ne comprenais pas ce que ça voulait dire, « un jour très particulier ». Alors, je lui ai posé la question. Et là, elle m’a dit : « Je vois quelque chose mais… Je ne suis pas sûre… Une tache… je crois… »
Sibylle. — Une tache ?
Josiane. — C’est ce qu’elle m’a dit. « Je vois une tache ou… quelque chose comme ça. Une tache qui disparaît ».
Sibylle, répétant. — Une tache qui disparaît ?
Josiane. — Oui.
Sibylle, après réflexion. — Tu as fait une lessive aujourd’hui ?
Josiane. — Non.
Sibylle. — Tu as fait le ménage ou nettoyé quelque chose ?
Josiane. — Non plus.
Sibylle, après un temps. — Bon bah… Elle a dû se planter !
Josiane. — Je pense ! D’autant qu’elle était très âgée et qu’elle n’y voyait plus grand-chose…
Sibylle. — De toute façon, ce genre de prédictions, je n’y crois pas !…
Josiane, parlant à la dame qui vient de l’interpeler. — Pardon madame ? Aider ?
Sibylle, parlant à la même dame. — Aller aider ?
Josiane, parlant à la dame. — Vous voulez qu’on aille aider ?
Sibylle, à Josiane. — Elle veut qu’on aille aider !
Josiane, à la dame. — Mais pourquoi vous voulez qu’on aille aider ?
Sibylle, à la dame. — Les pompiers sont là pour ça !
Josiane, idem. — La police est là pour ça !
Sibylle, idem. — Comment ? L’éthique ?
Josiane, idem. — Une question d’éthique ?
Sibylle, idem. — Oh je vous en prie !
Josiane, idem. — Non mais dites donc, vous ! Vous aidez peut-être ?
Sibylle, idem. — Quoi, vous avez quatre-vingts dix ans ?
Josiane, idem. — Comment ça, c’est plus de votre âge ?
Sibylle, idem. — Non, en tout cas, on ne bougera pas !
Josiane, idem. — Pourquoi ?
Sibylle et Josiane, ensemble. — Mais parce qu’on paie assez d’impôts pour ça !
Josiane, à Sibylle. — Les gens sont formidables !
Sibylle. — Elle a un petit Caniche blanc.
Josiane. — Et alors ?
Sibylle. — J’ai jamais aimé les dames avec un petit Caniche blanc. (Son regard est attiré ailleurs.) Oh Regarde !
Josiane. — Quoi ?
Sibylle. — Le type, là.
Josiane, regardant dans la direction indiquée par Sibylle, puis choquée. — Oh !
Sibylle. — Hein ? Il ne se gêne pas !
Josiane. — Il s’imagine qu’on ne le voit pas ?
Sibylle, s’adressant à quelqu’un. — Pardon monsieur ! (Un temps.) Oui, c’est à vous que je m’adresse ! Et je vous prie d’arrêter immédiatement ! (Un autre temps.) Et pas la peine de faire l’étonné ! Votre petit manège dure au moins depuis cinq minutes !
Josiane. — « Quoi ? » Il ose dire « Quoi » !
Sibylle. — Vous plongez votre regard dans le décolleté de cette jeune fille !
Josiane. — Bien entendu, c’est pas lui, il a rien fait !
Sibylle. — Vous devriez avoir honte !
Josiane et Sibylle, ensemble. — Espère de voyeur !
Sibylle. — Quand il s’agit de se rincer l’œil !…
Josiane. — De regarder là où il ne faut pas !…
Sibylle. — Les gens n’ont plus aucune dignité ! …
Josiane, souriant. — Tu as vu comment on l’a mouché ?
Sibylle, souriant aussi. — Il est parti vite fait bien fait…
Elles rient toutes deux à gorges déployées.
Sibylle. — Bon, allez… Faut vraiment que j’y aille…
Josiane. — Moi aussi…
Sibylle. — Tu sais, ça m’a fait vraiment plaisir de te revoir…
Josiane. — C’est la même chose pour moi !
Sibylle, repensant au numéro déchiré de Josiane. — Bien alors… tu m’appelles ?
Josiane, repensant au numéro déchiré de Sibylle. — Euh… oui, oui…
Sibylle. — Tu as mon numéro…
Josiane, gênée. — Ben oui… Mais… toi aussi tu as le mien…
Sibylle, gênée. — Évidemment !
Josiane, prenant ses sacs. — Bon… alors je vais prendre mon bus. (Soudain, son regard change.) Oh ! Regarde, ils ont réussi à ouvrir la portière de la Mercédès ! Ça y est, le conducteur sort !
Sibylle regarde elle aussi en direction de l’accident. Soudain, son visage se décompose.
Josiane, souriant, toujours le regard vers l’accident. — Dis donc, il est pas mal… (Un temps. Elle regarde Sibylle.) Il est pas mal, non ?
Sibylle, pas convaincue. — Moui… si on veut…
Josiane. — Je te trouve difficile… On voit qu’il a de la classe…
Sibylle, ayant un sourire mauvais. — Tu sais… les apparences sont parfois trompeuses… (Son regard change soudain.) Oh ! Ils sont en train de sortir le conducteur de la Vespa de sous la voiture d’à côté… Et ils remettent le scooter debout, aussi. Aïe ! Pour ce qui est du bonhomme, ça n’a pas l’air simple… Ah ! Le voilà ! Il se redresse… Il a l’air indemne…
Le visage de Josiane change alors de couleur.
Josiane. — Oui… on dirait qu’il n’a rien…
Sibylle. — Tant mieux !
Josiane, retenant une crispation qui perce sur son visage. — Tant mieux… tant mieux… Faut le dire vite…
***
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