Monsieur de Barbe-Bleue



Que feriez-vous si votre voisin le plus redouté vous proposait une alliance ?

Accordez-nous moins d’une heure de lecture et découvrez une réinvention captivante et mordante du célèbre conte de Barbe-Bleue (même si vous n’aimez pas les contes de fée).

Avant de vous en dire plus, on a 3 questions rapides à vous poser :

🆘 Vous en avez assez des adaptations trop gentillettes de contes de fée ?
🆘 Vous ne supportez plus les pièces coupées des questions actuelles ?
🆘 Vous fuyez les adaptations de contes qui ne vous offrent aucune surprise ?

Si vous avez répondu oui à au moins deux questions, alors lisez vite ce qui suit !

Voici le résumé de Monsieur de Barbe-Bleue :
Monsieur de Barbe-Bleue, riche seigneur au passé trouble, cherche une nouvelle épouse parmi les filles de sa voisine, Sylviane. Malgré sa réputation sinistre – six femmes ont déjà disparu à ses côtés – la promesse de richesse et de protection pousse l’une des filles, Ariane, à accepter. Mais les secrets de Barbe-Bleue et de sa maison ne tarderont pas à se dévoiler, et un affrontement entre la vérité et les apparences s’impose. Ce conte revisité, mêlant dialogues percutants et satire sociale, propose un voyage fascinant dans les zones d’ombre de la psyché humaine.

En accédant au texte intégral de Monsieur de Barbe-Bleue, vous obtiendrez un fichier PDF de 41 pages pour un poids ultra-réduit de 360 Ko, téléchargeable sur votre ordinateur, votre tablette, votre téléphone, et imprimable sur n’importe quel support. La mise en page vous permettra de noter sur le texte toutes les indications et notes de régie que vous jugerez utiles.

Avec Monsieur de Barbe-Bleue, vous découvrirez :

✅ Une réinterprétation audacieuse du conte classique : un texte qui renouvelle avec finesse et profondeur un récit intemporel et qui ainsi surprendra votre public

✅ Une distribution flexible (8 à 10 acteurs ou plus) vous apportant une certaine souplesse dans la production

✅ Une intrigue universelle : des thèmes tels que le pouvoir, la peur, et le courage, qui toucheront toutes les générations.

✅ Des registres variés, du comique à l’effroi, qui feront éprouver au public des émotions variées

✅ Une fin haletante et inattendue : un dénouement nouveau qui maintient le public en haleine jusqu’à la dernière réplique.

Ces dernières années, la pièce a notamment été jouée par le café-théâtre de l’ENSCM, Hérault, en mai 2023.

Intéressé(e) ? Téléchargez gratuitement le texte intégral de Monsieur de Barbe-Bleue et laissez votre public redécouvrir un mythe classique sous un jour nouveau et captivant.

Attention : cette pièce est fortement déconseillée aux compagnies qui croient que les contes sont réservés aux enfants.



Monsieur de Barbe-Bleue est, vous l’aviez deviné, une réécriture. Nous relisions les contes de Perrault et ceux des frères Grimm lorsque nous sommes tombés en arrêt sur celui de « La barbe bleue ». Il nous a paru fascinant en cela qu’il met en scène la naissance du sentiment de culpabilité : l’interdiction. Interdire quelque chose à quelqu’un sous-tend un double postulat : cette personne a désiré un objet et ce désir doit être réprimé. C’est un désir à bannir. Cette situation culpabilisante, dans laquelle se place tout discours d’interdiction, fait écho à une tradition de la flagellation, physique ou morale, présente dans certaines pratiques qui se parent d’un masque de religiosité. Toute religion, en effet, quels que soient son substrat culturel, sa territorialisation, sa langue privilégiée, ses symboles, peut se faire instrumentaliser par un petit nombre cachant une volonté de toute-puissance sous les apprêts d’une rigueur morale. Ce phénomène, qui a connu ces derniers temps une importante recrudescence, s’est couplé avec le retour en force d’une misogynie volontiers théorisée et défendue par quelques-uns comme la condition à laquelle pourrait être restauré un ordre mondial équilibré.

Plutôt donc que de présenter ce conte comme un « récit éternel » reposant sur une pseudo universalité, disons franchement qu’il paraît coller à notre époque où un certain patriarcat donne de la voix, textes sacrés à l’appui. Cette proximité avec l’une des plus agressives maladies du siècle répond à la grande simplicité du conte, dont on sait qu’il puise ses racines dans différents faits-divers mis au jour par plusieurs érudits. Les éléments de merveilleux sont en effet réduits et l’on pourrait presque prendre connaissance de cette histoire en allumant la télévision calée sur une chaine info.

Nous n’avons pas cherché à « théâtraliser » le conte. Au contraire : nous avons développé la voix du récit. Elle nous a semblé d’autant plus importante dans ce conte-là, puisqu’elle renvoie à l’absence du père. Nous n’avons pas non plus cherché à « moderniser » ou à adapter l’univers de référence à nous-ne-savons-quelle-actualité. Au contraire : nous nous sommes glissés, autant que faire ce pouvait, dans le style classique de Perrault, prêtant une grande importance au rythme de la phrase, sans ignorer pourtant le temps de l’écriture, le nôtre. Parfois, pour le simple plaisir de la copie, nous n’avons pas hésité à reprendre mots pour mots certains passages de l’écrivain. Les connaisseurs les reconnaîtront sans peine. 

Nous espérons seulement avoir respecté le trait essentiel du conte : proposer dans une seule histoire plusieurs histoires qui diffèrent en fonction de l’âge, de l’attente et de la sensibilité du lecteur/spectateur.

Texte intégral de Monsieur de Barbe-Bleue à lire ou à imprimer

Personnages

La Voix qui raconte

M. Zambaud.

Mme Zambaud, sa femme.

La Télévision Royale.

Sylviane.

Ariane, sa fille aînée.

Annesa fille cadette.

Cléanteson fils aîné.

Doranteson fils cadet.

M. de Barbe-Bleue

Lieux

Chez M. et Mme Zambaud – Chez Sylviane – La Maison de campagne de M. de Barbe-Bleue – La Maison de ville de M. de Barbe-Bleue

La Voix qui raconte. Bonsoir et bienvenue. Installez-vous confortablement. Préparez-vous à entendre une aventure extraordinaire.

Je vais vous raconter une très vieille histoire. L’histoire de Monsieur de Barbe-Bleue. Elle s’est passée il y a bien longtemps, dans ce pays qu’on appelait jadis le Royaume de France. 

Il était une fois un homme très redouté. Monsieur de Barbe-Bleue. Cette appellation, bien sûr, n’était qu’une invention. Son nom de naissance ? Perdu dans un registre de baptême dévoré par le feu. Son père ? Un riche négociant. L’homme s’était uni en grand secret avec une de ses femmes de chambre. Avant de mourir, elle lui donna un fils.

Ce fut un petit garçon charmant. Il faisait la joie de son père et de sa compagnie, tant il était joli.

Mais il grandit. 

Vers l’âge de quatorze ans, sur son visage au teint de pêche commencèrent à surgir quelques poils disgracieux. Des poils épais, longs et d’un bleu profond. Il essaya de les raser, quelquefois. Peine perdue : ils repoussaient immédiatement, plus épais, plus longs et plus bleus. 

Le même bleu s’étendait sur l’océan qui engloutit peu après le galion de son père, lors d’un voyage en haute mer. Le jeune garçon hérita de toute sa fortune. Il devint richissime. Maisons nombreuses, à la ville et à la campagne. Pierres précieuses enfermées dans des cassettes et écus d’or gardés dans de robustes coffres-forts, dissimulés au fond des caves. 

Malgré ces atouts il n’avait pas d’ami. Sa figure, que le temps avait recouverte d’une authentique fourrure bleue, répugnait aux gentilshommes comme aux femmes de qualité. On le pensait mi félin, mi loup. Personne ne le conviait, ni aux bals, ni dans les salons, et ses invitations n’étaient honorées par personne. 

« Monsieur de Barbe-Bleue ». Tel était le surnom qu’on se plaisait à lui donner. Or, ce qui devait arriver arriva : un jour, insolence de quelques garçons de ferme, il l’entendit. « Monsieur de Barbe-Bleue ». Ce nom résonna à ses oreilles. Le jeune homme en conçut un vif chagrin. Mais bientôt, sa peine s’effaça, dévorée par la haine. Il courut par les forêts, haletant, et trempa sa colère dans le sang des bêtes sauvages. Revenu chez lui au soleil déclinant, il prit une décision. On l’appelait ainsi ? C’est ainsi qu’il serait : Monsieur de Barbe-Bleue. Il manda des sculpteurs, des peintres, des tapissiers et marbriers, des chaudronniers et des orfèvres ; aux grilles de tous ses parcs, aux frontons de toutes ses maisons, sur le tissu de tous ses étendards, aux creux de toutes ses assiettes, il fit effacer le nom de son père et le fit recouvrir de celui qui allait devenir sien : Monsieur de Barbe-Bleue

Désireux de parachever son œuvre, il se rendit à la paroisse et fit brûler les livres attestant sa naissance. C’est là qu’il rencontra un jeune séminariste. Le moine lui parla, lui à qui on n’avait plus parlé depuis tant d’années ; le moine l’écouta, lui qu’on n’avait plus écouté depuis tant d’années. Ils devinrent amis. 

Grâce au moine, Monsieur de Barbe-Bleue s’interrogea. Qui avait érigé ces monts, rempli ces étangs et creusé ces vallées ? Le moine lui révéla l’existence du Grand Architecte. Nul ne l’avait jamais vu, mais le moine croyait de la plus fervente des croyances que le monde, savante horlogerie, ne devait rien au hasard et avait été créé par un Être unique, le Grand Architecte, qu’il convenait par conséquent d’adorer. 

Monsieur de Barbe-Bleue demanda : « Est-ce le Grand Architecte qui a recouvert mon visage d’une fourrure bleue ? » 

– Sans doute, repartit le moine, lui seul le peut. 

– Mais vous m’avez appris que le Grand Architecte était bon ; pourquoi voudrait-il me faire du mal ? reprit Monsieur de Barbe-Bleue

– Le moine ajouta : « Lorsque les hommes et les femmes ferment les yeux pour toujours, leurs corps peuvent bien pourrir, leur esprits rejoignent celui du Grand Architecte, s’ils n’ont pas cessé de croire en lui ni de bien se conduire ; là, avec lui, ils sont heureux pour l’éternité. »

Le dimanche, Monsieur de Barbe-Bleue aimait à écouter l’histoire d’Adam et Ève, qui étaient le premier homme et la première femme sur la Terre. Le jeune seigneur s’en étonnait souvent. Pourquoi le Grand Architecte avait-il placé l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal juste à côté d’eux, s’il leur défendait justement d’en manger les fruits ? C’était, pour ainsi dire, pousser Adam et Ève à enfreindre ses propres commandements. À cela, le moine opposait : « L’Homme aurait-il du mérite à être bon, s’il n’avait pas la connaissance de ce qui est bien et mal ? »

Monsieur de Barbe-Bleue reprit les activités de commerce initiées par son père et leur donna grande envergure. Il importait dans le Royaume les meilleurs produits de l’étranger et, malgré son aspect repoussant, devint un fournisseur officiel du Palais Royal. 

Un jour arriva où Monsieur de Barbe-Bleue demanda au Moine comment il pouvait au mieux contenter le Grand Architecte. Le moine lui répondit qu’il devait prendre une épouse et lui rester fidèle. Cette fidélité était pour le Grand Architecte un cadeau très précieux. Le Moine ajouta que la Femme, toutefois, possédait des pouvoirs que l’Homme ne devait pas négliger. Tout d’abord, elle seule pouvait donner la vie. De surcroît, par ses regards, par sa parole, par ses caresses, par ses baisers, elle pouvait également faire sortir l’Homme de lui-même et le transformer en démon. Or les démons étaient justement combattus par le Grand Architecte, qui faisait tout pour les exterminer. Monsieur de Barbe-Bleue devait donc s’employer à chercher la Femme la plus honnête qu’il pût jamais trouver, une femme sans tache, une femme si pure qu’aucun défaut jamais ne pût la ternir.

Monsieur de Barbe-Bleue était pourtant inquiet : « Est-il possible, murmurait-il, qu’un mari ayant cru choisir une femme honnête découvre par la suite qu’elle ne l’est pas ?

– Hélas, cela arrive parfois, soupira le moine.

– Que faire en ce cas ? » questionna Monsieur de Barbe-Bleue. 

Le moine prit alors sa voix la plus douce, la plus onctueuse et répondit : « La châtier. Avec force. » 

Ces désagréments, nonobstant, ne devaient pas empêcher Monsieur de Barbe-Bleue de prendre femme.

Ce qu’il fit. À six reprises. 

***

M. et Mme Zambaud.

M. Zambaudune canette à la main. Dépêche-toi Mimine, ça commence ! 

Mme Zambaudarrivant avec une canette et un plat.  T’avais oublié les boulettes.

M. Zambaudactionnant une télécommande. Chut !

La Télévision Royale. Madame, mademoiselle, mon damoiseau, monsieur, bonsoir. Fait-divers. Le sort s’acharne sur Monsieur de Barbe-Bleue. En effet, le patron de Blue Import a déclaré ce matin que sa sixième épouse avait disparu.

Mme Zambaud.  Et le gnouf, pour lui, jamais ?

La Télévision Royale. Le procureur du Roi vient d’ouvrir une enquête pour enlèvement. 

M. Zambaud. Qu’est-ce que tu racontes ?

La Télévision Royale. Les familles des cinq précédentes épouses Barbe-Bleue, elles aussi disparues et à ce jour jamais retrouvées ont demandé audience au Roi. 

Mme Zambaud.  C’est lui qui les a zigouillées. Toutes.

M. Zambaud. Passe-moi une boulette. 

La Télévision Royale. Notre bien-aimé monarque a envoyé ses condoléances à M. de Barbe-Bleue et a publié un communiqué exprimant sa tristesse.

M. Zambaud, mangeant.  Ces deux-là, ils sont copains comme cochons ! 

Mme Zambaud, mangeant elle aussi.  Comment qu’on peut être copain avec Tronche de poils ?

M. Zambaud, mangeant.  Et son coton ? Et ses épices ? Et son cacao ? C’est qui qui lui ramène tout ça, au Roi ? T’inquiète que Crin-Bleu il ira jamais en tôle. (Un temps.) Elles ont un drôle de goût tes boulettes. 

***

La Voix qui raconte. Comme le Roi l’avait fait pour les cinq disparitions précédentes, il ordonna au Lieutenant-général de police de mettre ses meilleurs hommes à la disposition de Monsieur de Barbe-Bleue, afin que les recherches, cette fois-ci, aboutissent. 

Ce fut peine perdue. Monsieur de Barbe-Bleue montra un grand chagrin. 

Une année passa. 

***

M. et Mme Zambaud.

Mme Zambaudmangeant des boulettes. Toujours rien du Palais ?

M. Zambaudmangeant aussi des boulettes. Que dalle. 

Mme Zambaudidem. Deux semaines que tu leur as écrit. Ils s’en fichent.

M. Zambaudidem. Au contraire. Ils sont éblouis. Tu penses que quelqu’un, avant moi, leur a proposé un produit aussi innovant ? « L’éponge Boit-Sans-Soif. Absorbe quatre pintes de liquide dans seulement un litron de matière. » 

Mme Zambaudidem. Pourquoi que ça intéresserait le Roi ? T’imagines peut-être qu’au Palais c’est lui qui passe la serpillière ?

M. Zambaudidem. Tais-toi, femme. Et les bourreaux ? Ça les amuse de frotter le pavé pendant des jours quand ils ont coupé la tête à un coquin ? Avec mon éponge, ça serait fait en un tournemain. 

Mme Zambaudidem. C’est l’heure !

M. Zambaudactionnant une télécommande. Tu vois, avec tes chicaneries… 

La Télévision Royale. Madame, mademoiselle, mon damoiseau, monsieur, bonsoir. En ouverture de cette gazette télévisée, nous avons le plaisir de vous parler d’un des fournisseurs officiels du Palais Royal : Monsieur de Barbe-Bleue.

Mme Zambaud. Nom de bleu qu’il est laid.

M. Zambaud. File-moi une boulette. 

La Télévision Royale. Souvenez-vous : voici un an, la sixième épouse de Monsieur de Barbe-Bleue disparaissait. Depuis elle n’a jamais été retrouvée et les recherches ont été abandonnées.

Mme Zambaud, mangeant une boulette. En voilà un qui mériterait de passer par la Veuve. 

M. Zambaudmangeant une boulette. Si lui, avec sa tronche de singe, il peut devenir fournisseur attitré du Roi, alors tous les espoirs sont permis. 

La Télévision royale. Mais aujourd’hui, c’est officiel : Monsieur de Barbe-Bleue a décidé de ne pas renoncer au bonheur. Il est reparti à la recherche de celle qui partagera sa vie. Les candidatures sont ouvertes. 

M. Zambaud. Envoie ton CV Mimine, t’as peut-être ta chance. 

Mme Zambaud, mangeant une boulette. Faudrait me payer bien cher pour que je… Brrr… Mais qui peut en avoir envie ? 

M. Zambaudarrêtant de manger. Tes boulettes, faut bien le dire, depuis quelques temps, elles puent. 

***

La Voix qui raconte. Monsieur de Barbe-Bleue se mit donc en quête d’une nouvelle épouse. Elle serait la septième. Aussi surprenant que cela puisse paraître, les prétendantes se bousculaient. Certes il était repoussant et quoique jamais condamné, il avait très mauvaise réputation. Cela n’avait pas empêché de nombreuses jeunes filles de lui rendre visite, accompagnées de leurs parents, prompts à vanter les mérites de leur progéniture. La richesse de monsieur, surtout, les attirait. De son côté, Monsieur de Barbe-Bleue était résolu : cette fois-ci, il trouverait la perle rare ; une femme honnête, pure, sans tache ; le Grand Architecte lui en saurait gré. Pourtant aucune ne trouva grâce à ses yeux ; celle-ci était trop façonnière, celle-là manquait de modestie, cette autre encore fut convaincue de mensonge et on lui donna congé sur le champ, ainsi qu’à ses parents. 

Un matin, alors qu’il revenait dans sa maison de ville après une nuit à chasser, Monsieur de Barbe-Bleue avisa la demeure qui se trouvait en face de chez lui. Sa voisine y vivait en veuve, avec quatre enfants dont deux filles. Ces jeunes femmes lui avaient toujours paru respectables et devaient à présent être en âge de chercher un mari. La mère était d’une grande probité qu’elle leur devait avoir transmise. Sa décision fut prise, il leur rendrait visite. 

***

Sylviane, Ariane, Anne, Cléante et Dorante.

Ariane. Si bon de vous voir tous deux ensemble.

Sylvianeembrassant Cléante. Que le Grand Architecte vous garde, mes enfants. 

Cléante. Merci, mère. 

Sylvianeembrassant Dorante. Qu’il soit fier de vous, même au combat. 

Dorante. Soyez-en assurée. 

Arianeembrassant Cléante. Servez fidèlement notre souverain.

Cléante. J’en ai fait le serment.

Arianeembrassant Dorante. Et vous, protégez-nous de nos ennemis.

Dorante. Nous veillerons jour et nuit sur le Royaume.

Anneembrassant Cléante. Revenez-nous vite. Nous sommes comme les cinq doigts de la main. 

Cléante. Même absents, nous ne serons jamais loin.

Anneembrassant Dorante. Et vous, écrivez, au moins. Que l’on sache où vos chevaux vous portent.  

Dorante. Si je trouve du papier et du temps, je vous le promets.

Cléante. De votre côté, mes sœurs, faites-nous aussi une promesse. 

Ariane. Accordé !

Dorante. Attendez, vous ne savez ce qu’il va dire. 

Cléante. Vous êtes en âge de vous marier. Notre mère y songe souvent. Aussi je vous en prie : considérez avec la plus grande attention les demandes qui vous seront faites. 

Ariane et Anne. Je vous en fais la promesse.

Tous se disent au revoir en répétant « adieu », « adieu », « adieu » plusieurs fois. Puis Cléante et Dorante sortent. 

Anne. Sans eux… pour combien de temps ?

Sylviane, avec du tissu, du fil et une aiguille. Assez pour me ronger les sangs. 

Ariane. Ma robe ? Ce n’est pas à vous de… 

Sylviane. Hélas ! Et à qui ? Nos domestiques ? Bien longtemps que nous avons dû… Je n’aime pas les accrocs. Les accrocs attirent les regards. Quand nous allons au marché, on nous observe. Mme de Bonvouloir ne nous salue plus. 

Ariane. Un jour, j’épouserai un prince et je vous couvrirai d’or. 

On frappe à la porte. 

Sylviane. Vous attendez quelqu’un ?

Anne. Non, personne.

Ariane. Qui peut-ce être ?

Anne va à la porte et se fige.

Anne. C’est… c’est… Monsieur… Monsieur de Barbe-Bleue…

Sylviane. Lui ?

Anne. Il est… il est… c’est… Horreur !

Sylviane. Je vous en prie. Maîtrisez-vous. 

Anne. Il a tué…

Sylviane. Taisez-vous. Vous êtes bien tendre à la rumeur. Disparues. Elles ont disparu. Et dire qu’il va nous voir ainsi, lui, un si grand seigneur… 

Elles se rajustent.

Sylviane. Allez ouvrir. 

Anne. Non.

Sylviane. Anne, je vous en conjure. 

Ariane. Laissez, mère, j’y vais.

Sylviane, à ses filles. Couvrez-vous.  

Ariane ouvre la porte. Monsieur de Barbe-Bleue paraît. Toutes trois font la révérence en disant : « Monsieur. »

M. de Barbe-Bleue. Madame, mesdemoiselles, je vous donne le bonjour. Il n’est guère convenable qu’un homme fasse ainsi intrusion dans une demeure féminine mais je ne resterai qu’un instant. Je réfléchissais… Nous sommes voisins et jamais… Avez-vous vu hier soir la gazette télévisée ?

Sylviane. Hélas, monsieur, nous n’avons pas la télévision.  

M. de Barbe-Bleue. Ah ? Je vous en ferai porter une.

Sylviane. Monsieur, nous ne pouvons pas accepter un tel…

M. de Barbe-Bleue. Je vous offense, madame ? 

Sylviane. Non, ce n’est pas ce que…

M. de Barbe-Bleue. En ce cas, madame, permettez-moi, très respectueusement, d’insister.

Sylviane. Nous vous sommes reconnaissantes, monsieur.

M. de Barbe-Bleue. Vous ne savez peut-être pas ?

Sylviane. Qu’y a-t-il à savoir ?

M. de Barbe-Bleue. La vie, jusqu’à présent, ne m’a guère donné de joie. Honorez-vous le Grand Architecte ?

Sylviane. Oui monsieur. C’est une tradition familiale. 

M. de Barbe-Bleue. Je l’aurais juré. Voici une année que mon épouse a… Mais ne parlons plus de cela. Le temps du deuil est clos. Je sais aimer et n’aspire qu’à une chose : épouser une femme honnête. On dit vos filles en âge de se marier. Est-il vrai ?

Sylviane. Oui monsieur. 

M. de Barbe-Bleue. Votre vertu, madame, est connue par la ville. 

Sylviane. Monsieur, vous nous flattez.

M. de Barbe-Bleue. Une vertu pareille à celle de feu votre mari. Quant à la réputation de vos filles, elle est excellente. 

Sylviane. J’y ai toujours veillé, monsieur.

M. de Barbe-Bleue. Aussi j’ai l’honneur de vous demander l’une de vos filles en mariage. 

Stupéfaction des trois femmes.

Sylviane, après un temps. Vous demandez… une de mes filles ?

M. de Barbe-Bleue. À votre choix, madame. 

Sylviane. Monsieur…

M. de Barbe-Bleue. Réfléchissez. Prenez votre temps. Veuillez m’excuser, je dois prendre congé. Madame, mesdemoiselles, jusqu’au revoir. 

Ariane ouvre la porte à Monsieur de Barbe-Bleue. Avant qu’il ne sorte, toutes trois font la révérence en disant : « Monsieur. » Ariane referme alors la porte.

***

M. et Mme Zambaud.

M. Zambaudmangeant des boulettes. Je l’ai vu, je te dis.  

Mme Zambaud, mangeant des boulettes. Qu’est-ce qu’il est venu bricoler chez elle ? 

M. Zambaudidem. Il cherche une femme.  

Mme Zambaud, idem. Il veut la marier ?

M. Zambaud. Pas elle. Une de ses filles.

Mme Zambaud. La pauvre ! Si j’étais mère, moi…

M. Zambaud. Justement, t’es pas mère. Et heureusement. 

Mme Zambaud. Qu’est-ce que t’as dit ?

M. Zambaud, pris d’un haut-le-cœur, disparaît précipitamment.

Mme Zambaud. Je me demande bien laquelle va passer à la casserole. 

***

Ariane et Anne.

Anne. C’est toi l’aînée, c’est à toi de l’épouser. 

Ariane. C’est toi la plus jeune, il te préfèrera. 

Anne. Tu n’as jamais eu de galant. Tous éconduits. Que t’importe de te marier avec lui ?

Ariane. Tes galants à toi sont nombreux. C’est le signe de ton prix. 

Anne. Tu ne te fardes jamais, et n’aimes pas les robes de bal. Lui, qui ne jure que par la modestie…

Ariane. Tu sais l’art de te parer. Lui, ce très riche seigneur…

Anne. Il me dégoûte !

Ariane. Tu crois qu’il me plaît ?

Anne. Plutôt mourir.

Ariane. Du chantage ?

Anne. Du désespoir !

Ariane. Ne fais pas l’enfant !

Anne. Ne joue pas à la maman !

Ariane. Cœur de citrouille !

Anne. Poivrière de Sorbonne !

Sylviane, entrant. Assez ! Je ne vous ai pas laissé choisir pour que vous vous écharpiez ! Je pensais que vous pourriez… Puisqu’il en est ainsi, c’est moi qui choisirai. 

Ariane. Pas moi, mère !

Anne. Mère, songez à notre père. Croyez-vous qu’il aurait voulu qu’une de ses filles passât sa vie avec ce… ce…

Sylviane. Vous avez raison. En ce cas, il n’y a qu’une seule voie : dire à Monsieur de Barbe-Bleue que personne ici ne le veut. 

Ariane. Quelle honte pour lui…

Sylviane. Choisissez : soit vous acceptez et devenez sa femme ; soit vous refusez et je serai contrainte de lui infliger un affront. 

Anne. Pensez-vous que… ce… cet homme… on raconte tant de choses… Il se mettra en colère ?

On frappe à la porte. 

Ariane. C’est lui. 

Ariane va à la porte puis elle l’ouvre. Monsieur de Barbe-Bleue paraît. Toutes trois font la révérence en disant : « Monsieur. »

M. de Barbe-Bleue. Madame, mesdemoiselles, je vous donne le bonjour. C’est la deuxième fois qu’un homme seul, extérieur à votre famille, pénètre chez vous, mais ce sera la dernière. 

Sylviane. Nous avons bien reçu la Télévision royale et nous vous en remercions. 

M. de Barbe-Bleue. Si j’ai pu vous faire plaisir, j’en suis heureux. Voyons si de votre côté, vous saurez me contenter. Lors de ma précédente visite, je vous ai demandé l’une de vos filles en mariage. Je suis venu aujourd’hui entendre votre réponse. 

Sylviane. Monsieur, c’est avec un profond regret que je m’adresse à vous.

M. de Barbe-Bleue. N’en dites pas plus. J’ai compris. Quoi ?… Vous osez ?… Moi, un fournisseur officiel du Palais Royal, vous osez me fouetter d’un refus ? Hélas… qui pourrait vous blâmer ? Nous ne nous connaissons guère. Cette situation a son remède : je vous invite dans ma maison du Bas-Poitou, à votre date et avec ceux de vos amis que vous choisirez. Passons quelques jours ensemble. Vous pourrez profiter du parc étendu sur trois acres, d’un bassin, d’un jeu de paume, d’une piscine, d’un écran plat, d’un jacuzzi dernier cri et ainsi, nous ferons connaissance. C’est oui ? 

Sylviane. Monsieur, je ne sais si…

Ariane, sans être entendue de M. de Barbe-Bleue. Mère, le parc…

Anne, sans être entendue de M. de Barbe-Bleue. Mère, le jacuzzi…

Sylviane. Eh bien, monsieur, nous vous rendons grâce de cette invitation et nous l’acceptons volontiers. 

***

La Voix qui raconte. C’est ainsi que Sylviane prit la route de la maison poitevine de Monsieur de Barbe-Bleue, accompagnée d’Ariane et d’Anne, dont la peur avait fondu dans la douce chaleur émanant de toutes les merveilles promises par le riche seigneur. Comme il avait engagé la dame et les demoiselles à convier tous les amis qu’elles voulaient, elles avaient entraîné à leur suite jeunes filles et jeunes gens curieux, intrigués par la réputation de Monsieur de Barbe-Bleue. Les frères d’Ariane et Anne, Cléante et Dorante, avaient par bonheur obtenu une permission et s’étaient joints à la compagnie. Sylviane, plus par politesse que par affinité, n’avait pas omis d’inviter ses deux voisins, Monsieur et Madame Zambaud, qui voyaient en cette occasion le moyen de pousser leurs pions auprès du Roi par l’entremise de Monsieur de Barbe-Bleue, comme si la gloire du titre de fournisseur officiel du Palais Royal dût rejaillir sur eux au contact de l’habile négociant. 

La maison était fort agréable et le temps fut fort doux. On demeura huit jours entiers. Cléante et Dorante faisaient bande à part : ils se méfiaient de l’hôte. Il leur était désagréable de penser qu’il courtisait leurs sœurs. Pendant ce temps ce n’étaient que promenades, que parties de chasse et de pêche, que pétanque et beach-volley, tournois de crawl ou de tarots, que danses et festins, que D.J. très hypes et uber-rappeurs, techno et électro, que cocktails et karaokés, apéritifs et collations : enfin tout alla si bien qu’un soir, Ariane vint frapper au milieu de la nuit dans la chambre de sa mère. 

***

Ariane et Sylviane.

Ariane. Je vous réveille ?

Sylviane. Que se passe-t-il ?

Ariane. Votre séjour ?

Sylviane. Fort agréable. Surprise !

Ariane. Surprise, oui ! Il n’est pas si repoussant. 

Sylviane. Que voulez-vous dire ?

Ariane. Vous nous avez appris, mère, à voir au-delà des apparences, non pas à voir mais à chercher, à chercher la vérité, celle du cœur. 

Sylviane. Ne me dites pas que…

Ariane. Depuis que père n’est plus là, nous n’avons fait faire aucune robe nouvelle. Anne et moi nous en passons, mais il n’est pas digne qu’une dame de votre rang ne soit pas…

Sylviane. Que m’importent les robes ! Cela ne doit pas…

Ariane. Mes frères sont engagés, l’un dans les dragons, l’autre dans les mousquetaires. Comment graviront-ils les marches quand chaque galon s’achète ?

Sylviane. Non ma fille, non… je ne supporterai pas, et ton père non plus n’aurait pas accepté…

Ariane. Je l’épouse ; à vous les parures, les toilettes et les réceptions ; l’été à la campagne, dégustant des sorbets ; l’hiver en ville, buvant votre chocolat chaud. 

Sylviane. Et toi ? Tu seras sa femme ? Tu partageras avec lui le lit, le boire et le manger ? Tu enfanteras peut-être ?… mais… mais quelle descendance pourra sortir de… oh !… 

Ariane. Je l’épouse ; cessez vos inquiétudes. On a fait bien des procès à Monsieur de Barbe-Bleue ; beaucoup sont faux. Il sait être charmant ; aucune de ses épouses ne lui donna d’enfant ; on le dit âgé ; et les voyages en mer, qu’il fait régulièrement, ne sont pas sans danger. 

Sylviane. Ce sont là, selon toi, de belles raisons pour se marier ? 

Ariane. Je l’épouse, il peut changer nos vies.

Sylviane. As-tu pensé à toi ?

Ariane. J’ai pensé aux jardins, j’ai pensé aux châteaux, j’ai pensé à la cour, j’ai pensé aux rôtis, j’ai pensé à mes rentes, j’ai pensé à nos plaies, pensé à les panser ; je n’ai point balancé, je l’épouse.

Sylviane l’étreint.

***

M et Mme Zambaud.

M. Zambaud, mangeant de la salade. Dépêche Mimine, c’est maintenant !

La Télévision Royale. Madame, mademoiselle, mon damoiseau, monsieur, bonsoir. Carnet  mondain : hier, pour la septième fois, Monsieur de Barbe-Bleue a convolé en justes noces. Après la cérémonie, la fête se déroula dans la demeure poitevine du seigneur. Notre souverain fit aux époux l’honneur de leur envoyer sa bénédiction. Le mariage commence donc sous les meilleurs auspices. 

M. Zambaud. Il parlera de mon éponge au Roi, il a promis. 

Mme Zambaud, mangeant des boulettes. T’as fini par lui en dire un mot ? J’ai cru que tu y arriverais jamais. Tu tremblais comme une puce. 

M. Zambaud. Il a une de ses gueules ! Comment qu’elle a pu faire pour… Si j’avais pu être une petite souris et me glisser dans la chambre nuptiale…  Eh ! Dis donc, t’as remarqué, ses frangins, à elle ? Ils peuvent pas le blairer ! 

La Télévision Royale. Les festivités se prolongèrent jusqu’au matin et les invités passèrent un moment inoubliable. 

Mme Zambaud, mangeant des boulettes. Tu vois ! J’aurais pas dû mettre cette jupe : elle me boudine !

M. Zambaud. Le problème c’est pas la jupe. 

Mme Zambaud. Qu’est-ce que t’as dit ?

M. Zambaud. Faut qu’t’arrêtes, faut vraiment qu’t’arrêtes. J’en peux plus de tes boulettes. 

***

La Voix qui raconte. Après leurs noces, Monsieur et Madame de Barbe-Bleue vinrent habiter dans la maison de ville que possédait monsieur. Madame vit alors apparaître un homme que jamais elle n’avait vu : le moine. Son époux le présenta comme son directeur de conscience. Il le suivait en tout et sur tout lui donnait des conseils.

Insensiblement, Monsieur de Barbe-Bleue changea ; il devint distant ; sa femme, il ne la regardait plus : il l’observait, il la scrutait, l’examinait comme s’il avait à tout moment jugé ses actes et ses paroles. Quant aux faveurs qu’Ariane avait imaginées, aux largesses dont elle s’était prévalue auprès de sa mère, elles semblaient avoir disparu pour laisser place à une vie frugale et sévère.

***

Ariane et Monsieur de Barbe-Bleue.

Ariane. Je vais au marché faire quelques emplettes.

M. de Barbe-Bleue. Nous sortirons tantôt, maintenant j’ai à faire. 

Ariane. Je comptais y aller seule.

M. de Barbe-Bleue. Une femme honnête ne va pas seule de par la ville.

Ariane. Pourtant il faut du sel et quérir quelque viande.

M. de Barbe-Bleue. Avez-vous des écus, des liards ou bien des louis ?

Ariane. Justement je voulais demander si…

M. de Barbe-Bleue. Une femme honnête ne réclame pas d’argent à son époux. 

Ariane. Puis-je visiter ma sœur et mère ?

M. de Barbe-Bleue. Une femme honnête doit se mettre dans la tête qu’un époux qui la prend ne la prend que pour lui. (L’observant .) Vous vous êtes fardée ? (Elle ne répond pas.) Une femme honnête doit bien considérer que le soin de sa beauté ne touche que son époux. Qu’importe si les autres viennent à la trouver laide. À propos, encore un mot : ne cherchez plus vos livres, romans ou bien théâtre. Une femme honnête se doit de comprendre que l’époux seul choisit ce qui se lit chez lui.

***

La Voix qui raconte. Les jours passèrent. Ariane dépérit, perdit du poids, devint pâle et austère. Ni sa sœur ni sa mère ni ses frères ne la voyaient plus guère. Un matin, Monsieur de Barbe-Bleue descendit dans le vestibule en grand équipage, suivi de caisses et de malles. Le moine se tenait derrière son épaule. 

M. de Barbe-Bleue. Madame, je suis obligé de faire un voyage à l’étranger, de six semaines au moins, pour une affaire de conséquence. Vous m’avez semblé, ces derniers temps, chagrine. Aussi je vous prie de vous bien divertir durant mon absence. Faites venir vos amis, je vous y autorise. Menez-les à la campagne, si vous voulez, et partout faites bonne chère. (Un trousseau à la main .) Voilà les clefs des deux grands garde-meubles, voilà celles de mes coffres-forts où est mon or et mon argent, celles des cassettes où sont mes pierreries, et voilà le passe-partout de tous les appartements. Pour cette petite clef-ci, c’est la clef de la chambre au bout de la grande galerie de l’appartement bas : ouvrez tout, allez partout ; mais, pour cette chambre, je vous défends d’y entrer, et je vous le défends de telle sorte que, s’il vous arrive de l’ouvrir, il n’y a rien que vous ne deviez attendre de ma colère. 

Ariane. Monsieur, je vous promets d’observer tout ce que vous m’avez ordonné. Faites bon voyage. 

M. de Barbe-Bleue. Que le Grand Architecte vous garde. (Baise main.) Jusqu’au revoir, ma femme.

La Voix qui raconte. Dès que le carrosse de Monsieur de Barbe-Bleue fut parti, Ariane se précipita chez sa mère, tomba dans ses bras, dans ceux de sa sœur Anne et leur annonça la bonne nouvelle : son mari s’absentant un mois et demi, elle les invitait dans la maison de campagne. Sa mère lui révéla que ses deux frères avaient obtenu une permission et qu’ils seraient là le lendemain. Ariane  fit immédiatement envoyer un message leur indiquant de les rejoindre en Bas-Poitou. Les deux sœurs convièrent de nombreux amis, qui ne se firent pas prier. La curiosité les pressait de voir toutes les richesses de la maison, ce qu’ils n’avaient osé faire auparavant, tant la barbe bleue de leur hôte leur faisait peur. M. et Mme Zambaud n’en étaient pas : la politesse n’était plus de saison.

Ariane, en vérité, ne pensait qu’à une chose, une seule : la chambre interdite. Plusieurs fois, elle était passée devant cette pièce fermée. Que cachait-elle ? Elle y avait rêvé, avait imaginé, s’en était détachée, craignant de fantasmer. Maintenant elle savait que derrière cette porte se tenait un secret. 

À peine les amis des deux sœurs furent-ils dans la maison que voilà aussitôt ces jeunes gens à parcourir les corridors, les cabinets, les suites parentales, les salles de sport, les dressings, tous plus beaux et plus riches les uns que les autres. Ils montèrent ensuite aux garde-meubles, où ils ne pouvaient assez admirer le nombre et la beauté des tapisseries, des lits, des sofas, des home cinémas, des guéridons, des équipements hi-fi, des tables et des miroirs où l’on se voyait depuis les pieds jusqu’à la tête, et dont les bordures, les unes de glace, les autres d’argent et de vermeil doré, étaient les plus belles et les plus magnifiques qu’on eût jamais vues. Les jeunes gens ne cessaient d’exagérer et d’envier le bonheur d’Ariane, qui, cependant, ne se divertissait point à voir toutes ces richesses, à cause de l’impatience qu’elle avait d’aller ouvrir la chambre de l’appartement bas.

Elle fut si pressée de sa curiosité, que, sans considérer qu’il était malhonnête de quitter sa compagnie, elle y descendit par un petit escalier dérobé, et avec tant de précipitation qu’elle pensa se rompre le cou deux ou trois fois. Personne ne s’aperçut de son absence : on était occupé à explorer le cellier de l’hôte, riche en alcools exotiques. 

Soudain, Ariane arriva devant la porte de la chambre interdite. Elle s’y arrêta un moment. Ses tempes battaient et des papillons dansaient devant ses yeux. Elle songea à la défense que son mari lui avait faite, et considérait qu’il pourrait lui arriver malheur d’avoir été désobéissante. Mais la tentation était si forte, qu’elle ne put la surmonter : elle prit donc la petite clef, et ouvrit en tremblant la porte de la chambre.

D’abord elle ne vit rien, parce que les fenêtres étaient fermées. Tout était noir. Elle avança à tâtons dans l’obscurité. Après quelques moments, elle commença à voir que le plancher était tout couvert de sang caillé, mais également humide, visqueux. Dans le reflet de ce sang se miraient les corps de plusieurs femmes mortes et attachées le long des murs : c’étaient toutes les femmes que Monsieur de Barbe-Bleue avait épousées, et qu’il avait égorgées l’une après l’autre. Ariane les reconnaissait : elle avait vu leurs visages dans les journaux. Pourtant chacun de ces visages était déformé par un rictus de douleur. Ariane pensa mourir de peur, et la clef de la chambre qu’elle venait de retirer de la serrure, lui tomba de la main et vint finir sa chute dans le sang répandu sur le plancher. Aucune odeur putride ne flottait dans les airs, au contraire. Ariane essayait de trouver quel était ce parfum quand elle sentit que quelqu’un, tapi dans l’ombre, avait fait un mouvement. Pétrifiée, elle cria : « Qui est là ? » Personne ne répondit. Pourtant les tapisseries de la chambre se mirent à faire un bruit très doux, comme si des mains les caressaient. Les murs semblaient mouvants. On eût dit que la chambre obscure respirait en silence. Alors Ariane, dont les yeux s’étaient maintenant habitués aux ténèbres, vit avec stupeur que les mortes bougeaient. Elles pendaient toutes la corde autour du cou, celui-ci entaillé d’un grand sourire malade, ayant vomi sans frein un flot de sang séché. Leurs robes et leur bas, étaient rouge foncé, et pourtant elles bougeaient, ajustaient leurs liens, étiraient bien leurs jambes et leurs corps engourdis. C’est alors qu’Ariane entendit, incrédule : « Qui es-tu, jeune enfant ? » Suffoquée, elle ne savait que répondre. Elle voulait hurler mais ne le pouvait pas. Cependant elle devait se rendre à l’évidence : cette question venait d’une hôtesse de la chambre. Se tournant vers l’endroit d’où venait cette parole, elle vit la plus vieille des figures sanglantes la regarder droit dans les yeux et répéter, si douce : « Qui es-tu, jeune enfant ? » Ariane recula. Une autre lui lança : « Est-ce toi, la nouvelle ? » Une autre reprit : « Est-ce toi ? Est-ce toi ? » Peu à peu, en écho, les mortes chuchotaient, les phrases jaillissaient, la chambre se gorgeait d’un bourdonnement sourd, se remplissait de souffles formant un tourbillon. « L’aimes-tu bien, au moins ? » disait l’une. « Lui as-tu fait un fils ? » disait l’autre. Le visage d’Ariane se tordait de terreur. Elle voulut sortir, mais les mortes, comprenant son intention, se mirent à crier, lui barrant le chemin : « Ne t’en vas pas, attends ! » « Donne-nous des nouvelles ! » « Commerce-t-il encore ? » « Ses affaires sont-elles bonnes ? » Ariane se boucha les oreilles, ramassa la clef, ferma la porte à double tour, et monta dans ses appartements pour se remettre un peu. Mais elle n’en pouvait venir à bout, tant elle était émue. Elle se mit à pleurer et ne voulait pas croire à ce qu’elle avait vu. Elle entendait la musique que ses invités avaient mise, ainsi que leurs rires et le tintement des verres. La fête battait son plein. 

Peu à peu, elle recouvra ses esprits. Alors elle s’aperçut que la clef de la chambre de l’appartement bas était tachée de sang. Elle prit un linge propre, se disant qu’elle le brûlerait ensuite et essuya soigneusement la clef, enlevant tout le sang qui s’y trouvait. Mais le sang réapparut. Elle essuya de nouveau la clef. Le sang réapparut. Elle répéta l’opération trois, quatre fois. À chaque fois, le sang réapparut. Ariane descendit dans les caves, frotta la clef avec du sablon, puis du grès. Rien n’y fit, le sang réapparut. La clef était fée et rien ne semblait devoir effacer le sang qui y était. Quand on l’enlevait, il réapparaissait.

La musique s’arrêta brusquement. Ariane, dissimulant la clef, remonta vite. Elle n’en crut pas ses yeux : Monsieur de Barbe-Bleue était là. Les invités, gênés par sa présence, vinrent tous, les uns après les autres, dire au revoir à Ariane, sous des prétextes divers. « Je ne vous chasse pas ? » disait Monsieur de Barbe-Bleue. « Non, non » répondaient-ils tous, effrayés. Quand Anne vint à son tour, Ariane lui chuchota : « Je cours un grand danger, reste, je t’en prie. » Anne dit un mot à l’oreille de sa mère, qui prit congé elle aussi. Ariane murmura à Anne : « Cache-toi sous les combles. » Devant le visage apeuré de sa sœur, elle ajouta, dans un soupir : « Ah ! Reste cette nuit sinon je vais mourir. Je t’appellerai. » Anne, mortifiée, fit semblant de partir, mais par l’escalier dérobé, elle gagna les combles où elle se tint postée. 

Monsieur de Barbe-Bleue, immobile, attendait. Le moine se tenait dans un coin, à l’écart. 

M. de Barbe-Bleue. Bonsoir ma femme. 

Ariane. Mon époux ! Que je suis aise de vous revoir ! (Elle lui saute au cou. Il est surpris.)

M. de Barbe-Bleue. Oui, euh… J’ai reçu des lettres, dans le chemin, qui m’ont appris que l’affaire pour laquelle j’étais parti vient d’être terminée à mon avantage. 

Ariane. Ainsi vous avez pu rompre plus tôt le chagrin où j’étais de vous savoir en voyage.

M. de Barbe-Bleue. Eh bien… vous me voyez heureux de votre joie. Allons nous coucher, ma femme, je vous prie.  

La Voix qui raconte. Ariane ne ferma pas l’œil de la nuit, la clef rouge cachée dans ses armoires. Monsieur de Barbe-Bleue reposait juste à côté d’elle. Les yeux clos, il respirait fort. Elle tournait et retournait la situation dans tous les sens : que faire ? 

Le lendemain, ils prirent le petit-déjeuner avec le moine. Après son chocolat matutinal, Monsieur de Barbe-Bleue dit à Ariane : 

Monsieur de Barbe-Bleue. À propos, ma femme, donnez-moi donc les clefs que je vous ai laissées. 

Ariane. Oui, monsieur. 

Ariane, tremblante, fouille et lui donne le trousseau de clefs. Monsieur de Barbe-Bleue l’examine.

Monsieur de Barbe-Bleue. D’où vient que la clef de la chambre de l’appartement bas n’est point avec les autres ?

Ariane, hésitant. Il faut que je l’aie laissée là-haut sur ma table. 

Monsieur de Barbe-Bleue. Ne manquez pas de me la donner tantôt.

La Voix qui raconte. Ariane recula plusieurs fois le moment de rendre la clef. Elle inventa pour cela des excuses variées. Cependant, après un temps, il fut impossible de remettre davantage. Monsieur de Barbe-Bleue se faisait plus pressant, accompagné de son moine le suivant comme une ombre.

Monsieur de Barbe-Bleue. Eh bien ?

Ariane lui donne sans mot dire la clef de la chambre de l’appartement bas. 

Monsieur de Barbe-Bleue, considérant la clef. Pourquoi y a-t-il du sang sur cette clef ? 

Ariane, terrifiée. Je… je n’en sais rien…

Monsieur de Barbe-BleueVous n’en savez rien ? Je le sais bien, moi. Vous avez voulu entrer dans la chambre interdite ! Eh bien, madame, vous y entrerez et irez prendre votre place auprès des dames que vous y avez vues ! 

Ariane, se jetant à ses pieds. Monsieur ! Non ! Je vous en prie. Oui, je l’avoue, je n’ai pas respecté vos recommandations, mais je vous en demande pardon !

Monsieur de Barbe-BleueAssez ! Vous aviez juré devant le Grand Architecte, d’être pure et le rester. Mais vous êtes la dissimulation, mais vous êtes le mensonge, mais vous êtes la désobéissance ! Il faut mourir, madame, et tout à l’heure !

ArianeTout à l’heure ?

Monsieur de Barbe-BleueImmédiatement !

ArianeS’il vous plaît… s’il vous plaît… attendez… puisqu’il faut mourir… accordez-moi de quitter ce monde avec mes plus beaux habits. 

Monsieur de Barbe-BleueJe vous donne un demi-quart d’heure, mais pas davantage. 

La Voix qui raconteAussitôt Ariane courut dans les combles de la maison. Elle y trouva sa sœur.

ArianeAnne, ma sœur Anne, monte, je te prie, sur le haut de la tour pour voir si nos frères ne viennent point. Tu sais qu’ils nous doivent rejoindre aujourd’hui. Si tu les vois, fais-leur signe de se hâter.

La Voix qui raconteAnne, ayant compris en un éclair ce qui se tramait, monta donc sur le haut de la tour et se mit à scruter l’horizon. 

ArianeAnne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

AnneJe ne vois que le soleil et l’herbe qui brillent !

Monsieur de Barbe-Bleue, à Ariane. Dépêchez-vous ! 

ArianeEncore un moment, s’il vous plaît, je mets ma chemise !

Monsieur de Barbe-Bleue, affutant une lame, chantonnant. Mon vieux couteau, mon vieil ami…

ArianeAnne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

AnneJe suis si éblouie, je n’y vois que du bleu !

Monsieur de Barbe-Bleue, à Ariane. Il est temps ! Arrivez ! 

ArianeUn instant, je vous prie, je mets mon bas de jupe !

Monsieur de Barbe-Bleue, affutant une lame, chantonnant. Tu m’as déjà six fois servi…

ArianeAnne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

AnneJe ne vois que l’azur qui fond sur moi, immense !

Monsieur de Barbe-Bleue, à Ariane. Dépêchez-vous ! 

ArianeAccordez-moi encore une minute, je mets mon manteau !

Monsieur de Barbe-Bleue, affutant une lame, chantonnant. Et aujourd’hui encore, tu vas donner la mort…

ArianeAnne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

AnneJe ne vois que des sentes abandonnées, des chemins vides et des routes désertes !

Monsieur de Barbe-Bleue, à Ariane. C’est fini ! Descendez !

ArianeRien qu’une seconde, par pitié, je mets mon corps de jupe !

Monsieur de Barbe-Bleue, affutant une lame, chantonnant. Et par son sang, purifié…

ArianeAnne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

AnneJe vois une grosse poussière qui vient de ce côté-ci… 

ArianeSont-ce nos frères ?

AnneNon… ce n’est qu’un troupeau de moutons. 

Monsieur de Barbe-Bleue, à Ariane. Ne voulez-vous pas descendre ? 

ArianeJ’ai presque achevé de m’habiller, je mets mes galants !

Monsieur de Barbe-Bleue, affutant une lame, chantonnant. Je monterai à ses côtés…

ArianeAnne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

AnneJe vois deux cavaliers au bout de l’allée, mais ils sont encore bien loin !… (Silence.) Loué soit le Grand Architecte ! Ce sont nos frères ! Je leur fais signe tant que je puis de se hâter !

Monsieur de Barbe-Bleue, hurlant. Ma femme !

Ariane, se jetant à ses pieds. Par charité, monsieur ! Par charité !

Monsieur de Barbe-BleueCela ne sert de rien, il faut mourir !

Il la saisit par les cheveux.

ArianeVous me blessez !

Il lève son grand coutelas en l’air.

ArianeUn moment ! Rien qu’un seul ! Pour me recueillir !

Monsieur de Barbe-BleueNon ! Non ! Recommandez-vous au Grand Architecte !

On frappe à la porte. 

Monsieur de Barbe-BleueQui frappe là où je suis en maître ?

On enfonce la porte : Cléante et Dorante entrent, épées à la main. 

CléantePosez votre arme !

DoranteComment osez-vous ?

Ils le maîtrisent.

CléanteJ’aurais pu le jurer !

DoranteLe Grand architecte vous jugera !

Il lève son épée et s’apprête à le frapper. 

ArianeDorante, arrêtez ! Laissez-le. Qu’il parte…

Dorante, à Monsieur de Barbe-Bleue. Vous êtes le plus grand scélérat que la Terre ait porté. Aujourd’hui, vous ne devez votre vie qu’à la grâce de ma sœur. Mais si je croise encore votre chemin, vous me rendrez raison de votre conduite. Avant de partir, donnez-moi donc vos clefs.

La Voix qui raconteMonsieur de Barbe-Bleue se leva sans un mot et quitta sa maison à pied par la grande porte. Alors qu’il remontait l’allée de son jardin, il fut rejoint par six femmes, rougies comme des bêtes que l’on avait saignées. Ce cortège étrange quitta le parc lentement et disparut dans la forêt. 

***

La Télévision royaleMadame, mademoiselle, mon damoiseau, monsieur, bonsoir. Fait-divers : Monsieur de Barbe-Bleue, dont les six précédentes épouses avaient disparu, vient de disparaître à son tour, comme l’a déclaré Madame Ariane de Barbe-Bleue, sa septième et dernière épouse en date, alors qu’un incendie, sans doute criminel, a ravagé l’une de ses maisons de campagne. Hasard ou bien, comme disent les Anglais, serial killer, une enquête a été ouverte. Un appel à témoin a été lancé pour retrouver l’un des plus précieux fournisseurs officiels de notre bien-aimé souverain. L’individu est de type caucasien, grand de presque une toise. Signe particulier : son visage est recouvert d’une épaisse barbe bleue.

M. et Mme Zambaud.

Mme Zambaud, mangeant des boulettes. Je te dis que c’est elle. Elle et ses frères. 

M. Zambaud, sautant à la corde. T’as repassé ma chemise ?

Mme Zambaud, idem. Mais oui ! Je te l’ai répété cent fois ! 

M. Zambaud, idem. Et mon panier d’éponges ?

Mme ZambaudRempli ! Tu pourras en offrir à tout le monde. « L’éponge Boit-Sans-Soif. Absorbe quatre pintes de liquide dans seulement un litron de matière. » T’es fier, hein ? Monsieur le fournisseur officiel du Palais Royal ? Viens-là que j’t’embrasse…

M. ZambaudJe préfèrerais pas…

Mme ZambaudBah quoi ?

M. ZambaudTon haleine.

***

La Voix qui raconteAprès le départ de Monsieur de Barbe-Bleue, Dorante et Cléante avaient pris toutes les richesses de la maison, puis ils avaient mis le feu à la propriété. Les deux frères, ainsi qu’Ariane et Anne, avaient longuement regardé la maison brûler, sans mot dire. L’enquête diligentée par le Lieutenant-général de police échoua. Il se trouva que Monsieur de Barbe-Bleue n’avait point d’héritiers et qu’ainsi Ariane demeura maîtresse de tous ses biens et de ses actions Blue Import. Elle en employa une partie à marier Anne avec un gentilhomme, une autre partie à acheter des charges de capitaines à Cléante et à Dorante, une autre partie à donner de l’argent et des domestiques à Sylviane, une autre partie à prendre des parts dans des fonds d’investissement très rémunérateurs, et le reste à se marier elle-même à un fort honnête homme, qui lui fit oublier le mauvais temps qu’elle avait passé avec Monsieur de Barbe-Bleue, dont on n’entendit plus jamais parler.

À ma surprise, j’ai croisé voici peu le moine qui assurait sa direction de conscience. Il s’est placé au service d’un garçon, l’un des plus beaux partis de la ville. Ce fils de famille cherche une épouse. Gageons que notre moine saura bien l’épauler car le jeune homme désire trouver une femme honnête, pure et sans tache.

Or peut-on s’attacher à plus noble entreprise ?

FIN 

DE 

MONSIEUR DE BARBE-BLEUE

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