Textes de théâtre gratuits

Parce que le théâtre est un jeu !

Temps de lecture : 6 min

Projet théâtral : nature, moyens et conditions

  1. Pourquoi faire du théâtre ?
  2. Les moyens humains à mobiliser
  3. Les conditions matérielles

Pourquoi faire du théâtre ?

1.    La nature du projet théâtral

Produire quelque chose qui mourra juste après sa naissance… Telle est la nature paradoxale de tout projet théâtral.

Par essence, le théâtre est un art éphémère, « un château construit sur du sable » disait Antoine Vitez, metteur en scène et Administrateur général de la Comédie-Française. Il reprenait alors une célèbre formule du non moins célèbre Louis Jouvet.

Vitez citant Jouvet : spectacle théâtral comparé à un château de sable.
revue Théâtre Public, n°854-855, juin-juillet 2000

Dès que le rideau tombe, tout est fini. Le spectacle n’existe plus à proprement parler. Il n’en reste que :

1/ des moyens (décors, costumes, accessoires,) qui en sont des traces

2/ des personnes, qui en sont des témoins

3/ des photos ou des vidéos, qui en sont des preuves

Alors, fait-on tout cela pour rien ? 

Non ! Parfois un accord se créé entre :

  • un texte, 
  • une compagnie 
  • et un public.

Alors cet instant se révèle magique et peut devenir un « éternel éphémère », selon la formule de Daniel Mesguish, metteur en scène et ancien directeur du Conservatoire National d’Art dramatique. 

Daniel Mesguish, l'éternel éphémère.

Bien que passé à la vitesse de l’éclair, le spectacle restera gravé dans notre mémoire.

J’ai, par exemple, un souvenir très précis des Éphémères du théâtre du Soleil, vu en 2006. Je me souviens aussi avec bonheur des Précieuses Ridicules, jouées par la Compagnie de Jérôme Deschamps, vues en 1997.

Vous aussi vous avez sûrement dans la tête des spectacles incroyables vus il y a longtemps, mais qui restent vivants encore aujourd’hui.

Je serai heureux que vous m’en parliez.

2.    Ce qui nous pousse à faire du théâtre

Au-delà, qu’est-ce qui nous pousse à nous lancer dans un projet théâtral ?

D’abord, le besoin d’accomplissement paraît essentiel. La pratique du théâtre permet de s’accomplir, de révéler une part de nous-même qui, sans cela, resterait inexprimée. 

La pratique théâtrale permet de créer une œuvre dans laquelle chaque élément a été répété, chaque temps a été pesé. La vie, au contraire, possède des longueurs, ou des instants d’extase qui passent hélas trop vite. Le théâtre, vu ainsi, est comme une compensation. 

Ensuite, l’aspect social de tout projet théâtral peut être évoqué. Intégrer la production d’un spectacle, c’est intégrer un groupe. 

On tisse des liens les un·e·s avec les autres et une communauté se crée. Elle a ses rites, ses mythes, ses lieux, ses expressions clés. Peut-être votre compagnie a-t-elle les siens ?

Enfin, il ne faut pas négliger le besoin d’estime, qui est une autre grande motivation du théâtre. L’estime de soi, d’abord (ne dit-on pas que les acteurs sont narcissiques ?), mais aussi l’estime des autres, que l’on peut admirer en raison de leur talent. 

Un·e chef·fe de projet théâtral avisé·e saura utiliser chacun de ces leviers pour soutenir la dynamique du projet, tout au long de sa mise en œuvre.

  1. Besoin d’accomplissement : rester à un haut niveau d’exigence pour que chacun·e se dépasse,
  2. Besoin d’appartenance : ménager des moments conviviaux en dehors du travail pur
  3. Besoin d’estime : exprimer sa satisfaction devant le travail accompli

Les moyens humains à mobiliser

1.    Les fonctions nécessaires

Un projet théâtral requiert des fonctions variées.

Les compagnies chevronnées les connaissent bien. En voici une liste non exhaustive.

✅ Chef·fe de projet : assure le suivi du projet

✅ Aut·eur·rice : écrit le texte du spectacle

✅ Metteur·e en scène : dirige le travail selon une vision de l’ensemble

✅ Scénographe : ·conçoit l’espace du spectacle

✅ Charpenti·er·ère, peintre, décorat·eur·rice : réalise l’espace du spectacle

✅ Accessoiriste : se procure ou construit les meubles et objets nécessaires au spectacle

✅ Costum·ier·ière : se procure ou réalise les costumes nécessaires au spectacle

✅ Éclairagiste : conçoit et assure la réalisation des lumières du spectacle

✅ Technicien·ne son : conçoit et met en œuvre la bande-son du spectacle

✅ Act·eur·rice : tient un ou plusieurs rôles

✅ Régisseur : coordonne les techniciens de scène en répétition et en représentation

✅ Chargé·e de communication : promeut le spectacle auprès de ses publics

✅ Chargé·e d’accueil du public : assure la caisse, le vestiaire, le placement du public. 

En voyant cette liste, on est frappé par l’étonnante diversité des tâches à accomplir pour qu’un spectacle soit sur pied.

Les grandes compagnies disposent de nombreuses personnes pour plusieurs de ces fonctions. 

Dans les compagnies plus légères, quelques personnes suffisent pour assurer l’ensemble de ces fonctions. Le maître-mot est alors la polyvalence.

2.    Les risques d’incompréhension

Par leurs natures très diverses, ces fonctions engendrent presque toujours des divergences de vue. 

  • Par exemple : l’auteur écrit une phrase.
  • Le·la metteur·e en scène en comprend une autre…
  • Et l’act·eur·rice en joue une troisième !

Je me souviens d’une relation pathologique entre une metteure en scène et un décorateur. La première faisait toujours une ébauche de décor. Cette esquisse était vigoureusement corrigée par le décorateur, qui la déclarait « impossible ». Il ne se privait pourtant pas de faire des ajouts de son cru, que la metteure en scène jugeait parfaitement inutiles…

Je suis sûr, d’ailleurs, que vous avez des tas d’anecdotes sur ce sujet. Je me disais qu’on pouvait se les partager, parce que non seulement elles sont souvent drôles, mais on peut parfois en tirer une petite leçon. 

Si ça vous dit, vous pouvez m’envoyer ça par mail et j’en ferai une synthèse.

3.    Une fonction clé : chef·fe de projet

Ce risque d’incompréhension implique une fonction clé : celle de chef·fe de projet, qui se confond traditionnellement avec celle de metteur·e en scène. 

Il·elle a une responsabilité importante dans la réussite du projet. Voici quelques-unes des compétences qu’il·elle doit mettre en œuvre :

  • fédérer
  • motiver
  • établir un calendrier à la fois rigoureux et souple
  • se faire comprendre avec diplomatie et fermeté tout au long de la production
  • partager sa vision
  • écouter les retours des participant·e·s

Mais cela n’est pas toujours simple… De mon côté, j’ai plusieurs fois tout envoyé valser !

Les conditions matérielles

Au-delà du vivant, les conditions matérielles influent beaucoup sur la conduite du projet.

1.   Les lieux

La situation d’une compagnie répétant et jouant dans un même espace reste exceptionnelle.

On peut penser à la Comédie-Française ou au Théâtre du Soleil. Mais même la Comédie-Française et le Théâtre du Soleil font des tournées ! Heureusement, d’ailleurs…

Un projet théâtral investit donc des lieux divers. Et cela est parfois source de déconvenues. 

Ainsi, en répétant dans un certain espace, on s’y habitue peu à peu. On ajuste ses déplacements et sa voix à cet espace particulier. Et puis, lorsqu’on joue dans une nouvelle salle, les changements peuvent être de taille : plus grande ouverture de scène, profondeur décuplée, place la plus éloigné·e à 20 m de distance, alors qu’en salle de répétition elle était à 3 m…

J’ai vu la durée de certains spectacles augmenter de dix minutes rien que parce que l’espace dans lequel ils étaient joués étaient plus grands qu’à l’ordinaire. 

Vous aussi, vous avez assisté à ces spectacles où l’on peine à entendre ce qui se dit sur scène ? Il s’agissait sans doute d’un problème d’adaptation au lieu. Pour s’assurer que ça n’arrive pas, il existe des exercices légers à faire avant un raccord, par exemple. 

Si ça vous intéresse, vous pouvez me les demander. 

2.    Le moment

Traditionnellement, la « saison » théâtrale commence en septembre et s’achève en juin.

Mais on parle là des représentations, pas des répétitions. Les festivals ont permis à juillet et à août de se remplir également de représentations. 

Côté amateurs, Yvon Taburet affirme que janvier-février-mars est la période la plus riche en représentations.

Yvon Taburet, saison du théâtre amateur.
Déclaration d’Yvon Tabouret dans Le Télégramme de Brest, 2008.

J’aurais tendance à être d’accord avec lui.

Est-ce que vous confirmez ? Vous pouvez m’en dire plus par mail.

Combien de temps durent les répétitions ? C’est très variable. 

Pour un spectacle de deux heures, les professionnels répètent au minimum un mois, lorsque la mise en scène est peu élaborée. Deux mois est une durée plus répandue. 

Mais on sait que les compagnies plus exigeantes sur le plan artistique peuvent mûrir un spectacle plusieurs années durant. Plus la durée de répétitions est longue, plus le groupe doit être soudé et partager les mêmes valeurs théâtrales. 

Une compagnie amateur peut difficilement mettre sur pied un spectacle en moins de 5 mois à raison de 2 répétitions par semaine.

Combien de temps durent les représentations ? C’est très variable aussi…

L’exemple de La Cantatrice Chauve et de La Leçon de Ionesco demeure inégalé. Ce que l’on appelle le « spectacle Ionesco » affiche des chiffres qui lui font décrocher le record du mondial de la longévité théâtrale.

Le spectacle Ionesco : record théâtral.

Dans le théâtre public, le Ministère de la Culture nous apprend en 2011 qu’un spectacle totalise environ 8 représentations par saison. Certaines compagnies amateurs font bien plus !

Financement du spectacle vivant, Rapport au Ministre de la Culture, 2012.

Je serais d’ailleurs très intéressé de savoir combien de fois vous jouez vos spectacles en moyenne. 

Ce grand écart souligne le fait que l’adhésion des spectateurs et spectatrices, qui reste la cause essentielle du nombre de représentations, demeure un processus mystérieux. Rien n’est plus imprévisible que l’attachement du public à tel ou tel spectacle. 

3.    Le budget

Le théâtre reste un art archaïque. C’est-à-dire que dans sa plus simple expression, il ne requiert aucune technologie. Une personne qui joue, une autre qui regarde, cela suffit pour que l’acte théâtral soit amorcé, disait Peter Brook dans L’Espace Vide.

Le budget d’une production théâtrale n’obéit donc à aucune norme établie. De quelques centaines d’euros pour de modestes productions amateurs à plusieurs centaines de milliers d’euros pour de grosses production professionnelles, chaque cas est unique.

Pour une production amateur avec décors élaborés (une douzaine d’éléments), une moyenne de 3000 euros de dépenses sera nécessaire.


Tout cela, ça fait beaucoup de choses à penser…

Aussi, en guise de cadeau, je partage avec vous mon rétro-planning, qui me permet de gérer au mieux mes projets théâtraux et toutes leurs composantes.

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