Textes de théâtre gratuits

Parce que le théâtre est un jeu !

Temps de lecture : 6 min

Thème : mettre en jeu L’ Avare de Molière.

  1. Pourquoi L’Avare correspond exactement à votre compagnie.
  2. Comment aborder le texte de Molière.
  3. Quatre exemples de parcours.

1. Pourquoi L’Avare correspond exactement à votre compagnie. 

Trouver un texte de théâtre

Vous êtes en train de chercher un texte à jouer ? Je connais tellement ce moment. La troupe est là, constituée, quasiment complète. Elle n’est pas forcément et physiquement autour de vous, mais vous vous sentez relié·e à elle, d’une façon ou d’une autre. 

Le rendez-vous de la première répétition a été pris : la date à laquelle toute la compagnie se retrouvera pour se lancer dans un nouveau projet. 

Dès lors, un compte à rebours fatal s’enclenche : quel texte sera porté aux comédien·ne·s ce jour-là ? Que lirez-vous ensemble, avant de vous lancer dans les répétitions ?

Les visages de l’équipe, ses voix, ses façons de parler, de marcher dansent dans votre esprit. Quel rôle donner à celle-ci, qui dégage tant de force dès qu’elle adresse son texte ? Et que proposer à celui-là, qui capte l’attention par sa seule présence ? Vous en avez lus, des textes. Mais quand on en lit trop, parfois, on s’embrouille… 

À moins qu’on ne prenne carrément la plume, comme votre serviteur, mais en ce cas-là, attention, préparez-vous à affronter un complot mondial dont l’unique objectif sera : vous empêcher d’écrire…

Choisir L’Avare de Molière

Ma proposition du jour est directe : prenez toutes ces pièces que vous avez lues et remisez-les ! Vos propres brouillons ? Idem ! La raison en est simple : la prochaine pièce que vous jouerez sera L’Avare de Molière.

Je vous sens soudainement dubitati·f·ve… Comment ? Sans même nous connaître, voici que d’un ton péremptoire il nous intime de tout bazarder contre L’Avare ? Par quel miracle peut-il être si sûr que cela va nous aller ?

Certes, je vous entends. Bien entendu, cette proposition, la mienne, celle d’inscrire L’Avare à votre répertoire, ne vous concerne que si vous êtes déjà sensibles aux textes classiques, ou si, ne les ayant pas encore travaillés, vous êtes désireu·x·ses de vous y coller. Nonobstant je vous annonce d’emblée que ma proposition vous conviendra, que vous ayez ou non de l’expérience. 

Pourquoi L’Avare ?

La première raison de cet intérêt est calendaire : 2022 est l’année Molière. En montant un texte du père de la comédie à la française, vous ajouterez votre pierre à l’hommage qui lui est cette année rendu. 

En outre, jouer L’Avare c’est vous donner l’opportunité d’interpréter un classique très accessible, plus que Le Misanthrope ou Le Tartuffe. La pièce possède d’ailleurs une réelle notoriété auprès du grand public, que l’on doit en partie à la version filmée avec Louis de Funès. 

Louis de Funès dans L'Avare
Louis de Funès dans L’Avare, Jean Girault, 1980.

Cela ne doit pourtant pas faire oublier que L’Avare demeure une œuvre très riche qui certes offre des moments de comédie de caractère, de farce, mais aussi de véritables moments de drame. Ainsi, autant la mise en scène de Jean Girault (avec de Funès) la tire vers le comique, autant la version de Jean-Paul Roussillon, par la Comédie-Française (1969), en délivre une version plus-que-noire, avec une Ludmilla Mickaël, un Francis Huster et une Isabelle Adjani tout en émotion.

Michel Aumont dans L'Avare
Michel Aumont et Francis Huster dans L’Avare mis en scène par Jean-Paul Roussillon, Comédie-Française, 1969.

Au-delà, aujourd’hui, des profits vertigineux brûlent chaque jour les rubriques économiques des médias. Or ces profits immodérés sont délétères car ils demeurent concentrés aux mains de quelques-uns. Aussi, ils sont aux sources d’une violence financière, sociale et symbolique porteuse d’exclusion et de mort. À ce compte-là, jouer L’Avare relève d’un engagement théâtral mais aussi d’un véritable engagement sociétal. 

2. Comment aborder le texte de Molière

Quelle édition choisir ?

Voici donc ce que je vous propose. D’abord, procurez-vous L’Avare de Molière. Des centaines d’éditions sont disponibles. Je vous conseille l’excellente édition de Jacques Chupeau dans la collection folio théâtre °3, chez Gallimard. Je vous explique en quoi cette édition est un formidable outil de travail.

  • Les versions du texte de L’Avare sont nombreuses. Chupeau en a fait la synthèse pour établir son texte et proposer une version tenant compte de la tradition. 
  • L’édition comporte une préface qui analyse la pièce dans ses moindres détails. 
  • Elle propose aussi une chronologie qui permet d’insérer la pièce dans son contexte historique ;
  • Elle contient aussi : a) une annexe détaillant les emprunts littéraires de Molière ;
  • b) l’analyse de quelques mises en scène. 
L'Avare, édition Jacques Chapeau, Gallimard
Mon édition Chupeau. Vous constaterez que je n’ai pas fait semblant de la lire…

Je vous signale également le Profil d’une œuvre écrit par Sylvie et Jacques Dauvin. On y trouve des éléments très intéressants, comme un tableau des tensions et des détentes dans la pièce, qui permet d’en comprendre le fil dramatique. 

L'Avare, profil d'une oeuvre, Sylvie et Jacques Dauvin
LLes tensions dans L’Avare, graphique présent dans L’Avare, Hatier, collection « Profil d’une oeuvre », Jacques et Sylvie Dauvin.

Doté·e de cette belle édition vous vous lancez dans la lecture. Oserai-je vous dire qu’il serait bon d’en faire une lecture théâtrale ? Autrement dit une lecture qui s’orientera vers la perspective de la scène. Les didascalies sont d’ailleurs nombreuses dans L’Avare. Elles décuplent les potentialités scéniques de l’œuvre. 

Le texte est un matériau

À ce point du processus, je sens (ne dites pas le contraire) que le doute vous gagne à nouveau. Vous avez suivi mes préceptes et vous avez fait l’acquisition de l’édition Chupeau. Mais voilà, lorsque vous ouvrez la page de la distribution, que voyez-vous ? 14 personnages ! Et en plus : beaucoup d’hommes pour peu de femmes. « Où vais-je trouver ça ? » implorez-vous in petto.

Pas de panique, je vais tout vous expliquer. 

L’Avare, en tant que pièce de théâtre, a été beaucoup critiquée. On a notamment accusé Molière de l’avoir vite écrit, en le construisant de bric et de broc. On cite en exemple le dénouement invraisemblable, sans comprendre, à mon humble avis, qu’il est d’une formidable ironie. Toujours est-il que L’Avare rassemble des éléments très hétérogènes. 

Ma proposition est donc de considérer ce texte non comme un ensemble clos devant lequel nous devrions nous prosterner tel un texte sacré. Qui a dit qu’il vous fallait monter L’Avare de A à Z ? Pour ma part, je l’ai fait deux fois. Cela demande une énergie énorme et la représentation dure deux heures et demie. 

Je vous propose au contraire de voir cette pièce comme un matériau que nous pouvons retravailler à loisir.

C’est d’ailleurs ainsi que Roger Planchon l’avait compris. Il mit en scène la pièce une première fois dans les années 1980 avec Michel Serrault dans le rôle titre. Planchon remodela alors totalement le texte. Certes, il ne supprima ni n’ajouta un mot à Molière. Mais l’ordre des scènes était très différent de l’édition originale. Par exemple, le spectacle s’ouvrait par la scène 5 de l’acte II : la thématique amoureuse était ainsi posée comme première. 

Roger Planchon et Michel Serrault lors du travail sur L'Avare
Roger Planchon et Michel Serrault, lors du travail sur L’Avare.

3. Quatre exemples de parcours

Il y a en fait, dans L’Avare de Molière, de nombreux Avares, que vous pourrez faire vivre selon la dramaturgie que vous aurez choisie. Je vous donne ci-après quatre exemples possibles, non limitatifs, de trois parcours dramaturgiques différents, à considérer comme des outils, des mécanos modifiables à discrétion. 

Parcours n°1

Titre : L’avarice en personne

Objectif dramaturgique : Montrer qu’Harpagon est une personnification de l’avarice.

Scènes concernées : I,3 ; III,1 (amputée des dialogues entre Harpagon, Élise, Cléante, La Merluche et Brindavoine) ; IV,7.

Nombre de rôles en jeu : 4

  • Harpagon (H)
  • La Flèche (H ou F)
  • Maître Jacques (H) que vous pourrez allègrement transformer en Dame Jacquotte (F)
  • Valère (H)

Durée approximative : 20 à 25 min.

Intérêt : Ce parcours montre comment l’avarice d’Harpagon le corrompt lui et son entourage, en particulier Valère, son intendant. Ce dernier, pour lui plaire, se fait plus avare que l’avare lui-même. 

Parcours n°2

Titre : Un vieillard amoureux

Objectif dramaturgique : axer la représentation sur le désir amoureux d’Harpagon.

Scènes concernées : II,5 ; III,5-6-7-9 (cette dernière scène peut éventuellement être amputée de Valère.)

Nombre de rôles en jeu : 6 à 7

  • Harpagon (H)
  • Frosine (F)
  • Élise (F)
  • Mariane (F)
  • Cléante (H)
  • (Valère (H))
  • La Merluche (H ou F)

Durée approximative : 20 à 25 min.

Intérêt : Ce parcours met en exergue un des fils de l’intrigue de L’Avare : la manière dont Harpagon souhaite s’unir à la jeune Mariane. La situation farcesque traditionnelle du Barbon amoureux y est pleinement exploitée.

Parcours n° 3

Titre : Quand père et fils deviennent rivaux

Objectif dramaturgique : Focaliser l’attention sur le conflit Harpagon-Cléante

Scènes concernées : I,2 ; I,4 ; II,1-2 ; III,5-6-7-9 (cette dernière scène peut éventuellement être amputée de Valère.) ; IV,3-4-5-6.

Nombre de rôles en jeu : 8

  • Cléante (H)
  • Élise (F)
  • Harpagon (H)
  • La Flèche (H)
  • Maître Simon (H) que vous pourrez allègrement transformer en Dame Simone (F)
  • Frosine (F)
  • Mariane (F)
  • Maître Jacques (H) que vous pourrez allègrement transformer en Dame Jacquotte (F)

Durée approximative : 60 min

Intérêt : Ce parcours met face à face Harpagon et Cléante, dans une lutte sans merci. Les scènes de confrontation, directe ou indirecte, s’enchaînent alors que la tension monte par degrés. 

Parcours n° 4

Titre : Enjeux de mots

Objectif dramaturgique : Montrer comment la langue de L’Avare se dérègle. 

Scènes concernées : I,1 ; I,2 ; I,5 ; II,1 ; IV,3-4-5 ; V,3.

Nombre de rôles en jeu : 8

  • Cléante (H)
  • Élise (F)
  • Harpagon (H)
  • La Flèche (H)
  • Maître Jacques (H) que vous pourrez allègrement transformer en Dame Jacquotte (F)
  • Valère (H)

Durée approximative : 45 min.

Intérêt : Ce parcours met en exergue des scènes remarquables par leur écriture et le jeu qu’elles entretiennent avec la langue :

  • I,1 et I,2 : style précieux et complexe
  • I,5 : un exemple fameux de comique de répétition
  • II,1 : expression détaillée et développée du vocabulaire de l’argent
  • V,3 : comment une méprise se maintient par tous les moyens. 

Conditions matérielles

Tous ces parcours peuvent se monter avec peu d’accessoires et, vous le voyez, un nombre raisonnable d’interprètes… 

En salle fermée, en domicile privé ou en extérieur, ils peuvent s’adapter à tous types d’espace. 

Et si on restait en contact ?

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