Préparer un spectacle de théâtre amateur en 6 mois : le carnet de bord des Baladins à paillettes (deuxième partie)

Valombreuse-en-Drômois, 2 mois avant le lever de rideau.
Dans la première partie de ce carnet de bord, on a posé les fondations : choix de la pièce, distribution des rôles, lancement des répétitions, début de la communication, budget et sponsors. Maintenant, place à la zone où tout devient concret : costumes, accessoires, décor, technique… puis la dernière ligne droite jusqu’au jour J.

Ce deuxième volet raconte les étapes finales pour préparer un spectacle de théâtre sans se faire déborder — avec un planning sur 6 mois qui reste réaliste pour une troupe amateur (et avec, évidemment, quelques catastrophes évitées de justesse).

À 2 mois – À la chasse aux accessoires et costumes

À deux mois du show, l’attention se porte sur tout ce qui va donner ses dimensions concrètes à la pièce : accessoires et costumes. La scénographie d’Adultère et Conséquences requiert une panoplie d’objets hétéroclites : une blouse de médecin, des ordonnances factices, un paravent de cabinet médical, sans oublier quelques objets saugrenus liés aux quiproquos de l’intrigue (on n’en dira pas trop pour ne pas spoiler, mais disons qu’il y a une histoire de somnifère révolutionnaire… ).

Nous dressons la liste complète et organisons une chasse aux trésors. Chaque membre de la troupe se voit confier une mission : fouiller les greniers de la famille, farfouiller dans les brocantes du dimanche, ou écumer les sites de petites annonces. C’est un véritable rallye, qui donne lieu à des trouvailles improbables. Un dimanche matin, trois d’entre nous partent à l’aube en vide-grenier avec le coffre de la voiture vide et l’espoir d’y dénicher le Graal : ce fameux paravent médical mentionné dans le texte. Ils reviennent triomphants non seulement avec un paravent vintage parfait, mais aussi avec… une vieille trousse de médecin, un téléphone à cadran (idéal pour la mise en scène d’un appel en 1995…), et même un lot de cotillons colorés identiques à ceux décrits dans la scène d’ouverture. On aurait dit que le destin avait semé sur leur route tout ce qu’il nous fallait.

Bien sûr, tout ne se trouve pas aussi facilement. Dernier accessoire manquant : un crucifix à accrocher au mur du cabinet, accessoire anodin mais qui prend tout son sens dans une scène où Marianeau veut afficher sa respectabilité. Impossible de mettre la main sur un crucifix ancien à temps… jusqu’à ce que, lors d’une ultime brocante, l’un de nos comédiens tombe sur un stand d’objets religieux. Comme dans la pièce, il s’écrie en nous appelant : « En arrivant, j’ai vu dans une brocante une belle promo sur un lot de crucifix ! ». Nous avons éclaté de rire en reconnaissant cette réplique, et évidemment nous avons acheté le fameux crucifix. La réalité finit par imiter la fiction…

Côté costumes, on fait feu de tout bois : le vieux costume trois-pièces du grand-père de Marianne fera un parfait habit pour le Dr Marianeau au petit matin, la robe un peu extravagante de Julie sera recyclée en tenue de scène pour Samantha, la maîtresse. Nos propres placards et quelques emprunts suffisent amplement – aucun besoin de louer des costumes hors de prix. Avec un peu de système D, on obtient un rendu très convaincant.

Au final, en un mois, tous les accessoires sont réunis et les costumes prêts. Lors de la répétition où nous testons tout ça, l’émotion nous gagne : voir la scène prendre vie avec le vrai décor et les accessoires en main, c’est magique. On se croirait déjà le soir de la première. Et surtout, on réalise que notre choix initial judicieux d’une pièce au décor simple (un cabinet médical et quelques meubles) était un vrai cadeau : pas besoin de construire un palais ou de déplacer des montagnes. La scénographie, épurée mais efficace, se met en place sans encombre sur la scène de la salle des fêtes.

À 1 mois – Réglages lumière et musique : la technique entre en scène

Le compte à rebours s’accélère. Plus qu’un mois avant le grand soir ! Il est temps de peaufiner l’aspect technique du spectacle, souvent l’ombre au tableau des compagnies amateurs : calage des lumières et de la musique. Heureusement, nous avons dans nos rangs un ingénieur son de profession (eh oui, les amateurs ont parfois des compétences cachées !) qui a proposé de gérer la régie lumière/son. Ouf.

Un samedi entier est consacré à la répétition technique, dite « filage technique ». C’est un peu la répétition de l’ombre : les comédiens enchaînent les scènes pendant que notre régisseur bénévole, perché en cabine, teste les niveaux d’éclairage, envoie la musique d’entrée de scène, règle les micros d’ambiance. Tout doit être minuté, synchrone avec notre jeu. Et bien sûr, Murphy étant toujours de la partie, quelques couacs surviennent : un projecteur refuse de s’allumer correctement (il clignote, plongeant un moment dramatique dans une ambiance de boîte de nuit – fou rire général !), puis c’est un fichier audio de sonnerie de téléphone qui ne se lance pas au bon moment.

Chaque raté est l’occasion d’ajuster et de répéter à nouveau. La patience est de mise. Après plusieurs passages, les enchaînements lumière-musique accompagnent bien sur nos actions. La scène où la pièce bascule dans une ambiance nocturne à l’occasion d’un figé collectif est parfaitement calée : en une seconde, le plateau s’assombrit pendant qu’un air de jazz mélancolique retentit – frisson garanti. On se surprend à applaudir notre régisseur après une transition particulièrement réussie, comme si c’était déjà le spectacle !

Cette étape technique nous rappelle combien un spectacle ne se limite pas au jeu des acteurs. C’est vraiment un travail d’équipe global : dans l’ombre, il y a aussi un show qui se joue. Le soir de la première, personne ne verra les efforts déployés pour que chaque lumière s’allume pile au bon moment, mais nous, en coulisses, on saura ce que cela a coûté en répétitions minutieuses. Et c’est aussi ça la fierté d’une troupe amateur qui monte sa comédie de A à Z.

À 1 mois – Construction et installation du décor

Parallèlement aux aspects techniques, nous finalisons la construction du décor. Certes, nous l’avons voulu simple, mais il faut tout de même assembler et peindre quelques éléments clés : par exemple, une cloison simulant un mur du cabinet médical avec une porte (ah, les fameuses portes de vaudeville à travers desquelles on entre et d’où l’on sort en coup de vent !), ainsi qu’un bureau et un divan que nous avons dénichés d’occasion et remis en état.

Pendant deux week-ends, la salle des fêtes se transforme en atelier de bricolage. Perceuse, scie sauteuse et pinceaux sont de sortie. Certains d’entre nous découvrent des talents cachés de bricoleurs – mention spéciale à Maud, habituellement plutôt intello, qui s’approprie la visseuse avec un enthousiasme redoutable. Là encore, tout n’est pas rose : une erreur de mesure et pan ! la porte du décor ne s’ajuste pas bien au cadre. Qu’à cela ne tienne, on rabote, on affine. Un coup de peinture blanc cassé sur l’ensemble, et notre cabinet médical est fin prêt, table d’examen et pot de fiches patient inclus.

Le moment de vérité arrive lorsque nous installons le décor sur scène pour la première fois, lors d’une répétition générale anticipée. Voir ce vrai décor monter sur les planches, c’est incroyablement gratifiant. On se rappelle alors pourquoi on a choisi cette pièce-ci en particulier : « Un décor simple : un simple cabinet médical, ce qui facilite la mise en scène et réduit les coûts » comme l’annonçait si bien la présentation du texte. Nous y sommes : ce décor, on l’a construit nous-mêmes, ensemble. Chaque clou planté est une petite victoire sur les contraintes matérielles. Et lorsque tout tient debout et ressemble à un cabinet crédible, on se surprend à se lancer un regard complice : on l’a fait.

Bien sûr, la veille de la première, on aura encore une séance d’installation dans la salle (qu’il faut partager avec d’autres activités jusqu’à la dernière minute – la joie des infrastructures communales !). Mais on est confiants : on a répété même l’installation/désinstallation du décor pour être opérationnels le jour J. Rien n’est laissé au hasard.

jour J – Accueil du public : le grand soir est arrivé

Ça y est, nous y sommes : soir de première. Six mois de travail, de rires et de doutes derrière nous, et maintenant… la salle va ouvrir au public dans quelques minutes. Le soleil se couche sur Montvilliers, et devant la salle des fêtes, une petite file d’attente s’est déjà formée. Il est l’heure pour nous d’endosser une nouvelle casquette : hôtes et hôtesses d’accueil. Dans une compagnie amateur, on est sur tous les fronts ! Ainsi, pendant que certains finissent de se maquiller en coulisses, d’autres (en noir, pour passer inaperçus) tiennent la billetterie et placent les spectateurs.

Le hall d’entrée bourdonne d’excitation. Des voisins, des collègues, la boulangère, un prof de maths du lycée… on reconnaît beaucoup de visages, et aussi des inconnus venus par le bouche-à-oreille. On entend des « Bonne chance ! »« M… pour ce soir ! » (vous savez, ce fameux souhait que seuls les gens de théâtre comprennent 😉). On répond avec des sourires complices, le trac commençant à se mêler à l’adrénaline.

Petit coup de stress en début de soirée : un groupe de spectateurs se présente sans réservation, la salle se remplit plus que prévu – va-t-on manquer de chaises ? Rapidement, on ajoute une rangée supplémentaire avec les moyens du bord. Pas question de refuser du public après s’être tant démenés pour le faire venir ! Finalement, tout le monde est assis, serré mais content. « On affiche complet ! » me glisse fièrement notre trésorier, programme en main, avant de fermer les portes. Mon cœur fait un bond : complet, vraiment ? Je jette un œil discret depuis le fond de la salle… Oui, chaque siège est occupé, et on a même des gens debout au fond qui ont insisté pour rester. Quelle récompense !

Dans le brouhaha joyeux du public qui feuillette le programme et commente l’affiche, les lumières commencent à baisser. Un silence se fait progressivement. En coulisses, on se prépare à entrer en scène d’une seconde à l’autre. L’instant est solennel et euphorique à la fois : tout ce qu’on a imaginé pendant des mois prend forme juste de l’autre côté du rideau.

Ultimes instants en coulisses – « Que la fête commence ! »

Derrière le rideau, dans le noir des coulisses, la troupe retient son souffle. Ce sont nos ultimes instants avant le lever de rideau. Chacun est à son poste d’entrée, costumé, le maquillage fixé, le micro (pour ceux qui en ont) allumé. On pourrait entendre une mouche voler… si ce n’était le boum boum de nos cœurs qui battent la chamade.

Je regarde mes camarades dans la pénombre. Certains ferment les yeux en respirant profondément, d’autres trépignent d’impatience. Notre « Dr Marianeau » secoue légèrement ses bras pour se détendre, tandis que « Laurence » esquisse des répliques en chuchotant pour se concentrer. Un mélange de trac et d’excitationnous envahit. Après tout, une première reste un saut dans l’inconnu, même bien préparés.

En tant que metteur en scène (et partenaire de jeu aussi sur ce spectacle), je glisse un dernier mot à l’oreille de chacun en passant : « Profitez, amusez-vous, on fait ça ensemble ! ». On se serre les mains, on chuchote quelques « M… ! » collectifs en se lançant des regards qui veulent dire on y est, on va le faire. Ce moment est indescriptible et précieux – c’est la quintessence de la vie de troupe.

Soudain, pour détendre l’atmosphère, notre comédien qui joue Marianeau sort une dernière blague : il se tourne vers Vanina (la comédienne qui joue la bonne) qui tremble un peu, et lui lance à voix basse la réplique culte : « Remettez-vous, Vanina, ce n’est que moi… ». Celle-ci, dans son personnage, lui répond du tac au tac « Monsieur a passé la nuit dehors ? ». On étouffe un rire – même juste avant d’entrer en scène, on ne peut pas s’empêcher de jouer la comédie ! Cette petite citation complice de « Adultère et Conséquences » balaie d’un coup notre trac : on se sent soudés, prêts à tout.

Le régisseur nous fait signe : c’est l’heure. Les trois coups résonnent (virtuellement). On s’embrasse du regard une dernière fois. Le rideau s’ouvre lentement… La magie peut commencer.


Ce soir-là, devant un public conquis, nous avons joué avec tout notre cœur. Les rires ont fusé aux bons endroits mais aussi à des moments imprévus, les applaudissements ont crépité au salut final. En six mois, pas à pas, nous avons réussi à monter une comédie comme une vraie équipe de passionnés. Et quelle aventure humaine ! Chaque obstacle surmonté – du choix du texte jusqu’aux derniers instants en coulisses – n’a fait que renforcer notre plaisir de jouer ensemble.

Chères troupes amatrices qui nous lisez, on ne va pas vous mentir : mener un tel projet est exigeant, mais tellement gratifiant. Si cette aventure vous inspire, pourquoi ne pas vous lancer à votre tour ? Par exemple, en découvrant et téléchargeant gratuitement la pièce « Adultère et Conséquences » sur le site de Rivoire & Cartier. C’est une comédie idéale à jouer en amateur, modulable et généreuse – bref, le genre de texte parfait pour vivre à votre tour une saison riche en émotions et en rires. Alors, à vous de jouer… et merde pour vos futurs spectacles ! 🎭👏

Envie de passer de la lecture à la scène ?

Si vous cherchez :

  • une comédie adaptée à votre distribution,
  • des textes pensés pour une troupe amateur (décor lisible, rythme, efficacité),
  • et un PDF gratuit pour lancer une lecture d’essai…

…vous savez ce qu’il vous reste à faire : choisir un texte, le télécharger, et poser votre planning de 6 mois.

Et quand votre date est fixée, n’oubliez pas l’étape obligatoire : l’autorisation de représentation.

Pour aller plus loin


Cet article vous a plu ? Pour recevoir nos nouvelles pièces, nos conseils de mise en scène et nos prochains articles,
abonnez-vous à notre Lettre de Nouvelles (1 email par mois, zéro spam).

Retour en haut